Anne Sophie Demonchy
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La littérature latino-américaine est souvent flamboyante, débridée et pleine d’humour. La Dernière heure du dernier jour de l’écrivain mexicain, Jordi Soler correspond à ces différents critères, pourtant, je n’ai pu adhérer à ce livre complètement décousu.
Jordi Soler propose un récit autofictif, qui précisément mêle certains souvenirs de son enfance dans la jungle mexicaine à des aventures loufoques et fantasmées. Le lecteur devra démêler le vrai du faux ou se laisser happer par ce roman fantaisiste.
Le narrateur habite à Barcelone, mais parce qu’il a une infection oculaire et que sa mère lui demande de régler des problèmes d’héritage, il décide de repartir au Mexique, pays qu’il a décidé de quitter définitivement. Commence alors le récit des souvenirs de son enfance peu heureuse en terre d’exil auprès d’un père alcoolique, d’une tante folle et de Mexicains hostiles à leur présence. Dans les années 1940, le grand-père du narrateur est venu en exil au Mexique, échappant ainsi à Franco. Il décide de développer une plantation de café, la « Portuguesa », en plein milieu de la forêt. Contrairement à ce qu’il espérait, l’accueil fut glacial et jamais, malgré les années, il n’arriva à se sentir chez lui : « personne ne prétendait que dans cette plantation de soldats exilés, de Catalans sans patrie, d’Espagnols fils d’Hernán Cortés entourés d’indigènes vindicatifs, il fallait vivre d’eau fraîche ». Ainsi, le narrateur de conclure que si les exilés supportent tant bien que mal cette vie médiocre au Mexique c’est avant tout parce qu’ils passent leur temps à se soûler. Ces soldats exilés qui pensaient couler des jours heureux en pleine jungle se sont vite rendu compte que leur intégration serait plus difficile que prévue. Les Mexicains se sont montrés méfiants à leur égard. Et puis, cette communauté a très vite connu une tragédie : la première fille d’Arcadi, le grand-père, Marianne, a eu une méningite à l’âge de trois ans qui lui laissa de profondes séquelles : elle sombra dans la folie, au point de frapper tout le monde, de se montrer très agressive, si bien que dès lors elle fut tenue en laisse.
Ce qui transparaît surtout dans ces pages foisonnantes aux phrases à rallonge qui n’en finissent plus de s’étendre, c’est l’amertume du narrateur à l’égard des Mexicains : « ces indigènes, qui à vrai dire nous méprisaient et tenaient à l’écart, parce qu’il avait toujours été clair pour nous que les maîtres de la forêt, c’étaient eux, ils savaient comment s’y conduire et comment contrôler les animaux, ils dominaient ce territoire alors que nous, nous vivions dans notre Catalogne d’outre-mer, dans notre pays de mensonges, où chacun vivait et parlait comme s’il était rue Muntaner et non dans cette forêt infecte et fantastique » Les longs développements sur l’exil et le regard de l’Autre m’ont passionnée. J’aurais vraiment voulu aimer ce livre plein de promesses mais les phrases interminables, les circonvolutions menant on ne sait où ont eu raison de ma patience.
Toutefois, Jordi Soler raconte une histoire authentique, la sienne, celle d’un exilé qui porte un regard dur sur son pays d’accueil qui ne l’a pas accueilli. Sa réflexion est intéressante, innovante dans son parti pris… L’exotisme ici est sordide, hostile… On est loin du mythe du Bon Sauvage, et des bienfaits de vivre au milieu d’une nature riche et nourricière.
La Dernière heure du dernier jour, Jordi Soler, Belfond, 221 p., 19 €
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