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Anne Sophie Demonchy
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /2008 13:57

 

La publication posthume d’un roman de Vladimir Nabokov relance le débat sur le respect ou non de la volonté des écrivains de savoir leurs manuscrits détruits après leur mort. Le Monde des Livres, du 9 mai, consacre une grande enquête sur la décision du fils Nabokov d’éditer L'original de Laura : mourir est amusant, roman que l’auteur a écrit au cours des dernières années de sa vie et qui demeura à l’état d’ébauche. Avant de mourir, il demanda à sa femme de détruire son manuscrit se justifiant ainsi : « la tristesse d'une vie interrompue n'est rien par comparaison à la tristesse d'une étude interrompue ». Par souci de perfection, il ne voulait pas rendre publique une œuvre inaboutie. On le comprend… Pourtant, la journaliste du Monde montre que Nabokov, qui écrivait toujours ses ébauches sous forme de fiches, avait une idée très précise de son roman. Jusqu’à sa mort en 1991, Vera Nabokov respecta la volonté de son mari en gardant pour elle les fiches, mais elle ne se résolut pas à les détruire. Dès lors, ce fut au fils Nabokov de porter le poids de l’héritage. Pendant 17 ans, il hésita à publier le texte et finalement il s’y résolut estimant que son père n’aurait pas supporté que l’on supprimât l’un des livres qu’il jugeait indispensable. On ne sait encore quand le livre sera publié mais la décision de Dmitri Nabokov est prise.

Pourtant, ce n’est guère une décision facile à prendre. Max Brod, par exemple, l’ami et exécuteur testamentaire de Kafka ne respecta pas la demande de l’auteur de brûler ses manuscrits, persuadé qu’il n’était guère sérieux. Ainsi, non seulement Max Brod publia les grands romans de Kafka mais en plus il se permit quelques modifications dans l’ordre des chapitres et la ponctuation. Si Max Brod n’avait pas désobéi à son ami, nous n’aurions pas connaissance du Château ni du Procès.

Dans ses Souvenirs désordonnés, l’éditeur, José Corti évoque Sadegh Hedayat, l’auteur de La Chouette aveugle ( José Corti, 1953) : « Pour tracer ces deux cents pages, il fallait être Hedayat ; cela veut dire être un homme qui souffre d’un mal moral sans remède avant d’être un homme qui écrit. Être un homme hanté de démons qui ne se laissent pas prendre au leurre d’un récit… Les démons d’Hedayat n’ont pas lâché la proie pour l’ombre. La Chouette écrite, ils ont continué à l’habiter jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, il en vienne à demander à la mort de l’exorciser… Ce qui donne à son geste une dimension unique, c’est que, s’étant soigneusement calfeutré chez soi, il a anéanti par le feu la totalité de ses manuscrits avant de s’étendre pour mourir ». Et de conclure que les écrivains comme Kafka sont des hypocrites : au lieu de brûler eux-mêmes leurs manuscrits inachevés pour être certains qu’il ne restera pas de traces de ces ébauches, ils les confient à des proches qui, un jour ou l’autre, seront tentés de les publier.

Publié dans : La littérature en question
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Commentaires

C'est drôle que tu en parles maintenant parce que je suis en train de lire mon premier Kafka justement. Ayant terminé la préface, j'ai pris connaissance du désir de Kafka, qui souhaitait détruire une partie de son oeuvre. Je reste partagé, d'un côté c'est à l'auteur, père de son manuscrit, de décider du sort de ses écrits; mais d'un autre côté, ce serait vraiment dommage de se priver de chef-d'oeuvres... Cela prête à polémique... Très bon article sur un sujet fort intéressant ^^
Commentaire n°1 posté par Sully le 11/05/2008 à 14h41
Heureusement que les écrivains sont un peu hypocrites dans leur comportement, sinon beaucoup de chefs d'oeuvre n'auraient jamais pu voir le jour après leur mort. On craint toujours la trahison ou bien la cupidité lorsque les légataires des oeuvres décident de les diffuser, mais je pense que c'est avant tout pour laisser une trace posthume des auteurs, avant tout.
Commentaire n°2 posté par Nanne le 11/05/2008 à 21h56
Oui, très bon article, Anne-Sophie! D'accord avec monsieur Corti: que l'auteur brûle donc lui-même ses manuscrits, s'il tient tant à les détruire! C'est quoi, cette mort assistée des feuilles de papier?! "Tiens mon ami, je te confie mes chefs d'oeuvre inédits, n'oublie pas de les anéantir, hein!". On imagine la tête de l'ami et son hochement de tête peu convaincu. Pour l'affaire Nabokov, je pense que c'est très bien ainsi: l'écrivain perfectionniste ne voulait pas qu'il y ait malentendu sur une ébauche, mais je suis sûr qu'il rêvait que ses admirateurs prennent connaissance de son dernier projet, en tant qu' ébauche et non pas oeuvre finie. Comme il n'y a pas d'ambiguité dans le statut de cette publication tardive, je ne pense pas qu'on puisse parler de trahison. J'en profite pour lancer un appel solennel à tout génie tourmenté qui voudrait faire disparaitre ses manuscrits après sa mort: confiez les moi, j'en prendrai grand soin (format papier ou clé USB, pas de problème, j'accepte tout, du moment que c'est génial), et je jure de les faire publier en précisant bien qu'ils étaient destinés à être détruits.
Commentaire n°3 posté par Marco le 13/05/2008 à 10h13
Dans le genre oeuvres qui brûlent ou disparaissent, je recommande plus que VIVEMEMENT l'incroyable lecture d'un "petit" livre intitulé "Les unités perdues" écrit par Henri Lefebvre aux Editions Virgile. Listing hallucinants d'anecdoctes. Un régal.
Commentaire n°4 posté par LVE le 13/05/2008 à 11h10

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