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Anne Sophie Demonchy
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Mercredi 29 août 2007

Les éditions Héloïse d’Ormesson ont le vent en poupe : très présents dans les médias, ils publient des auteurs aussi divers et reconnus que Tatiana de Rosnay, Jean d’Ormesson ou Lucia Etxebarria. Leur secret ? Auteurs comme éditeurs savent se rendre agréables et accessibles. C’est ainsi que Gilles Cohen-Solal a accepté de répondre à quelques questions pour La Lettrine. Il évoque notamment les raisons qui l’ont amené à ouvrir son propre blog, il dénonce les coteries littéraires et donne des conseils pour se faire publier.


 

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des éditeurs
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Lundi 27 août 2007
femmeactuelle.gifFigurez-vous que David Abiker est quelqu’un qui nous veut du bien, chers blogueurs, car non content de parler de nous sur France Inter, de nous recevoir à l’Académie des blogs, il a également une page dans Femme Actuelle et devinez quoi ? Il a pensé à moi pour le numéro de cette semaine ! Si le cœur vous en dit, gente féminine et masculine (il n’y a pas de raison), vous pouvez jeter un coup d’œil à la page 14 pour lire une (petite) interview. Encore une fois, merci David Abiker !
par Anne-Sophie publié dans : Moi, moi, moi...
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Samedi 25 août 2007

En lisant Le Monde des Livres, ce matin, j’apprends que Camille Laurens ne publiera plus chez P.O.L. Pourquoi ? Elle a accusé sa consoeur, Marie Darrieussecq, de l’avoir plagiée. L’auteur de Truismes vient de oublier un nouveau roman, Tom est mort, racontant le décès d’un enfant, dix ans plus tôt. La narratrice est la mère. De son côté, Camille Laurens, en 1995, avait publié un récit autobiographique, Philippe, dans lequel elle évoquait la mort de son nourrisson, mort deux heures après sa naissance. Les deux histoires sont donc comparables : une femme raconte la souffrance engendrée par le deuil de son enfant. Il y a une nuance néanmoins : tandis que l’une a vraiment vécu cette expérience et met en mot sa douleur, l’autre la fantasme. Cela, Camille Laurens ne le supporte pas et le clame dans un pamphlet publié en septembre dans la Revue littéraire : Tom est mort « pose la question de l’obscénité et du cynisme » puisque sa consoeur n’a pas connu ce traumatisme. Elle va plus loin : « Au bout du compte, mise à part l’émotion facile et prompte, quel est le projet d’un tel déploiement sur un « thème » aussi consensuel ? ». Selon elle,  pour écrire sur la mort, il faut l’avoir vécue, avoir une « exigence de vérité ». pour sa « défense », Marie Darrieussecq « sans doute est-ce une grande transgression d’écrire une fiction avec la mort d’un enfant, mais avec les tabous, on ne peut pas écrire ».

Finalement, parce que Camille Laurens va publier sa mise en accusation, Paul Otchakovsky-Laurens l’éditeur des deux écrivains, a dû prendre parti et défend « bien évidemment l’auteure qui est attaquée à tort. En faisant cela, Camille Laurens s’est mise ipso facto en dehors de cette communauté qu’est une maison d’édition ». Par conséquent, POL ne publiera plus les livres de cet auteur.

Je n’ai pas encore lu ce roman de Marie Darrieussecq mais je compte le faire, non pas pour vérifier s’il y a « plagiat psychique », pour reprendre la formule de Camille Laurens, mais parce qu’on dit que ce livre est vraiment bouleversant. Mais peu importe. Le problème n’est pas tant le livre que celui de l’inspiration, des thèmes que l’on aborde en littérature. Selon Camille Laurens, pour pouvoir écrire sur la mort, il faut l’avoir vécue. Cet argument ne me semble pas recevable : un auteur de polar n’a pas besoin d’être flic ou bandit pour donner chair à des personnages fictifs, créer une atmosphère réaliste… Il n’est guère nécessaire de connaître le deuil d’un enfant pour souhaiter en parler parce que le thème touche, parce que par l’écriture, on met en mots ses fantasmes. Camille Laurens a pu se sentir blessée en lisant un récit imaginaire sur une expérience qu’elle a vécue mais elle ne peut reprocher à d’autres d’avoir envie de traiter ce sujet de façon fictive. On peut comprendre que cela puisse l’agacer de lire une histoire qui voudrait dire les souffrances qu’elle a endurées et qui n’en sont qu’un pâle reflet, singeant son propre livre. Cette polémique fait écho au procès gagné de Pierre Jourde. Il y a trois ans, dans son village natal du Cantal, les habitants l’ont agressé lui, sa femme et ses enfants parce qu’ils avaient eu le sentiment que l’écrivain se moquait d’eux dans son roman Pays perdu. Ils avaient été si blessés d’être au cœur d’un roman qui les décrivent, les mettent en scène, qu’ils ont eu recours aux insultes et aux poings pour manifester leur mécontentement. Encore que, certains ont avoué avoir agi ainsi sans avoir pris la peine de lire le livre, se fiant aux rumeurs.

