Anne Sophie Demonchy
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Pourtant, ce n’est guère une décision facile à prendre. Max Brod, par exemple, l’ami et exécuteur testamentaire de Kafka ne respecta pas la demande de l’auteur de brûler ses manuscrits, persuadé qu’il n’était guère sérieux. Ainsi, non seulement Max Brod publia les grands romans de Kafka mais en plus il se permit quelques modifications dans l’ordre des chapitres et la ponctuation. Si Max Brod n’avait pas désobéi à son ami, nous n’aurions pas connaissance du Château ni du Procès.
Dans ses Souvenirs désordonnés, l’éditeur, José Corti évoque Sadegh Hedayat, l’auteur de La Chouette aveugle ( José Corti, 1953) : « Pour tracer ces deux cents pages, il fallait être Hedayat ; cela veut dire être un homme qui souffre d’un mal moral sans remède avant d’être un homme qui écrit. Être un homme hanté de démons qui ne se laissent pas prendre au leurre d’un récit… Les démons d’Hedayat n’ont pas lâché la proie pour l’ombre. La Chouette écrite, ils ont continué à l’habiter jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, il en vienne à demander à la mort de l’exorciser… Ce qui donne à son geste une dimension unique, c’est que, s’étant soigneusement calfeutré chez soi, il a anéanti par le feu la totalité de ses manuscrits avant de s’étendre pour mourir ». Et de conclure que les écrivains comme Kafka sont des hypocrites : au lieu de brûler eux-mêmes leurs manuscrits inachevés pour être certains qu’il ne restera pas de traces de ces ébauches, ils les confient à des proches qui, un jour ou l’autre, seront tentés de les publier.
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