Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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J’ai interviewé Dominique Gaultier il y a un mois à propos de sa ligne éditoriale et de ses relations affectives et parfois complexes avec ses
auteurs.
Dominique Gaultier est l’éditeur des éditions Le Dilettante. La maison fut créée en 1972, dans le 13ème arrondissement, au pied de la Buttes-aux-Cailles, avant de rayonner rue Racine, en plein cœur de Saint Germain.
Dominique Gaultier a deux penchants : les rééditions d'auteurs méconnus ou maudits comme Rebatet, Henri Calet, Emmanuel Bove ; et la découverte de nouveaux talents comme Ravalec, Olivier Adam, Eric Holder… Et bien sûr, il est l’éditeur bienheureux d’Anna Gavalda.
Pourquoi les premiers romans semblent-ils être sanctionnés cette année ?
A aucun moment l’auteur doute de ce qu’il écrit. Il est persuadé que s’il n’est pas publié, c’est parce que l’édition c’est combine et compagnie alors que cette année en septembre, on a publié 307 nouveaux romans. Donc je dirais presque que c’est relativement facile de publier un premier livre. C’est plutôt d’éditer le quatrième quand les trois premiers n’ont pas eu de succès qui est difficile.
Je pense qu’il y a des livres qui ne voient pas le jour en toute bonne logique parce qu’il n’y a pas de sanction quand on est devant son ordinateur. On peut écrire des centaines de pages sans être sanctionné, évalué.
Ne pensez-vous pas que parfois les auteurs n’arrivent pas à être publiés parce qu’ils ne s’adressent pas au bon éditeur ?
Si un auteur ne s’adresse pas au bon éditeur, c’est qu'il est mauvais. Il ne lit pas, donc il envoie son manuscrit comme une bouteille à la mer. Je ne crois pas qu’on écrive un chef d’œuvre sans avoir une idée de l’éditeur chez qui l’envoyer.
Tous les auteurs que j’ai publiés connaissaient vaguement le Dilettante. On ne demande pas aux auteurs de connaître par cœur le catalogue des éditeurs mais de connaître un peu l’état d’esprit général. Par exemple, Ravalec avait été attiré par les couvertures. Il avait un minimum de connaissances. Mais il y a des tonnes de gens qui m’envoient des manuscrits sans connaître mes publications, phénomène accentué depuis le succès d’Anna Gavalda. Nous avons été très médiatisés, on parlait de moi comme d’un éditeur découvreur de nouveaux talents, etc. Alors on envoie, comme si je publiais tous les gens qui écrivent !
D’ailleurs, pourquoi vous intéressez- vous aux premiers romans et vous désintéressez-vous des suivants ?
J’ai des exigences. En plus, c’est à nuancer. Je viens de publier le 5ème roman de Laurent Graff. Je publie Eric Holder depuis 1985. Quand il avait des romans, je lui conseillais d’aller voir de plus grosses structures parce qu’à l’époque je n’avais pas les moyens faire de gros livres. Le partage s’est fait comme ça. Il y a eu même un moment où moi-même je pensais que je n’étais pas l’éditeur qui pouvait vendre. Donc pour un auteur c’est un peu salaud de le publier si je n’ai pas les moyens de lui donner le maximum de diffusion. C’est aussi à nuancer car avec Anna Gavalda, je me suis rendu compte finalement qu’il était plus difficile de vendre un livre à 30 000 exemplaires qu’à 300 000 !
Publier des non-livres ça ne m’intéresse pas. Mais c’est vrai qu’il m’arrive de publier des livres dont je ne suis pas pleinement satisfait. Comme j’ai du mal à cacher mes sentiments, ça doit se voir un peu. Donc l’auteur est persuadé que comme je n’avais pas le même enthousiasme que pour son premier roman je l’ai mal défendu. C’est donner beaucoup trop d’honneur à un éditeur de penser qu’il est un démiurge qui peut faire vendre un livre.
De même Anna Rozen est partie parce que je ne comprenais pas son livre précédent, elle a été publiée ailleurs et elle est revenue pour publier Vieilles Peaux.
Selon vous les relations auteur/éditeur sont complexes et vous en parlez souvent comme des relations amoureuses…
En effet, au début ça commence dans l’enthousiasme. Si je dis à un auteur que son texte est formidable, il me trouve génial. Donc on a un long moment de flirt jusqu’à la sortie du livre en général et là ça se gâte. Et après on vit comme un couple avec des hauts et des bas. Le problème c’est que j’ai à m’occuper de nombreux auteurs et que l’auteur, lui, n’a qu’un seul éditeur. Il est donc très demandeur mais moi je ne peux pas toujours satisfaire tous ses souhaits.
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