Dans ces affaires, on a l’impression que le réel et la fiction sont si étroitement liés qu’il n’est plus possible d’écrire librement un roman sans craindre d’être attaqué. Or, la littérature s’inspire souvent de faits réels, de choses vues et entendues. C’est un lieu où les tabous sont abolis, où les fantasmes sont rois. Accuser des écrivains de transgresser ces règles, c’est mettre en accusation le statut même du roman.

par Anne-Sophie publié dans : La littérature en question
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Jeudi 23 août 2007

En feuilletant les pages de mon Télérama, je suis tombée sur un programme qui a retenu mon attention : Dans la Peau d’un Noir. J’ai cru qu’il s’agissait d’une adaptation du récit de J-H Griffin (Folio), pas du tout. Il s’agit d’une émission où deux familles changent la couleur de leur peau durant un mois par la magie du maquillage – les Noirs deviennent Blancs et les Blancs sont Noirs. Ils apprennent ainsi à vivre dans la peau d’un autre et affronter un regard nouveau, souvent discriminatoire (enfin, d'après ce que dit le journal...).

Cette émission m’a donné très envie de relire le roman de Griffin, roman que je donne parfois à lire à des élèves de 3ème ou de 2nde pour différentes raisons. D’abord, il ne s’agit pas d’une fiction : l’auteur, en 1959, a pris la décision de changer la couleur de sa peau afin de vivre, de l’intérieur les problèmes auxquels sont confrontés les Noirs où sévit la ségrégation raciale dans certains Etats des Etats-Unis. Les élèves sont donc pris par un récit, un témoignage réel, tels qu’ils les aiment. En effet, Griffin raconte, au jour le jour, la façon ostensible dont la société isole, dénigre et rejette les Noirs. Ensuite, les élèves découvrent une réalité tangible : la ségrégation qui a eu longtemps cours aux Etats-Unis. Ils connaissent le sort des Africains durant la colonisation, mais ils ne savent pas toujours que dans certains Etats, les Noirs n’avaient pas le droit d’aller dans les mêmes lieux que les Blancs (toilettes, restaurants, hôtels, écoles) et étaient tenus complètement à part.

Mais ce roman n’est pas manichéen : si Griffin montre le racisme des Blancs à l’égard des Noirs, il dénonce aussi le fait que certains Noirs ont honte de leur couleur de peau et dénigrent les leurs. Certains manquent de solidarité par lâcheté, par découragement ou lassitude. Il peut en effet y avoir une certaine lassitude quand on fait de hautes études pour finir cireur de chaussures dans les quartiers populaires parce que les Blancs ne vous font pas confiance ou vous sous-estiment. Griffin, à plusieurs reprises explique que les gens associent la violence, l’ignorance à la couleur de la peau noire alors que le problème relève de leur condition de vie. Il remet donc en cause les nombreux préjugés qui sévissent aux Etats-Unis à cette époque (et s’expriment encore parfois dans la bouche de certains d’entre nous). Griffin défend également l’idée que les Noirs doivent avoir plus facilement accès à la culture, à l’instruction afin de trouver une place dans la société, réfléchir à leurs conditions, trouver des solutions.

Enfin, ce roman, linéaire, est plutôt bien écrit : les dialogues argumentatifs opposent les points de vue de Blancs, Noirs, pasteurs, les descriptions du ressenti de l'auteur sur sa nouvelle vie sont analysées, décortiquées précisément mais simplement.

Finalement, je ne regrette pas d’avoir fait erreur en découvrant l’émission Dans la peau d’un Noir, même si je ne l'ai pas regardée, puisque cela m’a donné l’occasion de  me replonger dans le roman une nouvelle fois.
par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
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