Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Vous avez dû certainement vous apercevoir ces dernières semaines que je suis devenue une inconditionnelle
de Jonas Hassen Khemiri, l’auteur du très
bon Montecore, un tigre unique. Je ne pouvais donc
pas m'arrêter en si bon chemin : j’ai voulu rencontrer son éditrice au Serpent à plumes, Nathalie Fiszman.
Hériter du Serpent à plumes peut être un cadeau empoisonné. En effet, la maison d’édition a une histoire chaotique et compliquée. Au départ, le Serpent à plumes était une revue littéraire, créée par Pierre Astier en 1988. Cinq ans plus tard, la revue s’est transformée en maison d'édition et a compté de nombreux auteurs étrangers et francophones de renommée internationale comme Thimothy Findley, Cotzee, John Cheever ou Dany Laferrière. Une collection poche est créée : Motifs.
Au début des années 2000, la maison d’édition a été rachetée par les éditions du Forum puis par le Rocher en 2004 et Pierre Astier et son équipe ont été licenciés. Le Serpent à plumes a disparu, seule la collection Motifs a perduré. Les auteurs, pour la plupart, ont quitté également le Rocher. En 2005, les éditions Privat ont racheté les éditions du Rocher et le Serpent à plumes a pu renaître de ses cendres.
Depuis deux ans maintenant, Nathalie Fiszman est à la tête du Serpent à plumes. C’est une femme jeune, pétillante et passionnée. Quand je lui ai demandé s’il n’avait pas été trop difficile de prendre la direction de la collection, elle m’a demandé, le sourire aux lèvres : « ai-je l’air de souffrir ? » En effet, l’éditrice n’a rien d’un souffre-douleur bien au contraire. Elle semble parfaitement savoir ce qu’elle veut et comment y parvenir : retrouver le prestige du Serpent à plumes en étoffant de grands noms son catalogue comptant déjà Jorge Edwards, George Orwell...
De façon classique, Nathalie Fiszman a commencé sa carrière d’éditrice comme stagiaire mais dans une maison prestigieuse, chez Gallimard auprès du célèbre spécialiste de Proust, Jean-Yves Tadié, puis est employée dans la collection de La Pléiade.
Par la suite, elle entre aux éditions du Rocher et s’occupe plus particulièrement de littérature étrangère. C’est ainsi qu’elle publie des auteurs aussi illustres que Jonathan Coe et Fernando Vallejo.
Un jour, elle démissionne du Rocher pour partir à l’aventure et « mener la belle vie » : pendant deux ans, elle met sa carrière d’éditrice de côté, voyage, a un enfant et fait de la photo. A son retour, elle est de nouveau reprise au Rocher. Enfin, en 2006, on lui propose de reprendre la tête du Serpent à plumes.
Contrairement à ce qui était pratiqué pendant un an, elle souhaite offrir au Serpent à plumes une image innovante en proposant un projet très ambitieux. Pour marquer sa différence avec son prédécesseur, elle a renoué avec l’esprit originel du Serpent : publier des auteurs étrangers d’une part ; et proposé une nouvelle maquette. Avec malice, Nathalie Fiszman me confie qu’elle veut tout contrôler : le choix des manuscrits, des collaborateurs, le graphisme des couvertures…
Elle vise ainsi deux objectifs : d’abord consolider les bases en publiant des auteurs classiques comme un inédit de George Orwell, Une fille de pasteur ou Jorge Edwards, Le bon à rien de la famille. Son deuxième objectif est de faire découvrir de nouvelles plumes venues de tous les horizons. Nathalie Fiszman a une ligne éditoriale très vaste puisqu’elle se fie au coup de cœur. Malgré tout, se dégage de son catalogue un goût certain pour l’absurde, l’étrange, la fantaisie…
Pour repérer de nouveaux talents, Nathalie Fiszman voyage beaucoup à travers le monde, repère dans les librairies les différentes maisons et leur ligne éditoriale, veut savoir chez quel éditeur est publié tel ou tel auteur qu’elle apprécie. Ainsi, elle se crée un réseau d’écrivains et d’éditeurs avec lesquels elle collabore.
Quant aux auteurs français, pour le moment, elle n’en a publié que deux. Soudain, je m’avance : « seriez-vous prêtes à travailler avec des agents français ? » « Bien sûr ! », me répond-elle sans l’once d’une hésitation. Elle préfère séparer les négociations financières des discussions littéraires affirmant se reconnaître davantage dans la manière de travailler des anglo-saxons.
A quelques semaines de la rentrée littéraire, Nathalie Fizsman se montre confiante : « Vous allez voir à la rentrée en automne, Le Serpent se remplume ! » On le lui souhaite…
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