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Anne Sophie Demonchy
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Samedi 31 mars 2007

Ils sont rares les livres qui me mettent vraiment en colère, mais Se Résoudre aux adieux de Philippe Besson (Julliard) fait partie de ces romans qui ne peuvent laisser indifférents. Il m’a mis dans un état de mauvaise humeur au point que je n’ai pu le finir, et pourtant c’est un texte très court, aux nombreuses pages blanches, aux gros caractères… J’ai arrêté mon calvaire à la page 125 et pour être certaine de n’avoir rien manqué de palpitant (on ne sait jamais…), j’ai lu les deux dernières pages c’est-à-dire à partir de la page 187. Eh bien non… Aucun regret…

L’histoire est ultra banale : une jeune femme aime un homme marié qui a pris la décision de mettre fin à leur liaison. Elle décide donc de lui envoyer des lettres pour lui rappeler leurs moments plus ou moins heureux et lui faire part de son vague à l’âme. Pour fuir son chagrin et l’homme qui l’a abandonnée, elle s’exile à La Havane, New York, Venise. C’est d’un cliché… On imagine bien Louise, puisque c’est son nom, devant un joli coucher de soleil, devant une mer bleu azur, regardant l’horizon, la larme à l’œil, un bloc de papier à lettre à la main.

Au cours de ses voyages, elle raconte des anecdotes vécues avec cet homme Clément, décrit ses habitudes, sa femme aussi, des instants privilégiés. Mais, à aucun moment, il n’est possible de s’identifier. Le thème de la souffrance domine ce texte et pourtant, en tant que lectrice, je n’éprouve aucune inclination pour ces malheurs et demeure extérieure à cette histoire. Besson a certainement lu Les Lettres de la religieuse portugaise, roman épistolaire de la fin du XVIIème siècle, chef d’œuvre de la littérature épistolaire : Marianne, jeune religieuse, a été séduite, comme Louise, par un homme, qui a fini par la quitter. Elle lui envoie des lettres passionnées de son monastère. Mais si ces lettres sont d’une richesse stylistique à nul autre pareil, il n’en est rien pour Se résoudre aux adieux.

Dès les premières lignes, j’ai su que je n’accrocherai pas :

« Clément,

J’ai décidé de t’écrire plutôt que rien.

Plutôt que de rester là comme ça dans le silence.

Que je te dise : je me suis honnêtement, sérieusement essayée au silence (…) ».

Philippe Besson est peut-être sensible aux allitérations en [k] mais cette consonne sied mal à mes oreilles sensibles. Et d’un point de vue sémantique, que veut dire : « s’essayer honnêtement au silence » ?

Passons sur l’incipit et avançons dans le roman. Louise écrit donc à son amant perdu, et puisqu’il est une personne qui lui est chère, elle opte pour un style familier et oral : « Si ça se trouve, toi aussi tu m’as croisé dans Paris. Si c’est arrivé, en tout cas, tu n’es pas venu vers moi. Je me force à croire que cette éventuelle réticence ne signifie rien (…) ». Et de poursuivre : « Où en étais-je déjà ? Ah oui à te parler de La Havane ». En lisant ces quelques lignes, j’ai eu envie de sortir mon stylo rouge, et de noter dans la marge : « Philippe, pensez à faire un plan avant de commencer à rédiger ». C’est mon côté prof qui ressort parfois… J’ai beau le réprimer, c’est plus fort que moi. Mais un peu plus loin¸ la narratrice se justifie : « Je t’écris tout cela sans la moindre intention d’organiser ma pensée, au fil de la plume. J’écris ce qui me vient à l’esprit, sans respecter de logique, sans non plus poursuivre un but ». Me voilà rassurée… Allez, M. Besson avouez-le : vous avez écrit ce roman, au fil de votre plume, emporté par votre inspiration, sans but précis comme Louise, « mu par le seul désir d’écrire, de [vous] confronter au blanc de la page, de le noircir ». Mais, écrire, ce n’est pas cela, et vous le savez parfaitement. J’abandonne ici le livre, dans l’attente de votre prochain roman.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Mercredi 28 mars 2007

