Lalettrine.com

Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy
                   @ hotmail.fr



163 195 lecteurs depuis
 le 21 Août 2006


Dernières vidéos



Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Commentaires

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
Lundi 17 mars 2008
undefined

                                                                           Olivier Roller
J
e sors très émue de la lecture d’un récit à la fois sensible et peu bavard : Balayer, fermer, partir de Lise Benincà (Seuil, coll « Déplacement). La narratrice part du postulat que le corps est un appartement dans lequel nous habitons. Elle réfléchit ainsi au fait que nous n’en avons qu’une vision extérieure et que, contrairement à la maison de son père qu’il a construire parpaing après parpaing, nous n’en avons qu’une connaissance infime. Et ce corps, qui lui tient lieu d’habitation, lui fait mal.

La citation de Georges Perec, placée en exergue, résume en quelques lignes le livre :« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ des sources » (Espèce d’espaces). Le souvenir est au centre du récit : la narratrice se souvient de son père construisant sa maison de façon quasi maniaque. A présent qu’il vient de mourir, la maison va être vendue. Pas d’état d’âme. « On n’est pas obligé de se sentir concerné » par la mort de son père se répète-t-elle à plusieurs reprises, et pourtant, elle ne peut échapper à ce qui reste de lui : sa maison.

Si notre corps est une maison, elle est également une prison, un lieu oppressant qui est « comme une boîte fermée, les quatre murs, le sol, le plafond, c’est comme une boîte, j’ai peur de croire qu’il y a quelque chose à l’intérieur ». Dans un entretien que j’ai écouté sur France Culture, Lise Benincà avouait qu’elle n’était pas de nature bavarde. C’est vrai : son récit est très elliptique. Elle laisse au lecteur la possibilité de reconstituer l’histoire, de s’évader et de d’ajouter à son gré les pièces manquantes de ce puzzle narratif.

Cette femme, enfermée dans son corps comme dans son nouvel appartement, se sent mal. La vétusté du lieu rejaillit sur son humeur : « A l’intérieur tout s’effondre. Mon corps est poreux. Mon corps est sujet aux intrusions de l’extérieur. S’il y a un courant d’air, je m’enrhume (…). Le corps est mon lieu. Y suis-je enfermée ? Les oreilles sont des portes d’entrée. La bouche est une porte de sortie. Je parle du dedans. On m’entend du dehors ». J’admire la beauté stylistique et surtout rythmique de cet extrait. L’auteur a travaillé ses phrases, les a bien balancées afin de trouver le tempo cadencé. A propos du style, elle explique dans la postface qu’elle a voulu : « chercher le rythme qui reflète les mouvements intérieurs, le tout premier lieu ».

Ce livre est bouleversant. Il raconte une histoire assez banale en somme : un père de famille décède, ses filles veulent vendre leur héritage. Pourtant, on pressent le drame derrière ces mots simples : « on n’est pas obligé de se sentir concerné ». Par petites touches, quasi imperceptibles, l’auteur distille des indices pour nous faire deviner le drame qui s’est joué au sein de cette famille et qui rend la narratrice si sensible à l’espace.


Sans-titre-2.gif

par Anne-Sophie publié dans : Le coin des livres
ajouter un commentaire commentaires (8)    recommander

Commentaires

merci, Anne-Sophie, pour cette lecture sensible.
commentaire n° : 1 posté par : FB (site web) le: 17/03/2008 22:02:59

Nous sommes les détenteurs des temples de la vie. A cette différence près, que c'est nous qui sommes obligés d'aller vers la prière pour nous soulager de nos chaînes.

Votre page donne envie de lire le livre.

En partant hier du salon du livre, j'étais loin de me douter qu'une alerte à la bombe allait gâcher la soirée. 
Que se passe-t-il dans leur tête, pour nourir la peur des gens.
Je ne peux pas comprendre cela, même si l'on veut me faire comprendre; qu'ici nous avons la chance que cela s' avère être un canular et qu'en d'autres lieux du monde on ne prend  pas le temps d'en informer les populations, lorsqu'une bombe tombe sur des innocents.
 

commentaire n° : 2 posté par : salamone giuseppe le: 18/03/2008 00:07:43
Si sensible à l'espace que son corps l'emprisonne... Ca fait poser de drole de question sur la séparation de notre être. Dans un tout autre domaine, cela me fait penser au livre Les 1001 de Billy Milligan. C'est l'histoire d'un homme aux 24 personnalités (type Gollum/Sméagol dans le seigneur des Anneaux). Je vous recopie un extrait - contexte : Arthur, une des personnalités, explique aux 'enfants', c'est-à-dire aux personnalités parmi les 24 qui sont des ‘enfants, ce qui leurs arrive "à tous" : 

