Anne-Sophie Demonchy
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Neil Smith a un brin de folie charmant
et dérangeant. Si vous n’êtes guère sensible à l’humour noir, un peu macabre, je vous conseille de ne pas vous plonger dans Big Bang, un recueil de huit nouvelles, absolument
déconcertantes. Me concernant, j’ai complètement adhéré à cet univers brut, et sensible à la fois. J’ai aimé la façon dont le narrateur traite ses personnages, des personnages souvent malades ou
confrontés à la maladie d’un proche ou à la mort elle-même. C’est un sujet qui fait peur et qui souvent est traité en littérature avec gravité ou au contraire cruauté. Rien de tel dans ce
recueil. Précisément, Neil Smith appuie où ça fait mal et en plaisante, parce que la mort est inéluctable. Plutôt que de la fuir, parlons-en, mais avec humour. Certains pourront être dérangés par
ce ton complètement décalé par rapport au propos. Mais c’est une façon comme une autre d’accepter la réalité. Elle permet surtout de transcender la peur en rire. Rire pour ne pas pleurer, tel
serait la devise de Neil Smith.
Les personnages de ce recueil sont tous plus ou moins déjantés : on rencontre des alcooliques, des paumés, des déprimés, des illuminés. Surtout des illuminés d’ailleurs qui regorgent d’idées saugrenues, pour notre plus grand plaisir.
La première nouvelle « Incubateurs » est particulièrement émouvante : An vient d’accoucher d’un très grand prématuré qu’elle a eu avec un garçon qu’elle n’aime que bien… La nouvelle est tragique et loufoque en même temps. Le narrateur, par ses métaphores et descriptions burlesques, empêche le lecteur de se laisser aller à l’effondrement, au moins jusqu’à la dernière page. Rien de déprimant dans ces histoires de cancéreux ou de cette petite fille qui vieillit à vue d’œil. C’est comme ça, il faut faire avec. Et donc, se battre et rire de la vie. Ainsi cette veuve qui aimait beaucoup s’amuser avec son mari, continue de l’emmener avec lui en pique-nique, dans une pierre de curling où ses cendres reposent. Et de préciser : « Carl avait le même sens bizarroïde que moi ». Vivre avec un mort, parler des morts, de la maladie n’effraient pas ces personnages dépeints avec beaucoup de finesse. Contrairement aux nouvelles à chute, Neil Smith n’élabore pas ses textes en fonction de la fin. Il prend soin, pour chaque nouvelle, de présenter le personnage central, sa psychologie, puis il remonte le temps permettant d’expliquer comment il a pu se retrouver dans une telle situation. Ensuite, il reprend son récit et le mène avec brio jusqu’au point ultime.
C’est un recueil vraiment original, qui soulève de nombreuses questions sur la maladie, la mort, l’amour, la sexualité… dans un esprit fantasque, drôle et émouvant.
Big Bang, Neil Smith, traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Les Allusifs, 2007
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