Anne Sophie Demonchy
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Ce n’est pas un récit dont voudrait Bernard Fixot & Co, un récit qui emporte les foules, les faisant rire ou pleurer parce que non seulement le style relève de la prose poétique mais en plus, il n’y a gère de trame narrative. Il s’agit, je le répète, d’un récit, celui que l’humanité ferait aux hommes si elle en avait la possibilité. Elle observe ainsi ses enfants, devenus des êtres égoïstes, destructeurs, pollueurs et irresponsables. Les courts chapitres s’enchaînent dressant un constat catastrophique de la situation actuelle de notre planète. Tous les thèmes sont abordés : de la passivité des hommes face aux injustices sociales au déni de l’engagement politique, de l’avachissement général à la bêtise ambiante en passant par les guerres et la mondialisation. La colère gronde à travers ces pages véhémentes et poétiques. C’est un chant lyrique que nous offre l’auteur, exalté par ses sentiments de rage et de désespoir. Dans une langue sophistiquée, il nous met en garde contre ce monde qui s’amollit, s’abêtit passivement, s’installe dans un discours fade et consensuel. Pour résister à ce règne de la laideur, l’auteur a choisi un style propre à dire la beauté de la langue par opposition à l’enlisement des hommes dans la vilénie, la pollution et la destruction. Il pèse chacun des mots, les fait rimer, compte chaque syllabe pour obtenir des structures de phrases bien balancées et faire de ce texte plaidoyer un moment de poésie :
« Chaque nuit le même rêve…
… Chaque nuit, à grandes enjambées, je cours à perdre haleine, implorante, implorée. Chaque nuit, quand je suis endormie, je cours pour tenter d’exorciser la réalité ; je cours pour essayer d’arracher mes enfants au bourbier où ils sont enlisés… ».
Coïncidence : je critique ce livre dans le prochain numéro du Magazine. Contrairement à toi pourtant, je ne l'ai pas beaucoup aimé ; ou disons que j'ai été déçu. A partir d'une idée en effet originale (l'humanité dans son miroir), Bonmort assène un certain d'idées dont on aimerait qu'elles soient un tout petit peu étayées. A hésiter entre les registres, à user aussi bien de la veine poétique que du tropisme pamphlétaire, Bonmort finit par mettre le monde en accusation, ce qui est tout de même la chose la plus facile à faire.
Le récit surabonde de formules ; dans le lot, certaines font mouche, mais, inévitablement, la masse joue contre elle. Je crois pourtant que Bonmort n'a pas tout dit ; j'attends plutôt qu'il s'empare de ce qui semble le mobiliser en son coeur, à savoir une vision poétique du monde. Pour le reste, il doit choisir : soit il écrit un essai, fût-ce sous la forme d'une réflexion crépusculaire, et alors il doit démontrer, étayer ; soit il s'en remet à la poésie, pourquoi pas à la métaphysique, et alors il doit faire son deuil de la sentence, et d'une forme de colère qui se prête assez mal à son intention : l'on ne peut à la fois déplorer la déshumanisation du monde et se montrer aussi vindicatif...
Marc
Jelirai avec intérêt ton propre article
Tout le problème est : Comment ?
Ne me le demandez pas, j'en sais bougrement rien.
Sinon vous le sauriez.