Anne-Sophie Demonchy
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Juste un petit message ce soir, un peu inopiné, non préparé… mais je ne puis passer sous silence une nouvelle disparition. Ces trois derniers mois auront été
funestes : après Julien Gracq, c’est au tour de Robbe-Grillet de mourir. Vous me direz, et avec raison que ces deux hommes avaient atteint un âge canonique, mais il est toujours trop tôt
quand vient le moment de partir. De Robbe-Grillet, je dois bien avouer avoir pas mal séché. Je ne suis pas ce qu’on appelle une amatrice du Nouveau roman ni même du structuralisme. J’avais lu
avec un plaisir purement littéraire et esthétique La Jalousie qui évoque l’histoire sentimentale de trois personnages, perçus tour à tour par la jalousie, store permettant de voir sans
être vu. Je me souviens des longues descriptions des lieux, de l’observation de chaque mouvement des protagonistes. Les incessants retours en arrière m’avaient étonnée et même agacée au départ et
finalement je me suis laissée porter par les mots et l’intrigue, extrêmement tenue.
Par la suite, j’ai découvert L’année dernière à Marienbad et La Reprise (texte ayant définitivement rompu avec le Nouveau
Roman et ses caractéristiques). Son dernier texte publié chez Fayard, Un Roman sentimental, m'a laissée pantoise. Je ne voudrais pas jouer la prude effarouchée mais la
lecture de quelques extraits glanés de-ci de-là m'a mise très mal à l'aise, qu'il s'agisse des scènes de viols, d'orgies diverses ou d'inceste. Si vous ne connaissez
pas cet auteur, vous pouvez aisément vous dispenser de ce livre malsain.
Sans que Robbe-Grillet ne compte parmi mon panthéon personnel, il tenait
une place à part. Il faisait partie des auteurs que l’on étudie et que l’on respecte parce qu’ils ont contribué à un changement en profondeur du paysage littéraire, changement que l’on approuve
ou que l’on déplore mais qui a eu en tout cas le mérite de vouloir apporter un souffle nouveau à la création française.
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