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Anne Sophie Demonchy
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Mardi 24 juillet 2007

L’école de la chair de Yukio Mishima, tout un programme, vous dites-vous ? Petits coquins ! La couverture est suggestive mais très chic (de longues jambes chaussées d’escarpins des années 1960) laisse à penser que ce roman initiatique nous décrira les aventures tumultueuses et érotiques d’une femme de la haute société japonaise. Eh bien… s’il est question d’apprentissage et de l’ascension d’un jeune homme grâce à ses relations amoureuses avec une styliste reconnue, de sexe, point !

Néanmoins, ne soyez pas si déçus car l’analyse de la société nippone est passionnante : une femme, dans la quarantaine, et plutôt gâtée par la vie puisqu’elle a été élevée dans une famille pro-occidentale et argentée, fait la connaissance d’un éphèbe dans un bar gay. Un habitué la met en contact avec lui, la prévenant que le jeune homme accepte toute proposition dès l’instant qu’elle soit accompagnée de cadeaux et de billets de banque. Taéko commence à perdre ses illusions et fait son entrée à l’école de la chair. Pour obtenir les faveurs de Senkitchi, elle se plie à tous ses caprices : dîner dans des bouges, parties de tir à la carabine et autres occupations toutes plus vulgaires les unes que les autres. Taéko ne se sent pas à l’aise dans cet univers où elle se sent humiliée mais elle est amoureuse de ce garçon à la vie débridée mais au regard angélique.

Les réflexions psychologiques et sociologiques où le narrateur oppose l’art de vivre occidental à celui de l’Orient imprègnent ce beau roman. Passion, trahison et quête de reconnaissance sont les principaux thèmes abordés. Mais on pourrait reprocher à Mishima d’avoir négligé la part sensuelle et érotique qu’on attend avec un tel titre, d’autant que le jeune homme est un gigolo à la réputation sulfureuse. Taéko est amoureuse de lui parce qu’elle aime son physique et les caresses qu’il lui prodigue. La lectrice que je suis aurait aimé plus de détails…

 

 

 

Pour être franche, j’aurais pu m’en douter un peu car il y a quelques années, j’ai vu son adaptation au cinéma. C’est Benoît Jacquot qui en signe le film, Isabelle Huppert incarnant Taéko et Vincent Martinez le jeune amant. Le réalisateur a eu la bonne idée de transcrire cette histoire dans les années 1990, en France. Si l’histoire diffère, l’atmosphère est fidèle au roman. On retrouve les incompréhensions intrinsèques à ce couple mal assorti, le désir de la femme d’âge mure pour un garçon terriblement beau mais terriblement égoïste qui a décidé de monter dans l’échelle sociale en vendant son corps. Le thème était donc abordé mais de façon subtile quoique plus palpable que dans le roman.

 

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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Lundi 23 juillet 2007

Etre professeur de lettres, c’est essayer de donner envie de lire et d’écrire à ses élèves. Alors quand on entre dans la profession, on espère ne pas recommencer ce qu’on estimait être les erreurs d’enseignants trop classiques, peu innovants. On propose des romans qui nous ont bouleversés quand on était adolescent, parfois jeune adulte. C’est le pari qu’a relevé un jeune professeur d’Abbeville, en 2000 : il a proposé à ses élèves de 3èmes de lire Le Grand cahier d’Agota Kristof. Le roman aborde le thème de la Seconde guerre mondiale, époque au programme justement en français comme en histoire. Cet enseignant a dû être subjugué par la force du récit et a certainement voulu partager ce plaisir du texte avec sa classe. Le problème c’est que Le Grand cahier regorge de passages crus, violents. Les parents d’élèves n’ont pas apprécié. Ils se sont directement adressés au procureur de la République ! L’enseignant a été placé en garde à vue et son domicile est perquisitionné ! Les parents se sont plaint d’un roman faisant l’apologie de la « zoophilie et de la pédophilie ». Finalement, le ministre de l’Education, Jack Lang à l’époque, est intervenu en envoyant une lettre d’excuse au principal du collège expliquant qu’ « Il s'agit là d'une situation anormale que je ne saurais approuver. Ces choix relèvent uniquement de la compétence des équipes que vous avez la responsabilité d'encourager ». L’affaire est donc classée sans suite. Tant mieux : il faut que nous puissions conserver notre liberté pédagogique. En outre, je m’insurge contre l’initiative des parents qui, au lieu de s’adresser directement au professeur de français, ont préféré convoquer les hautes instances comme s’il s’agissait d’un crime de lèse-majesté.

Néanmoins, si le roman ne fait nullement l’apologie de la zoophilie ou de la pédophilie, il en est question. Ainsi, une jeune fille, Bec-de-lièvre, a un rapport sexuel avec un chien, les jumeaux jouissent d’une fellation accomplie par une servante et pissent sur un officier homosexuel qui aime ce genre de pratique.

Je vous donne en prime un extrait particulièrement troublant pour vous faire une idée plus précise : « Le chien revient, renifle plusieurs fois le sexe de Bec-de-Lièvre et se met à le lécher. Bec-de-Lièvre écarte les jambes, presse la tête du chien sur son ventre avec ses deux mains. Elle respire très fort et se tortille. Le sexe du chien devient visible, il est de plus en plus long, il est mince et rouge. Le chien relève la tête, il essaie de grimper sur Bec-de-Lièvre.

