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Anne Sophie Demonchy
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Dimanche 13 avril 2008

 

Comme je vous l’avais signalé au moment de la fête du Printemps des poètes, je connais peu la poésie contemporaine. Une âme généreuse a entendu ma parole et a eu envie de me faire découvrir un très bel auteur en la matière : Ariane Dreyfus, qui vient de publier au Castor Astral un recueil de poèmes intitulé : Iris, c’est votre bleu. La fleur, c’est l’homme, et plus précisément son sexe qui s’ouvre et qui éclôt au contact de son amante. L’amour charnel s’inscrit dans le temps et l’espace. Il est à la fois union des corps et de union de l’être à l’univers. Il est enfin une réconciliation entre soi et l’Autre :

 

 

Je te serre dans mes bras la nuit commençant.

Serrer, mais non,

Trop sombre elle ne nous laisse même pas les arbres.

Je me rapproche. Je vois encore, peut-être encore un peu, je vois le dessin d’une feuille près d’une autre.

Chacun existe, même par terre et je ne vois plus quoi, c’est ici.

La nuit donc, au cas où on aurait oublié.

 

Dans l’obscurité, je vais voir tes yeux ouverts

Très doucement et très vivants.

C’est nous pas engloutis, la montagne noircie garde une seule courbe,

Et la mer, quand le soleil descend la mer brille tellement

Si l’on reste près d’elle,

Pour voir encore.

 

Que ton sexe se détende ou se rende

-Fente infime, lueur soulevée –

Ta douceur demande ma douceur.

 

On a peur qu’il suffirait d’une seule fois,

Alors se coucher

Se coucher autant de fois qu’il faudra

Pour apprendre le mouvement de l’amour sur la terre.

 

 

Si l’Amour est au centre du recueil, d’autres thèmes sont abordés comme celui des maltraitances faites aux femmes dans certains pays ou aux enfants. Ariane Dreyfus croque en quelques mots lapidaires un événement tragique, comme celle par exemple d’ Atefeh Rajabi, une jeune iranienne, exécutée pour avoir été violée à plusieurs reprises par un ex gardien de la révolution de 51. Se sachant condamnée à mort et désespérée, elle retira son hijab et lança sa chaussure à la figure du juge qui la pendit lui-même :

 

Atefeh Rajabi Sahhaleh,

Etre Iranienne. Avoir seize ans.

 

Pas eu le temps, sauf quelques pas,

Une porte qu’elle voulait ouvrir.

 

Pour vivre, quelques pas.

Le regard échangé serait la première clef qui tourne,

L’ouverture d’un baiser,

Une chambre amoureusement.

 

*

Le juge a rugi.

 

Sera pendue et très haut, d’une grue pour bien détacher de la terre. C’est parfait.

C’est quelque chose qu’on voudrait montrer à Dieu.

 

Dieu n’est jamais là. Pas besoin.

Il ne dit rien à une fille qui se débat

- si furieuse qu’elle crie, criant aussi.

*

 

Calmement bougent une corde, une grue, un ciel s’écartant toujours plus.

Qu’ils le fassent,

Un baiser est d’une lenteur plus haute.

 

Plus la mort commence, plus c’est la vérité seulement

Qui caresse le cœur.

 

Une jeune fille qui se balance,

La mort a lieu en dessous.

 

 

Pour en savoir plus sur Ariane Dreyfus et sa façon de composer ses poèmes, je vous conseille de lire l’entretien, en plusieurs parties, qu’elle a accordé au site Poezibao.

Publié dans : Pas mal...
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