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Anne Sophie Demonchy
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /2008 11:26

Les éditions Viviane Hamy ont créé, il y a plusieurs années déjà, une collection poche, « Bis », qui permet aux livres d’avoir une seconde vie… C’est le cas d’un livre excellent que j’ai dévoré en quelques heures : Soleils brillants de la jeunesse de Denton Welch, un écrivain, hélas très peu connu en France mais qui influença, en son temps, bon nombre d’écrivains anglophones tels William Burroughs et la Beat Generation. Son roman-culte, Soleils brillants de la jeunesse, fut publié en 1945, mais ce n’est qu’en 1997 qu’il fut disponible en français, chez Viviane Hamy. En lisant ce roman initiatique on comprend pourquoi toute une génération d’adolescents s’est reconnue dans le personnage d’Orvil Pym.

Orvil a 15 ans. Parce que sa mère est morte depuis quelques années déjà et que son père se consacre exclusivement à ses affaires professionnelles, il est pensionnaire dans une école privée qu’il ne supporte pas. Pour échapper à des camarades encombrants et inintéressants, il cherche à trouver refuge à l’infirmerie « mais les autres garçons étaient arrivés et l’endroit était vite devenu une pétaudière ». Très vite, son père vient le chercher pour passer les vacances au bord de la Tamise avec ses deux frères. C’est l’occasion pour le jeune homme de découvrir de nouvelles sensations. Particulièrement sensible, il crée des correspondances étonnantes entre les choses : ainsi les champignons que mange son père ont des « lamelles endommagées [qui] ressemblaient à des scalps d’épaisses chevelures orientales » et la pêche Melba à une « croupe ».

Orvil est traversé d’angoisses irrationnelles qui déforment sa vision de la réalité au point que les autres le prennent pour un fou. Dans ses cauchemars, le fantôme de sa mère continue de le hanter. Il la voit : « ses yeux étaient fermés, ses cheveux blonds ternes et pleins de terre. La terre tombait de ses orbites. Orvil en vit glisser entre ses seins. Son nez avait pourri ! » Orvil sent viscéralement ses peurs et les descriptions charnelles qui en sont faites constituent la force de ce roman où les fantasmes prennent le pas sur la réalité : «  ses entrailles se contractaient. Le vide était au plus haut des vagues, sombrait puis restait en suspension, douloureusement ». Pour échapper à sa famille qui l’effraie autant que ses camarades, Orvil part en quête d’aventures, en pleine nature, au bord du fleuve pour vivre à l’état sauvage : nu, bronzé et surtout libre ! La nuit, il fait des escapades autour de l’hôtel où il séjourne. Mais, craintif, il réinvente l’espace et croit voir « des chauves-souris, les imaginant planer au-dessus de lui dans l’obscurité de la grotte. Il sentait leurs horribles déjections s’écraser mollement sur son crâne. Il voyait même d’ignobles insectes grouiller sur leur corps ». La curiosité le pousse à goûter à des mets répugnants afin de tester sa force et découvrir surtout de nouvelles sensations, occasion pour lui de créer des correspondances jusqu’alors inédites. Il explore les mots et leur capacité à métamorphoser le monde avec cette même gourmandise. Ses poèmes, absurdes au premier abord, relèvent de la magie : grâce à eux, Orvil invente un univers onirique, rempart contre une réalité brutale et inacceptable.

 

 

Publié dans : Vraiment bien !
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