 « Essayez d’imaginer. Nous tous – cela fait beaucoup de monde dont un certain nombre de personnes que vous ne connaissez pas – nous sommes tous réunis dans une pièce sans lumière. Au centre, un projecteur éclaire brillamment le sol. Celui qui entre dans la lumière, sous le projecteur, entre dans le monde et prend la conscience. C’est cette personne que les gens de l’extérieur voient et entendent, c’est à ses actes qu’ils réagissent. Les autres personnes, autour du projecteur, poursuivent leurs occupations habituelles, étudient, dorment ou jouent. Celui ou celle qui se montre à l’extérieur doit faire très attention de ne pas révéler l’existence des autres. C’est un secret de famille. »
Dans le livre de Daniel Keys, c'est pathologique.
Ici, dans votre chronique, c'est aussi troublant - même si cela n'a rien à voir formellement. Non, mais dans les deux cas (l'un psychiatrique, l'autre l'expression d'un drame intime), il y a la séparation, plus même que la dissociation, entre l'esprit et le corps.
Et ça c'est troublant.


commentaire n° : 3 posté par : Michel (site web) le: 18/03/2008 04:21:57
Très belle critique qui donne envie de se plonger dans ce livre malgré la dureté des sentiments
commentaire n° : 4 posté par : Gambadou (site web) le: 18/03/2008 10:38:11
L'âme et la machine, le cerveau et le crâne, papa construit le corps, à sa mort il faut vendre. 
Gnoti Seauton... Connais toi toi-même...
 Belle découverte, merci.
commentaire n° : 5 posté par : PascalCabero (site web) le: 19/03/2008 15:06:26
Ce compte-rendu de lecture m'a donné envie de le lire à mon tour, je me le note.
commentaire n° : 6 posté par : Loïs de Murphy (site web) le: 19/03/2008 16:34:18
Ce livre a l'air très bien... mais j'ai une telle impression de voyager dans mon corps, dans ses douleurs comme dans ses plaisirs, que j'ai peur de m'y sentir à l'étroit après l'évocation de Lise Beninca.
Pourtant, quel titre !
commentaire n° : 7 posté par : Don Lo (site web) le: 28/03/2008 18:02:47
Ton compte rendu de lecture m'avait donné très envie de découvrir ce livre : c'est chose faite ! très beau texte... à mon tour j'ai fait un commentaire de ce titre, sur mon blog naissant.
commentaire n° : 8 posté par : Flora (site web) le: 22/04/2008 23:09:26

Publicité

Infos

Après La lettrine, j'ai également lancé un journal en ligne consacré à la politique : www.politique.net

 



Retrouvez mes articles et chroniques
dans Le Magazine des Livres 


mag-nothomb.jpg


ECRIVAINS SUR LA LETTRINE

David Abiker

Martin Amis

Stéphane Audeguy

Honoré de Balzac

Jules Barbey d'Aurevilly

Christophe Bataille

Dominique Bauby

Pierre Bayard

Pierre Belfond

Nina Berberova

Philippe Besson

T.C. Boyle

André Brink 1
André Brink 2

André Bucher

Emmanuel Carrère

Jean-Marie Catonné

Javier Cercas

Eric Chevillard

Sophia Chikirou

Stéfan Coïc

Mary Dollinger

Bernard Fillaire

Timothy Findley

David Foenkinos

Christian Gailly

Gabriel Garcia Marquez

Jérôme Garcin 1
Jérôme Garcin 2

Maurice Gouiran

Julien Gracq

J.H. Griffin

Philippe Grimbert

Mikaël Hirsch 1
Mikaël Hirsch 2

Nancy Huston

Serge Joncour

Pierre Jourde

Fabienne Kanor

Nicole Krauss

Agota Kristof
La Trilogie des jumeaux

Philippe Labro

Jérôme Lafargue

Marc Lévy

Jonathan Littell
Les Bienveillantes 1
Les Bienveillantes 2
Les Bienveillantes 3
Les Bienveillantes 4
Les Bienveillantes 5

David Lodge

Alain Mabanckou

Naguib Mahfouz

Héléna Marienské

Laurent Mauvignier

Léonora Miano
L'intérieur de la nuit
Contours du jour qui vient

Haruki Mirakami

Yukio Mishima

Naulleau et Domecq

Cees Nooteboom

Nuala O'Faolain

Antonio Pennacchi 1
Antonio Pennacchi 2

Sylvie Perez

Rainer-Maria Rilke

Knud Romer

Jean-Christophe Rufin

Eric-Emmanuel Schmitt

Patrick Süskind

Vincent de Swarte

Tarun Tejpal

Tzvetan Todorov

Enrique Vila Matas 1
Enrique Vila Matas 2

Vocation nègre

Marc Weitzmann


Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus