Anne-Sophie Demonchy
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Pour débuter la série sur les écrivains israéliens, j’ai choisi de lire La Mariée libérée d’Avraham B. Yehoshua, un roman magnifique et poignant sur les
relations entre les israéliens et les palestiniens. Il n’est pas question de guerre ni de conflit dans ce texte, mais plutôt de relations humaines et culturelles entre les deux peuples qui ne
s’affrontent pas mais s’observent, s’étudient et se viennent mutuellement en aide.
Vous résumer l’histoire serait vraiment réducteur puisque ce roman de 1000 pages foisonne de thèmes et de pistes. Le fil conducteur néanmoins nous tient d’un bout à l’autre : Rivline ne se résout pas au divorce de son fils, répudié par sa femme après seulement un an de mariage. Il profite de la mort soudaine du père de Galia, l’ancienne épouse, pour retourner voir cette famille et essayer de comprendre l’objet de la rupture. Vous voyez, si l’histoire se résumait à cela, ce serait bien pauvre et très vite ennuyeux car Rivline agace son entourage ainsi que sa belle-fille à poser sans cesse des questions sur la vie intime de celle-ci et de son fils. A cette trame se tissent de nombreux thèmes.
D’abord, Yehosha prend plaisir à nous raconter le quotidien d’un couple, Rivline et sa femme, qui vivent ensemble depuis trente ans : l’organisation des repas, les habitudes et travers de l’un et de l’autre, leurs disputes et remises en cause de leur union sont racontés avec sensualité et parfois avec un certain humour.
Rivline est un professeur à la Faculté, spécialiste de la littérature arabe. Il s’intéresse donc aux relations entre arabes et juifs. Il tente sans cesse de décrypter les agissements des uns et des autres. Selon lui, la situation linguistique des arabes qui utilisent quatre langues (le berbère, l’arabe dialectal, l’arabe littéraire et le français) « est problématique et n’est pas sans rapport avec le fait que l’Etat algérien se précipite dans la violence… »
A différents moments, une étudiante traduit des légendes et des poèmes arabes. Le roman offre alors des allégories, parfois difficiles à comprendre immédiatement, sur l’identité nationale. Ces poèmes et ces textes qui nous sont donnés à lire sont très beaux et enrichissent une lecture déjà très nourrissante. Une simple lecture, comme je viens de le faire, me semble insuffisante, pour pénétrer complètement ces différentes couches d’interprétation.
Le thème de la mémoire tient enfin une place de choix puisque Rivline, contrairement aux autres, veut comprendre la raison de la rupture amoureuse inattendue. Il justifie cet acharnement par sa profession : en tant que chercheur et historien, il ne peut oublier ou accepter, il veut aller au fond des choses, comprendre. Il ne se contente pas de la fatalité. La fin lui donnera raison. Au-delà de cette résolution de l’énigme intime apparaît en filigrane l’histoire de l’Etat d’Israël et encore une fois de l’identité.
Ce magnifique texte est une introduction (un peu longue toutefois) sur le monde oriental, ses rites, son Histoire. Un passage particulièrement intéressant propose une réflexion sur le métier de chercheur : celui-ci doit-il travailler sur le passé uniquement ou croiser les événements actuels avec l’Histoire ? Rivline a pris le parti de la seconde voie mais le roman laisse le débat ouvert.
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