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Anne Sophie Demonchy
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Samedi 30 juin 2007

Me voici de retour, chers lecteurs… J’ai pris du retard dans mes différentes activités… La fin de l’année scolaire approchant, j’ai dû également surveiller les élèves planchant sur les épreuves du brevet et corriger ces fameuses copies. Je ne saurais, comme certains confrères, relever les scories des copies, je n’en ai guère la patience… Néanmoins, j’ai laissé traîner une oreille indiscrète dans le RER un après-midi en rentrant de la correction des épreuves. Trois lycéennes évoquaient les oraux du bac français, elles étaient en littéraire, voie, qui selon les dernières informations du Rectorat, serait de moins en moins valorisante et dénigrée par les élèves comme leurs parents. Donc, ces jeunes filles, tout sourire, devisaient sur les œuvres de leur liste :

- Je suis tombée sur Les Liaisons dangereuses… Dégoûtée, c’est trop de la merde ce bouquin.

Un peu de poésie, c’est toujours agréable en fin de journée. En quelques mots, l’essentiel est dit. Les copines opinent du chef. Fin de l’analyse du roman. Une autre enchaîne : l’examinateur a eu le toupet de lui demander d’élargir sa réflexion sur un extrait des Mots de Sartre au livre entier : « J’ai que ça à faire que de le lire, dit-elle crânement à ses copines ».

Je fronce les sourcils. N’est-ce pas précisément l’avantage essentiel de la filière littéraire : pouvoir lire, sans complexe, sans retenue, des œuvres aussi diverses que celles de Laclos ou de Sartre ? Serais-je trop naïve ? Ou tout simplement cynique ?

par Anne-Sophie publié dans : La Lettrine passe à la moulinette...
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Vendredi 22 juin 2007

C' est dans un petit café du XXème arrondissemnt de Paris que j'ai pris rendez-vous avec Mikaël Hirsch, l'auteur d’OMICRoN, pour discuter de son roman et des motivations qui l’ont poussé à prendre un agent littéraire. Il était donc là, à l’heure, m’attendant en lisant Allers-Retours d’André Schiffrin. D’emblée, notre entretien se présentait sous de bons augures. Malgré mes réserves à l’égard de certains aspects du livre, Mikaël Hirsch s’est montré ouvert à la discussion et convaincant. Enfin, c’est à vous de voir…

 
Pourquoi, contrairement à la grande majorité des auteurs français, avez-vous fait appel à un agent ?

Ce fut un concours de circonstance. C’était avant Littell, personne en France ne parlait des agents. Moi, j’ai une culture franco-américaine, ce n’était pas un phénomène que je trouvais extraordinaire. Mais quand on s’intéresse un peu à l’histoire de l’édition, on se rend compte que dans les années 30, les agents littéraires sont apparus quasiment partout dans le monde, ont fait leur trou. Mais en France Grasset, Gallimard et Denoël s’y sont fortement opposés, « jamais, on fera tout pour que ça n’arrive pas » et on est toujours dans cette période là, rien n’a changé depuis les années 60.

 

Moi, j’écris depuis quinze ans, ça fait dix ans que j’essaie d’être publié. J’avais écrit un roman qui m’avait été refusé par tout le monde. J’étais désespéré. Il y avait une brève dans Livres Hebdo sur Didier Imbot, l’ancien directeur des éditions du Masque, qui a tout plaqué pour s’installer à New York et qui a fondé une agence littéraire franco-américaine. Comme j’ai un cursus d’anglais, de littérature américaine, je lui ai envoyé mon CV. Il m’a remercié mais ne pouvait me proposer de poste. Un dialogue s’est instauré entre nous. Au bout de cinq ou six mails, il m’a demandé si je n’étais pas auteur. Je lui ai parlé d’OMICRoN, et je le lui ai envoyé. Ca lui a plu, il a voulu s’en occuper et m’a proposé de venir à New York. On a signé un contrat. Ensuite, il m’a renvoyé vers la personne qui le représente à Paris, Marie-Sophie Du Montant. Elle a présenté mon manuscrit chez Ramsay et il a été pris.

 

Quel est le rôle d’un agent ?