Le Passage de la nuit (publié chez Belfond) de Haruki Murakami fait partie des romans très attendus de la rentrée de janvier. C’est donc très enthousiaste que j’ai commencé la lecture de ce livre. L’idée de départ est original : c’est la nuit, à Tokyo, deux sœurs, au même instant, vivent des expériences étranges. La fuite du temps est au cœur de ce roman puisqu’une horloge dessinée au début de chaque chapitre nous indique l’heure. L’histoire est concentrée autour des deux sœurs : Eri et Mari. Ces sœurs sont très différentes : Eri est une jeune mannequin qui pose pour des magazines de mode. Celle-ci est plongée dans un profond sommeil. Mari, au contraire, veille dans un restaurant bas de gamme. Elle lit, fume, ne veut pas rentrer chez elle. C’est grâce à la rencontre qu’elle fait avec divers personnages (une gérante d’hôtel, une prostituée et un musicien qu’on comprendra les liens qui l’unissent à sa sœur.

Le narrateur est un observateur qui décrit ce qu’il voit de façon sobre comme s’il faisait des indications scéniques pour une mise en scène.

L’originalité encore de ce texte est d’être entièrement rédigé au présent et de privilégier les dialogues entre Mari et les différents personnages qu’elle croise au cours de la nuit et qui vont lui permettre de se découvrir et de mieux comprendre sa sœur.

Pour être franche, il ne se passe rien dans ce roman. De nombreuses occasions sont données au narrateur de faire se rencontrer les personnages, d’approfondir leurs relations, mais il ne le fait pas, délibérément. Ainsi, Mari, qui parle le chinois, est présentée à une jeune prostituée chinoise pour lui venir en aide. Tandis qu’elle sent qu’elles pourraient devenir amies, qu’elles ont des affinités, la fille retrouve son proxénète et on n’en saura pas plus. De même, celle-ci a été maltraitée par un client. Le narrateur nous indique qui il est et pourquoi il a agi ainsi. Le proxénète lui-même tente de se venger en le contactant sur son téléphone portable, mais finalement, il se débarrasse de l’objet. Fin de l’aventure.

Donc, on reste finalement très en surface. Mais, il semble que ce procédé soit délibéré. En effet, le love-hotel où Mari rencontre la prostituée s’appelle « Alphaville » comme le titre d’un film de Jean-Luc Godard. Alphaville est une ville imaginaire où les gens qui pleurent sont arrêtés et mis à mort parce qu’il n’est pas permis d’exprimer des sentiments profonds. Dans ce lieu, tout se règle par formules mathématiques. Dans ce roman, c’est un peu la même chose, on aimerait partager leurs peines et leurs confidences, mais l’ensemble est superficiel même si la fin est plutôt convaincante. Mais, Takahashi, le musicien, aimerait vivre en dehors d’Alphaville. En effet, il est étudiant en droit. Il a trouvé sa vocation, en assistant à des procès. En entendant la sentences des condamnes, il s’est rendu compte de la complexité des individus et il lui est arrivé de pleurer en se disant qu’il aurait pu commettre les crimes reprochés à ces condamnés. Il veut vivre les événements en profondeur, éprouver envers autrui de la compassion parce qu’il sait que « nos vies ne sont pas découpées en « sombre » et « lumineux ». Il y a une zone intermédiaire que l’on appelle clair-obscur ». La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre ».

Et grâce à lui essentiellement, Mari va s’accepter telle qu’elle est car elle est complexée par son physique et se trouve moins intéressante que sa sœur. Toutes deux ont rompu les liens filiaux. Mais peu à peu, au fil des discussions avec Takahashi, Mari va comprendre ce qui s’est passé, et s’ouvrir au monde.

