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Anne Sophie Demonchy
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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 11:50

                                                    Photo : Olivier Roller
J
oëlle Losfeld est une éditrice que j’aime beaucoup pour son charisme, son intelligence et son goût pour les belles lettres. Ses auteurs phares sont Albert Cossery, Michel Quint et Dominique Mainard. Mais son catalogue compte près de 450 titres. J’ai rencontré l’éditrice (appartenant au groupe Gallimard) à plusieurs occasions. Je vous propose donc aujourd’hui un entretien que nous avons eu au printemps dernier :

 

Vous avez une politique d’auteurs, quelles sont vos stratégies pour faire découvrir les auteurs ?

Je ne crois pas que les stratégies marketing puissent marcher avec des maisons d’édition comme la mienne, c’est-à-dire qui proposent une littérature qui n’est pas formatée pour le goût du public, si tant est que l’on connaisse vraiment son goût. Je n’ai pas de stratégies spéciales : je vais voir les journalistes, les libraires, je fais  peut-être un peu plus de travail de militantisme auprès des libraires.

C’est par la durée qu’on impose finalement aux gens ce qu’on a envie et choisi de faire. Ca fait plus de 17 ans que je sillonne les routes pour aller voir les libraires, avec les journalistes j’ai construit des relations. Mais je n’ai pas les moyens de faire de grosses campagnes d’affichage pas plus qu’un certain nombre de choses.

Quand je publie un livre, j’ai l’impression qu’il va marcher, que ça va intéresser tout le monde, or par définition je devrais savoir maintenant que bien évidemment ce n’est pas vrai, que ce choix est très subjectif et que lorsqu’on fait un choix subjectif, il faut respecter la subjectivité des autres.

En revanche, ce qui arrive souvent dans les petites maisons d’édition, à force de travail et d’un peu de chance, on a un best-seller de temps en temps. Moi j’ai eu un long-seller avec Effroyables jardins de Michel Quint, j’ai eu aussi Dominique Maynard et Albert Cossery (qui a beaucoup aidé ma maison).

 

Quel est le rôle des petites maisons d’édition ?

D’abord, il faut donner une ligne éditoriale et accueillir des auteurs qui sont dans la filiation de cette ligne avec un esprit qui les rassemble qui n’est autre que l’inquiétante étrangeté, avec toutes les connotations que cela peut avoir : le dépassement des normalités.

Ce que je défends, c’est la politique d’auteurs. Il peut m’arriver d’avoir un seul livre d’un auteur à mon catalogue mais en général, j’ai envie d’accompagner le travail d’un auteur pendant toute la durée qu’il m’est possible.

Il me semble essentiel que j’assiste des gens qui sont dans l’état de création. Moi je suis une ordonnatrice et non une créatrice. Le rôle d’un éditeur ce n’est pas de materner ses auteurs mais de les accompagner physiquement dans des endroits où ils n’ont pas toujours envie de se retrouver tout seuls, c’est d’être ensemble dans un salon, dans une librairie, être interrogés ensemble, participer à cette élaboration. Mon rôle à moi, dans la mesure du possible, c’est d’être présente au moment où eux vont être exposés. Ce n’est pas devenir amie avec les auteurs. Je ne suis pas d’ailleurs sûre que ce soit souhaitable. Mais il faut qu’il y ait de la complicité et de la confiance.

 

Comment travaillez-vous avec vos auteurs ?

Parmi les sujets de fâcherie avec les auteurs, il se peut qu’il y ait le travail du texte. Il y a de nombreux auteurs qui ne veulent pas. Alors soit vous prenez le texte et vous l’éditez soit vous ne le prenez pas.

Quand j’accepte une texte, j’ai des propositions à y faire, j’essaie de convaincre l’auteur que je ne suis pas là pour lui apporter du tort mais que si j’estime qu’il y a un petit redressement de la colonne vertébrale du texte à faire, c’est parce que je peux juger en tant que lectrice et en tant que éditrice mais ce n’est pas pour l’ennuyer. J’essaie toujours d’établir un dialogue.

Quand on signe le contrat, on prépare la couverture, on corrige les épreuves, tout se passe bien, mais après il y a la commercialisation du livre. C’est à ce moment-là que l’on peut se fâcher parce qu’il y a des auteurs qui estiment que vous vendez mal leur livre, qu’il n’y a pas d’articles, que les livres ne sont pas dans les librairies, que lorsqu’ils relèvent leur relevé de compte c’est pas suffisant.

Mais s’il y a une confiance entre l’auteur et l’éditeur, les fâcheries sont moins fréquentes.


Comment envisagez-vous l’édition de demain ?

Je voudrais être optimiste. Je ne pense pas que le livre va disparaître. On est dans une mauvaise période et l’on peut craindre comme le dit André Schiffrin dans son livre L’Edition sans éditeurs (La Fabrique, 1999) une concentration des grandes maisons d’édition et la disparition des moyennes. Les petites maisons d’édition seront toujours là. On est dans un enjeu à l’heure actuelle de monopole. Il y a aussi une concentration des librairies, voyez ce que la Fnac devient.

Et puis il y a un problème : les librairies. Disparition des maisons indépendantes, difficulté des librairies comme des maisons indépendantes car le combat est lié.

Enfin, le lectorat. Quand vous regardez les chiffres de vente, vous vous apercevez qu’il y a deux ans vous aviez une rotation du fonds qui marchait plus que maintenant. Par exemple, les auteurs qui ont du succès, il faut faire trois fois plus d’effort qu’avant pour les imposer. Et ce n’est pas parce qu’ils sont imposés aux 1er et 2ème livres que le 3ème livre va marcher. Il y a moins de fidélisation à un auteur qu’il n’y en avait auparavant. On est un peu dans une société de zapping et pour la lecture, c’est pareil.

Nos médiateurs sont les libraires. Ce sont eux qui font connaître notre maison en mettant nos livres sur table, en vitrine, en mettant un petit mot sur la couverture du livre. De notre côté, on doit inciter les auteurs, même si parfois il n’y a personne, à faire des rencontres ou des lectures dans les librairies, à rencontrer les lecteurs. Je me rends également dans les librairies pour faire connaître ma maison et les livres que je publie.

Publié dans : Editeurs
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