L’agent a un double rôle. D’abord, il a celui « d’entre gens ». Pour avoir fait des stages dans des maisons d’édition, j’ai vu comment ça fonctionnait. Les éditeurs reçoivent cent fois plus de manuscrits qu’ils n’en recevaient il y a trente ans. La maison d’édition est souvent une PME dans laquelle les gens travaillent 12 heures par jour et il n’y a souvent pas assez de personnel pour faire le travail. Les manuscrits ne peuvent donc pas tous être lus. C’est impossible matériellement parlant. On va donc plus faire confiance à un manuscrit qui a été apporté par quelqu’un qu’on connaît, en qui on a confiance, plutôt qu’un manuscrit d’un inconnu qui arrive par la poste. C’est comme lorsqu’on envoie un CV, on a beaucoup plus de chance d’obtenir le poste quand on connaît quelqu’un plutôt que lorsqu’on envoie une candidature spontanée par la poste. C’est regrettable, mais c’est comme ça. Moralité, avoir un agent c’est avoir quelqu’un qui s’engage, dans la mesure où il est payé, il va investir de son temps et de son énergie, pour quelqu’un qui va lui rapporter de l’argent mais beaucoup plus tard. Donc, l’agent croit au texte qu’il a accepté de traiter. S’il y croit, c’est bon signe, ça veut dire qu’il y a au moins une personne que ça a intéressé.

Son second rôle est de s’occuper de tout ce qui concerne l’aspect financier. Moi je n’y connais rien. Avoir quelqu’un qui sait s’en occuper, qui vous garantit que vous n’allez pas vous faire avoir, c’est vachement utile.

Donc, moi je ne vois que du positif à avoir eu recours à un agent. Même l’éditeur devrait être content dans la mesure où l’écrémage ne peut plus être fait à l’intérieur des maisons d’édition. De plus, les agents connaissent bien les maisons et les lignes éditoriales.

 


Avoir créé votre blog vous a-t-il permis de vous faire connaître et de booster un peu les ventes ?

Grâce au blog, j’ai rencontré des gens, certains ont acheté le bouquin, m’en ont parlé, sont venus à des dédicaces se faire signer leurs livres. Mais pas des centaines non plus… C’est un petit groupe de gens qui s’intéresse à la littérature. Après eux-mêmes ont leurs propres réseaux, par ramifications, ça peut avoir une influence sur les ventes, mais je n’y crois pas trop.

J’ai ouvert mon blog quand j’ai signé mon contrat chez Ramsay et que j’ai su que mon bouquin allait sortir. C’était pour exister autrement. Je n’avais pas envie de rester dans l’expectative, surtout que je n’ai pas un réseau de relations très étendu.

Quand on essaie de publier, on pense que le jour où l’on va signer un contrat avec un éditeur, le plus dur sera fait et vraiment après tout va être facile. Et en fait une fois qu’on a publié, on se rend compte que le plus dur est toujours devant soi. Après, il faut acquérir un public, c’est hyper difficile, il faut se faire connaître. Je n’ai pas eu du tout de presse écrite, j’ai fait cinq ou six radios, ça a pas mal marché, j’ai eu PPDA sur LCI. C’était inattendu, c’était bien. Je lui ai envoyé mon livre en service de presse et il l’a chroniqué. En plus, mon attachée de presse ne le connaît pas perso. Il a donc fait la chronique pour mon bouquin.

 

Pourquoi la situation vous semble-t-elle si difficile ?

La durée de vie d’un roman est limitée à deux trois mois. Il y a plein de journalistes qui disent « super, je vais faire un truc » et qui ne le font jamais, il y a ceux qui veulent faire quelque chose mais on ne leur passe pas parce qu’ils sont pigistes et donc dépendants de leur hiérarchie. C’est très difficile. Les grands médias ne s’intéressent pas aux jeunes auteurs, ils veulent des people ou des écrivains stars.

Le climat n’est pas propice : la quantité de médias disponible en littérature est toujours la même, par contre, la quantité de bouquins a été multipliée par cinq. Ca veut dire qu’il y a beaucoup plus de livres qui vont se retrouver sur le carreau. Mais on vous prévient carrément, on vous dit que le premier est sacrifié, votre bouquin ne sert à rien, c’est dire qu’on en a fait un premier pour pouvoir faire un deuxième. Le premier, on sait que personne ne va le lire.

 

 

Toute la première partie d’OMICRoN est une analyse philosophique sur le temps, le travail d’écriture, la négritude… Pourquoi avez-vous abandonné toute cette réflexion dans la deuxième partie ?