Ce roman m’a laissée dubitative. Il a des qualités évidentes dans sa recherche formelle, dans sa réflexion sur ce qui est superficiel ou profond, dans la quête d’identité. Mais, les dialogues sont souvent longs et n’ont pas toujours un grand intérêt, les rencontres entre les personnages sont manquées. Murakami n’est pas allé assez loin dans son projet même si, de ce texte, émane une certaine poésie : « Tel un continuo, la ville bruit. Monotone, monocorde, intégrant cependant des pressentiments ».

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Vendredi 23 mars 2007

Depuis quand un livre qui ne trouve pas son public est considéré comme mauvais ? Hier, dans Le Figaro littéraire, un article intitulé « Régis Jauffret : chef-d'oeuvre ou coup de bluff ? » se demande si Microfictions, encensé par la critique, est un aussi bon roman que les journalistes le prétendent puisqu’il n’a, semble-t-il, pas trouvé son public, et qu’il « a déjà quitté deux mois après sa sortie, les listes des meilleures ventes ». Deux mois parmi les best-sellers, c’est plutôt une belle performance pour un texte de mille pages, au style exigeant.

Il me semble que Le Figaro littéraire fait un mauvais procès à Jauffret. Hormis le cas Littell, combien de romans, applaudis par la critique, ne trouvent pas leur public ? Est-ce que la critique est à l’origine d’un succès ? Pas obligatoirement : Dantec, Weber et cette année Nothomb, n’ont pas eu besoin des journalistes pour se vendre à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. D’autres au contraire, encensés par la critique, ont fait des ventes plutôt médiocres : Christine Angot par exemple.

Et des auteurs aussi géniaux que Christian Gailly, Pierre Michon ou Charles Juliet doivent certainement bondir en lisant cet article : leurs ventes sont modestes, leur lectorat demeure fidèle mais restreint, et pourtant…

Comment Le Figaro littéraire peut-il soutenir que c’est la quantité qui fait la qualité ? Ce mauvais procès fait à Jauffret montre dans tout son éclat la mauvaise foi de certains journalistes prêts à se contredire dans le but de décrédibiliser un auteur qu’ils n’apprécient que modérément.

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Mercredi 21 mars 2007

Aujourd’hui, sort en kiosque Le Magazine des Livres n°3. Je dois avouer que je suis très fière de ce nouveau numéro. D’abord, un long article est consacré à notre chère amie auteur et blogueuse, Tatiana de Rosnay. Vous savez tous qu’elle vient de publier Elle s’appelait Sarah, publié aux éditions Eloise d’Ormesson, mais la publication de ce roman n’a pas été aussi simple qu’il n’y paraît. L’article raconte le parcours incroyable de ce roman. En prime, vous pourrez y lire un long extrait.

Mais ce n’est pas tout : Eli Flory a fait une longue enquête sur l’édition française dans laquelle elle montre l’évolution du milieu et la crise qu’elle traverse. Pierre Jourde a collaboré à ce numéro, à titre exceptionnel. Il lance un coup de gueule contre la littérature formatée et revient sur la polémique de Littell et les mises en accusation de Christine Angot contre cet auteur.

Frédéric Ploton a fait une enquête sur nous, les blogleurs, et se demande si nous sommes une menace pour les médias traditionnels. Il raconte également quelques cas d’auteurs wanna-be qui sont parvenus, grâce à leur blog, à trouver un éditeur.

Enfin, avec Joseph Vebret, j’ai rencontré Jérôme Garcin au Nouvel Observateur. Il vient de publier Les Sœurs de Prague dans lequel il traite des agents artistiques. Nous lui avons bien sûr posé des questions sur ce roman et ce qu’il pensait de l’arrivée des agents littéraires en France, mais nous avons élargi le débat en l’interrogeant sur ses goûts en matière de romans, son sentiment à l’égard de la critique...

Vous retrouverez encore de nombreux articles, critiques de livres et chroniques, dont une nouvelle (pleine d’humour) sur le petit milieu de Saint-Germain : « Lettres germanopratines ».

 

N’hésitez pas à découvrir ce nouveau numéro !

 

par Anne-Sophie publié dans : Moi, moi, moi...
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