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Anne-Sophie Demonchy
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /Oct /2007 19:06

Sans-titre-1-copie-4.gif Lautre soir, je suis allée au cinéma voir Deux vies plus une. Les critiques ne semblaient pas enthousiastes mais le sujet m’intéressait. Une institutrice, mariée et mère d’une adolescente aspirant à plus d’indépendance, tient une sorte de journal intime dans des cahiers d’écolier, sorte de collages de réflexions burlesques, sur sa famille, son quotidien, agrémenté de photos et de dessins. Un jour, alors que son entourage ne prend pas au sérieux ses activités qu’elle tient d’ailleurs secrètes, elle décide de s’acheter un ordinateur pour mettre de l’ordre dans ce fatras et l’envoyer à un éditeur.

 

Emmanuelle Devos interprète donc cette instit qui a l’impression d’être passée à côté de sa vie. Elle ne peut se confier à personne, hormis à son père, décédé. Ses proches ne comprennent pas son besoin de solitude pour griffonner quelques mots dans un carnet.

 

Finalement, elle rencontre un éditeur qui serait prêt à la publier, à condition qu’elle retravaille complètement son manuscrit. Il préfère ses carnets, plus libres, plus féroces, que le texte policé qu’elle lui a transmis. Cette proposition est tout à fait crédible. Nombreux sont les éditeurs qui sont intéressés par un univers, mais pas satisfaits de la construction du texte. Parfois, certaines maisons disposent d’un rewriteur chargé d’aider l’auteur à réécrire le manuscrit. Dans le film, Emmanuelle Devos retravaille seule son texte, en étroite collaboration avec l’éditeur. On les voit notamment une nuit, dans un appartement, choisissant les bouts de textes et les illustrations qui seront publiés. On se dit qu’ils tombent amoureux, mais il n’en est rien. La réalisatrice Idit Cébula a bien montré la relation particulière (en la menant ici à son paroxysme) entre l’auteur et son éditeur. Il n’est pas question d’amour mais de complicité intellectuelle. Cette relation n’existe pas toujours, loin s’en faut, mais elle existe bel et bien.

 

Ce qui est moins crédible en revanche c’est la rencontre entre ces deux-là. Dans cette scène, les valeurs sont inversées. Ce n’est pas l’auteur qui est ému mais l’éditeur. Celui-ci se rappelle très bien avoir rencontré Emmanuelle Devos à une signature de l’un de ses auteurs dans une librairie quelques mois auparavant et est particulièrement heureux d’avoir reçu son manuscrit même s’il ne souhaite pas le publier tel quel. Franchement… le jour où un éditeur se pâme devant un jeune auteur jamais publié (à moins d’être Jonathan Littell et de proposer un livre comme Les Bienveillantes…)… Je cherchais une fin à cette hypothèse, mais cela me paraît si inconcevable que je sèche…

 

Enfin, quand elle apprend qu’elle va être publiée, Emmanuelle Devos perd les pédales et donne sa démission au Rectorat. Elle veut vivre de sa plume, faire vraiment ce qu’elle aime. Son mari veut l’en dissuader. Logique, il n’est pas convaincu par ce qu’elle fait et estime qu’il est très difficile d’être remarqué quand autant de livres paraissent chaque année. Mais quand elle demande à son éditeur si un jour elle pourra gagner sa vie grâce à ses livres, lui aussi lui avoue qu’il ne peut pas le savoir. En effet, combien d’auteurs sont tentés par cette voie de l’inactivité professionnelle pour se consacrer corps et âme à l’écriture ? Cette perspective est périlleuse. On se souvient en effet de l’essai de Bernard Lahire, La Condition littéraire (publié l’année dernière) révélant que seulement 2% des auteurs parviennent à (sur)vivre grâce à leurs publications. Nombres d’éditeurs déconseillent très fortement à leurs auteurs de quitter leur emploi pour écrire. Dominique Gaultier pense par exemple que c’est la meilleure façon pour un auteur de ne penser qu’aux à-valoir, c’est-à-dire aux avances d’argent, et non à l’écriture elle-même. D’autres comme, Héloïse d’Ormesson, sont plus modérés mais affirment qu’on ne peut connaître à l’avance le succès d’un livre encore moins la carrière d’un auteur.

Publié dans : Polémiques
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