Bec-de-Lièvre se retourne, elle est sur les genoux, elle tend son derrière au chien. Le chien pose ses pattes de devant sur le dos de Bec-de-Lièvre, ses membres postérieurs tremblent. Il cherche, approche de plus en plus, se met entre les jambes de Bec-de-Lièvre, se colle contre ses fesses. Il bouge très vite d'avant en arrière. Bec-de-Lièvre crie et, au bout d'un moment elle tombe sur le ventre ».

Je ne voudrais pas vous dégoûter de la lecture de ce très bon roman car son intérêt ne réside pas (seulement) dans ces pages provocantes et difficilement soutenables, mais dans l’apprentissage de deux garçons à résister à la dureté de la vie en temps de guerre. Pourtant même si La Trilogie des jumeaux compte parmi les romans contemporains qui m’a le plus marqué, je ne crois pouvoir l’étudier avec des adolescents. Je ne jette pas la pierre à ce professeur car je comprends parfaitement sa démarche : il a voulu travailler avec ses élèves sur un texte qui lui tient à cœur. Il a certainement dû penser que ce qu’on propose quotidiennement à la télévision est bien plus choquant. Il a raison. En partie. Si les élèves baignent dans un univers violent et cru, ce n’est pas le rôle d’adultes responsables de les y encourager. Ou bien il faut être prudents et extrêmement pédagogues. Moi, je n’en serais pas capable…

Parfois, mes élèves me demandent pourquoi on n’étudie pas tel ou tel livre, je leur réponds invariablement qu’il est des lectures que l’on aime parce qu’elles ne nous sont pas permises, c’est notre jardin secret, les étudier en classe pourrait en briser le charme.

par Anne-Sophie publié dans : La littérature en question
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Vendredi 20 juillet 2007

Si vous avez envie de vous prélasser comme moi cet été au bord de la piscine, ou sous un parasol face à la mer bleue azur, n’hésitez pas à vous procurer le Magazine des livres 5 ! Je ne vais pas être très objective, mais si je ne suis pas là pour vous encourager à le lire, qui le fera ? Donc dans ce nouveau numéro vous pourrez lire une enquête très intéressante, j’insiste, sur les nègres littéraires (bon, j’en fais trop, je ne suis plus très crédible…), une rencontre avec mon chouchou, Frédéric Taddéï, une interview exclusive avec Beigbeder, un dossier sur les coulisses de l’Académie française…

Convaincus ?

par Anne-Sophie publié dans : Moi, moi, moi...
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Mercredi 18 juillet 2007

Me voilà de retour de Bretagne ! J’ai passé quelques jours loin de Paris, de son agitation et de mon ordinateur. Quel plaisir ! Destination la presqu’île de Quiberon et contrairement à ce que pensent les esprits chagrins, il y a fait un temps superbe ! N’ayant pas pour vocation de remplacer la jolie miss Bourgouin, j’interromps là mon bulletin météorologique et vous conseille plutôt, si vous passez dans le coin, de découvrir la librairie Port-Maria, petite certes mais très riche en livres de toutes sortes (romans, BD, documents…). Les éditions Le Temps qu’il fait, le catalogue (complet il me semble) de la collection « Arcanes » chez Joëlle Losfeld, la littérature érotique, les romans de voyage de Payot y ont une place de choix. Je suis allée à Ravy, la plus grande librairie de Quimper. Elle est très bien fournie en livres généralistes comme universitaires. Les BD y ont encore une place de choix tout comme la section poche et les sciences humaines. Ne croyez pas que j’ai passé mon temps dans les librairies, j’ai lu aussi !

 


Mon coup de cœur revient à La Trilogie des jumeaux d’Agotha Kristof. Ce roman, extrêmement cruel, raconte l’histoire, au temps de la Seconde guerre mondiale, de jumeaux. J’ai été frappée par le style concis et laconique de l’auteur qui ne se perd pas en descriptions ni en détails. L’usage du présent rend encore plus puissante l’écriture. Les narrateurs alternent : dans Le Grand cahier, l’histoire est racontée à la 1ère personne du pluriel (ce sont les jumeaux qui prennent en charge le récit), dans La Preuve, le narrateur, extérieur à l’histoire, rapporte les tribulations de Lucas, l’un des jumeaux, demeuré seul dans la Grande Ville tandis que son frère a pu s’échapper en zone libre. Enfin, dans le dernier volet, Le troisième mensonge c’est l’un des jumeaux qui rend compte de son aventure.

 

La construction de cette Trilogie est extrêmement complexe car Agotha Kristof a voulu évoquer une époque traumatisante, celle de la guerre. A cause des conflits, des familles ont été exilées, séparées… Certaines ont perdu leur identité, ont dû quitter leur pays, abandonner leur langue d’origine, leurs idéaux…

 

Il m’a semblé que ce roman est une allégorie de l’écriture. Ainsi, à la fin de la lecture, on ne sait pas quelle histoire (celle des jumeaux ou bien celle de Lucas ou de Klauss) est « vraie » : les identités sont brouillées, les époques et autres repères également. On finit par douter de « leur existence » et plusieurs jours après avoir tourné la dernière page, on démêle encore les fils de l’histoire. Les nombreuses mises en abyme, les échos ne font que nous embrouiller davantage au point qu’on se crée sa propre histoire. Rares sont les livres qui me tiennent ainsi en haleine et me poursuivent des heures durant.

 

 

 

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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