Javais envie d’étudier la membrane poreuse qui sépare l’intérieur de la sphère de l’extérieur et de comprendre comment on passe de l’une à l’autre, et pourquoi. En réalité il y a trois parties : mon roman est comme un arc tendu entre deux pôles, dont la courbe prend la forme d’une parabole. On a cette espèce d’intériorité de la sphère, qui serait le Omicron et l’extérieur, l’Oméga. Mais il y a trois parties : l’ascension, l’apex et la descente. Le début du livre se passe donc à l’intérieur de la chambre comme dans Les Enfants terribles de Cocteau dans laquelle le frère et la sœur vont reconstituer le monde et puis ça se termine dans la chambre qui est la caverne platonicienne et donc on va du Omicron au Omicron en passant par le Omega qui est après la guerre, l’écriture du roman, la volonté de puissance, les médias…

 

Je n’ai pas compris comment vous étiez passé justement de cette chambre (de l’élaboration du livre par votre narrateur) à la guerre. Pourquoi cette transition ?

Je pense que c’est un problème générationnel. Les jeunes gens ont plus d’intérêt pour le début du roman que pour la fin, par contre les gens plus âgés ne se sentent pas concernés par le début mais complètement par la suite. En plus, il y a un côté encyclopédiste, il y a une certaine volonté, comme Borges, de reproduire le monde. Le livre parle à la fois d’histoire, de géographie, de mathématiques, du temps… J’avais la volonté de tout dire, de tout montrer, dans une espèce de microcosme (d’où le titre). Ce n’est peut-être pas tenable mais il vaut mieux pêcher par excès d’ambition que le contraire.

 

Pourriez-vous expliquer pourquoi vous avez eu recours à quelques scènes scabreuses dans votre roman, quel en est l’intérêt ?

L’histoire est une succession de tentatives d’explications de tropes que j’avais envie de mettre en situation. Il y a deux romans concurrents à l’intérieur de ce roman : il y a un roman narratif, linéaire, avec un protagoniste. Roman accessible au commun des mortels. Et il y a un deuxième roman beaucoup plus cérébral qui s’intéresse à ces choses-là beaucoup plus symboliques. Dans la scène de la masturbation on est à la limite entre ces deux romans. En terme de projection du moi intime vers l’extérieur, quand on est un homme, l’éjaculation c’est la première image qui vient à l’esprit. Quant à la scène chez le proctologue, c’est la même chose : on a la pénétration, on a la pénétration de l’intérieur de l’intérieur et en même temps, le narrateur parle de Moby Dick. Non seulement c’est symbolique mais drôle. Cette scène-là fait également référence à Portnoy et son complexe de Philip Roth.

Mon personnage très difficile à cerner, qui n’a pas de prises : il n’a quasiment pas de famille, il n’aime personne, il n’a pas de travail fixe, il n’a pas de bail. Il n’a pas d’existence légale. Comment manipuler un personnage comme ça, sur lequel on n’a pas de prises ? Du coup, le fait qu’il soit malade (mal à ses parties génitales), c’est lui faire croire qu’on peut le soigner, donc le manipuler.

Mon personnage devait bouger, se déplacer dans d’autres espaces, avec des espaces réels et des espaces qui n’existent pas légalement. Je voulais trouver un lieu où faire coexister ces espaces-là, et y introduire les thèmes de la guerre, de la politique, du temps. En découvrant Chypre, je me suis rendu compte que c’est l’endroit qui correspond exactement à ce que j’avais envie d’expliquer. Donc transporter mon personnage à cet endroit me semblait inévitable.

 

par Anne-Sophie publié dans : Rencontres
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Mardi 19 juin 2007

Vendredi dernier, j’ai rencontré Mikaël Hirsch, un jeune auteur qui a publié en janvier dernier chez Ramsay son premier roman, OMICRoN. Il a aussi un blog où il évoque ses réflexions sur ses activités d’écrivain, ses rencontres avec des éditeurs, auteurs, ses relations avec son agent. Parce que Mikaël Hirsch, contrairement à la plupart des écrivains français, a eu recours à un agent pour se faire éditer.

OMICRoN raconte l’histoire d’un certain Thomas Steren qui vit d’expédients littéraires (corrections, travaux de nègre…). Il aime la solitude, la philosophie et la liberté. Il demeure dans une petite chambre de bonne parisienne qu’il sous-loue et écrit pour les autres, soucieux de ne laisser aucune trace de son existence. Son obsession est telle qu’il « avait pris l’habitude de ne jamais utiliser son vrai nom, afin que les commerçants du quartier croient le connaître, sans pouvoir l’identifier avec certitude ». Thomas a donc choisi de vivre dans le provisoire, et « tentait d’échapper à l’obligatoire notion du réel ». Un jour, répondant à une offre d’emploi, il fait la connaissance d’un certain homme d’affaires hongrois, Orémus Szabó qui lui demande d’être son « coach culturel ». Thomas doit lui parler des événements culturels incontournables (au cinéma, au théâtre, en peinture…) et lui confectionner des fiches. Très vite leurs relations s’enveniment car Szabó veut dominer son employé qui prend, grâce à ses connaissances, un certain ascendant sur son maître. Il réalise que « bientôt perdre son temps à vivre serait affreusement vulgaire. On paierait donc quelqu’un pour ne pas avoir à le faire soi-même ». Il décide alors de prendre de la distance, et de s’ancrer dans cette réalité si redoutée. Il se met à rédiger son propre livre sur la folie meurtrière qui, contre toute attente, est un best seller. Thomas devient vite connu des médias, du public et de groupes terroristes internationaux. Dès lors, on va lui proposer de se rendre à Chypre, au Caire, à Beyrouth pour faire « une tournée des grandes universités du Moyen Orient » pour promouvoir ses théories sur la tuerie.

