Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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En terminale, j’étais dans la classe d’une fille qui, en hiver, a tué avec son petit ami, l’un
de leur copain, comme ça, sans raison, juste par goût du sang et de la mort. A la suite du meurtre (très médiatisé à l’époque), une psychologue était passée au lycée pour nous expliquer ce qui
s’était passé, nous proposer de parler, d’évacuer nos angoisses. Les journaux faisaient leurs choux gras de cette affaire et des émissions de débat se demandaient dans quelle mesure des films
tels Tueurs-nés (film culte de la jeune fille) pouvaient influencer des jeunes au point de les pousser à tuer. Je n’ai pas cru un seul instant que de tels films, si violents et si fascinants
soient-ils, auraient pu d’une quelconque m’influencer.
Les films ultra-violents et la violence gratuite sont source d’inspiration. On se souvient notamment du film de Kubrick, Orange mécanique : de jeunes gens se plaisent à violenter et à tuer des inconnus, par simple jeu, par plaisir… Ce film a d’ailleurs été interdit en Grande Bretagne jusqu’en 2000 parle que certains criminels auraient avoué avoir agi de la sorte en hommage au film !
Dans Adieu la chair de Julia Kino, on retrouve cette fascination des jeunes pour la mort, l’ultra-violence. Une bande de six adolescents se connaît depuis toujours, zone ensemble dans une ville, rebaptisée Here… Leur vie monotone ne présente aucun intérêt, aucune réjouissance : « A 16 ans ma vie coulait à pic. Je ne savais pas ce que l’on attendait de moi ». Angelina, la narratrice, se sent complètement inutile dans une vie quadrillée, entre sa famille et le lycée, les silences lourds de son père et le bavardage assourdissant de ses professeurs. Impression que sa vie tourne en rond, qu’elle souffre d’un mal qu’elle ignore et ne sait comment en guérir. Avec sa bande d’amis (Bianke, Aberdeen, Ingo de Ring, Cœur-Coupant et Malt), elle passe ses journées au café, à fumer et à attendre que quelque chose se passe enfin. Une nuit, sans crier gare, l’un d’entre eux, tue de sang-froid, un inconnu sous leurs yeux. Cet acte leur paraît stupéfiant, quasi métaphysique. Dès lors, ils sont tous invités à suivre cet exemple et tuer les passants, la nuit venue. Ils deviennent alors un gang, des « cow-boys. Ce genre de personnes qui n’ont qu’à porter la main à leur poche pour sentir tout le poids de la mort, tout le poids de la vie… »
Ainsi, en parallèle d’une vie lycéenne des plus ordinaires, le gang sort la nuit pour assassiner gratuitement des gens qu’ils ne connaissent pas, qu’ils croisent dans la rue, en boîte de nuit… peu importe, seule compte la mort. Pas pour se sentir mieux, donner un sens à sa jeunesse, juste pour se venger d’un mal d’être inhérent à la jeunesse : « Voilà. Ca ne nous a pas pris longtemps pour nous couler dans la parade, nous fondre dans le carnaval et mettre notre adolescence à l’amende. Ca n’était pas très compliqué. Rien n’était grave. Parce que ce n’était qu’une vengeance. La douleur que je portais pour ces années perdues justifiait tout ce que je voulais. ŒIL POUR ŒIL. DENT POUR DENT ».
La vie s’écoule ainsi et du monde extérieur, le lecteur ne sera rien. Le monde extérieur n’est que bruit de fond. Des parents qui ne s’inquiètent pas de savoir ce que font de leurs nuits leurs adolescents, des professeurs lointains, qui font cours… Pas vraiment d’enquête et donc des crimes impunis. Et les vacances sont arrivées. Un rythme nouveau. Plus de lycée, des parents partis… La liberté. Pourtant, plus le goût de rien… Pour essayer de trouver une issue à l’irréparable – la mort – la bande décide de quitter la France, fuir en Hongrie à Budapest. Dès le début de la fuite, la bande comme l’écriture se délitent. Chacun doit trouver une manière de s’en tirer, comme il peut. A partir de ce moment, la solitude se fait oppressante… L’amour, l’amitié qui les tenaient debout s’envolent en éclats.
Julia Kino offre un très beau roman, percutant et plein d’énergie. Dès la première page, on s’attache à cette fille, Angelina, qui raconte, a posteriori, son histoire : « C’est peut-être la pire des histoires, et c’est peut-être la plus belle, lais c’est la mienne et je n’en veux pas d’autre ». Hors de question de sortir indemne de cette histoire déchirante.
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