Enfin Christian Gailly est de retour ! Depuis 20 ans tout juste, il nous réjouit de ses romans jazzy. Aujourd’hui, il vient de publier Les Oubliés (aux éditions de Minuit). Prochainement, je vous évoquerai ma lecture de ce livre, pour le moment, je souhaite vous faire le portrait de cet homme solitaire et pessimiste. Je l’ai rencontré, en 2002, dans une librairie de Nogent-su-Marne. Il venait de publier Un Soir au club. C’était un samedi après-midi, avec Maxence Fermine, il était venu dédicacer son livre. Hors, cet après-midi là, la librairie, si dynamique ordinairement était déserte : tout le monde était scotché devant le match de rugby national, paraît-il, très important. J’étais ravie ! Je venais de lire Un Soir au club et j'avais été charmée par ce style très épuré, musical et minimaliste. Timidement, je me suis présentée à Christian Gailly. C’est un homme taciturne, mais ouvert, qui a bien voulu bavarder avec moi, petite étudiante en lettres à l’époque. Il m’a avoué être content de se distraire un peu en ma compagnie, déçu que les clients ne fussent pas là. Nous avons abordé les thèmes de son roman, l’art, la musique, et surtout son style si particulier. Il m’a confié que certains lecteurs l’agaçaient parce qu’ils étaient désireux de lire toujours les mêmes histoires. Certains avaient été déroutés en lisant certains de ses romans comme Be-bop, d’autres, ayant apprécié son dernier roman attendaient un nouveau livre dans la même veine. Ce type de discours l’irritait. Enfin, il souffrait de ne pas avoir suffisamment de presse, d’avoir un lectorat restreint. Je n’étais pas de son avis : il venait de recevoir le prix du livre Inter pour Ce Soir au club, roman en tête de gondole dans les librairies.
Aussi, cinq ans plus tard, qu’elle n’est pas ma surprise en voyant Christian Gailly sur Direct 8, jeudi dernier, face à François Busnel, se plaindre d’être peu reconnu. Le journaliste lui rappelle qu’il a un véritable lectorat qui suit ses publications de près, et qu’il a, depuis Un Soir au club, une certaine popularité. Pourtant, pour lui ce n'est pas suffisant : « j’ai eu du succès avec le prix mais un prix littéraire n’est pas le succès assuré à vie ».
J’ai immédiatement reconnu ce pessimisme qui le caractérise. D’ailleurs, il le confie lui-même à Nathalie Crom dans Télérama (10 janvier 2007) : « Longtemps, ce désespoir s’est traduit par une propension au sarcasme. Ricaner me faisait du bien. Aujourd’hui, même si l’ironie demeure ma tonalité dominante, même si je reste ce que je suis, avec le doute et l’angoisse omniprésents, je me sens mieux, moins traqué. Je ne me déteste plus, je me fréquente même avec un certain bonheur ».
Depuis 20 ans qu’il écrit, il ressasse une même obsession : l’abandon d’une passion, celle de la musique. En effet, à 16 ans, Christian Gailly découvre le jazz. Son père lui offre un saxophone. Il s’adonne au jazz avec ferveur pendant dix ans mais abandonne quand il a la certitude qu’il ne pourra en faire son métier. De nombreuses années après, il se tourne vers l’écriture et réalise qu’écrire de la musique ou des mots revient finalement au même. En effet, les romans de Christian Gailly se caractérisent par le fait qu’il y a une véritable musicalité prosaïque. Et l’écriture, il y est venu assez tard…
Christian Gailly a 63 ans. Il est issu d’une famille modeste, peu tournée vers la culture : son père était ouvrier et sa mère au foyer. A 25 ans, il commence à s’intéresser à la psychanalyse, à l’anthropologie et à la linguistique. Il découvre ensuite Beckett, son modèle, celui qui lui donne véritablement envie d’écrire : « En lisant la première page de L’Innommable, il m’a semblé que Beckett sortait de nulle part, qu’il s’autorisait à écrire comme il l’entendait et non en vertu d’un quelconque héritage littéraire. J’ai même cru naïvement qu’il était presque illettré ! Je me suis dit alors : c’est donc possible ». Il commence alors à écrire des romans, encouragé par Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, auxquelles il est toujours resté fidèle.
Chritian Gailly vient de publier Les Oubliés et c’est une très bonne nouvelle !
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