C’est un roman très riche, incroyablement bien documenté sur la philosophie et la littérature notamment. Thomas a fait une thèse sur un certain Heirich Reiss (ne cherchez pas, gêné dans l’encyclopédie, ce nom, Mikaël Hirsch a inventé le personnage de toute pièce), proche de Schopenhauer, sorte de philosophe raté, qui n’est jamais parvenu à sortir de l’ombre, se contentant de plagier son ami. Les références littéraires sont également nombreuses. Par exemple, lorsque Thomas consulte un proctologue, ils discutent ensemble de Moby Dick.

Le roman est extrêmement bien construit, mais quelque peu trop riche pour un seul livre. Il y est question du monde du spectacle, d’édition, de terrorisme… De nombreux univers se côtoient et s’interpénètrent grâce à Thomas. J’ai été très séduite par les deux premières parties : la description de la personnalité taciturne de Thomas et l’écriture de son livre. En revanche, la troisième partie ne m’a pas convaincue… Tandis que le rythme est plutôt lent au début, il s’accélère incroyablement ensuite lorsque Thomas décolle pour Chypre. L’aventure m’a moins intéressée. Enfin, je n’ai pas compris pourquoi le personnage, à partir du moment où il se met à écrire, a mal au sternum. J’ai trouvé que la séance détaillée chez le proctologue est assez lourde.

Malgré ces quelques réserves, ce roman m’a vraiment plu. Mikaël Hirsch a une très belle plume, acérée, cynique aussi parfois, et se montre sans complaisance envers ses personnages. Thomas ne vaut guère plus que son attachée de presse, que son commanditaire ou que les terroristes qui l’engagent. Très ambitieux, l’auteur a voulu rendre compte du monde dans son ensemble. Chacun peut donc trouver ce qui l’intéresse et lire ce livre à différents niveaux. D’ici peu, je mettrai en ligne notre entretien dans lequel Mikaël Hirsch revient sur mes réserves à l’égard de son roman et en explique les différents niveaux de lecture, ainsi que les raisons d’avoir fait appel à un agent.

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Dimanche 17 juin 2007

Connaissez-vous les chroniques de Mandor ? Non ? Ce n’est pas possible… Mandor est un journaliste qui aime les people, il les aime vraiment : avec chaleur et affabilité, il les reçoit sur son blog. Jamais un grincement de dent, une pointe de cynisme. Non. La bonne humeur est garantie à 100%.

Et voilà que Mandor, avec son acolyte Fishturn, ont eu l’idée de lancer une émission en ligne : Exit (par ici les sorties). Le principe est clair, classique mais efficace : des artistes (chanteurs, comédiens, auteurs…) répondent aux questions avenantes des deux animateurs et évoquent leur travail.

Pour son deuxième opus, Exit accueille le malicieux Jean d’Ormesson qui évoque très rapidement sa carrière de journaliste (au Figaro littéraire) et avoue être assez pessimiste quant à l’avènement du grand écrivain, en France. Autrefois, Gide, Proust étaient de grands écrivains… Mais aujourd’hui, les grands écrivains auraient migré en Argentine (Borges), au Japon (Mishima), en Turquie (Yashar Kemal), aux Etats-Unis (Styron).

J’aimerais tant rétorquer à Jean d’Ormesson qu’il a tort, qu’en France aussi (hormis Gracq), on a de grands écrivains emblématiques. Mais pourquoi d’ailleurs ne le ferais-je pas après tout ? Mishima est mort en 1970, Borges en 1986, Styron l’an dernier… Donc, Sartre pourrait être cité comme un grand écrivain, Genet, Duras, Malraux…

 

Le débat reste ouvert. En tout cas, je regarderai avec intérêt le prochain Exit.




par Anne-Sophie publié dans : d'un blog à l'autre
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