Anne Sophie Demonchy
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Horacio Castellanos Moya est une figure emblématique de l’écrivain latino-américain exilé.
Une famille engagée
Né à Tegucigalpa au Honduras en 1957, il a vécu une grande partie de sa vie au Salvador. Sa mère vient de Honduras, tandis que son père du Salvador. Son grand-père maternel fut ministre des Finances de la dictature locale. Horacio Castellanos Moya vit auprès de lui, à Honduras, pendant les cinq premières années de sa vie.
Le père d’Horacio Castellanos Moya est également impliqué en politique. Il participe à un coup d’Etat local en 1944, mais est arrêté puis condamné à mort. Il s’échappe, fuit au Mexique, ne donne plus de nouvelles. Il meurt quand son fils n’a que 13 ans.
Ses premiers pas en littérature
Il n’est guère facile de devenir écrivain dans un pays où la littérature n’existe pas, où les livres ne sont pas publiés faute d’éditeurs, de lecteurs, de volonté politique pour promouvoir la culture… Pourtant, l’écriture intéresse Horacio Castellanos Moya au grand désespoir de sa famille qui a vu déjà deux oncles échouer dans leurs projets et se sont suicidés.
Mais le jeune auteur ne se laisse pas détourner si facilement de son rêve : il commence par écrire des poèmes, à l’âge de 17 ans, puis des nouvelles. Enfin, il se lance dans l’écriture de romans, courts, en 1979, avec La Diaspora, un roman politique, inédit en français.
Loin du Salvador
Horacio Castellanos Moya, pourtant connu en Europe comme en Amérique, n’a vu qu’un de ses romans publié dans son pays : Le Dégoût qui raconte le retour d’un homme revenu au Salvador, après la guerre civile, pour y enterrer sa mère. L’homme évoque son dégoût du pays comme de tout ce qui le caractérise. Ce roman, publié en 1977 au Salvador, suscite la colère de certains habitants. La mère de l’auteur ne tarde pas à recevoir des lettres de menace de mort.
Parce qu’il n’est guère en sécurité dans son pays, Horacio Castellanos Moya s’exile dans de nombreuses contrées, sans s’installer véritablement. Il a décidé de quitter Le Salvador dès 1979, juste avant le début de la guerre civile, une tragédie qui fit 100 000 morts pendant 12 ans et s’étendit de 1980 à 1992. Elle opposa l'extrême-droite à la guérilla marxiste. La plupart de ses romans évoquent les conséquences de cette guerre civile sur la population et les mentalités. Il s’exile à Toronto. Au bout d’un an et demi, il rentre au pays pour quelques mois. La situation est telle qu’il décide de repartir pour le Nicaragua puis le Mexique où il entame sa carrière de journaliste. Grâce aux bourses qu’il obtient, il séjourne à Francfort, en Espagne, au Mexique, au Canada… Aujourd’hui, il est à Pittsburg aux Etats-Unis. S’il repasse au Salvador, ce n’est qu’en simple visiteur, pour voir sa mère et ses deux frères.
L’écriture
Pour écrire, l'auteur se coupe complètement de son métier de journaliste afin d’être tout à fait concentré sur son texte. Ses romans sont donc courts parce qu’il doit écrire dans une sorte d’urgence qui ne lui permet pas de s’étendre.
Ses romans ne sont pas autobiographiques : « Je ne décris que des personnages qui n’ont rien de commun avec moi. Tant que je ne les entends pas, le livre ne vaut rien. J’écris à l’oreille. Je pars d’un ton, non d’une vision. Au livre suivant, je change. D’abord, c’est un pari sur le langage. Ensuite, je déteste me répéter. Enfin, c’est le plaisir de la croissance : plonger dans d’autres passions, d’autres voix. La mienne ne m’intéresse pas » (entretien accordé à Libération, le 16 juin 2005).
Même si la guerre civile au Salvador est au cœur de ses romans, Horacio Castellanos Moya estime qu’il n’est pas un écrivain politique « parce que mes textes ne sont pas animés par une volonté politique » (entretien accordé au Matricule des Anges, Juillet 2005). Pourtant, au Salvador, ils sont perçus comme des romans politiques, comme si les lecteurs espéraient trouver un avis de l’auteur, voire un témoignage, sur la situation politique.
Et si ses romans décrivent tous des situations tragiques, des destins ratés, l’auteur a recours à un certain humour, distant, froid, suscitant un rire jaune : « l’humour est une composante de la mentalité centrale-américaine. C’est difficile à expliquer, mais nous, les centre-américains, nous aimons rire de tour, et notamment rire des gens. Ce n’est pas toujours politiquement correct, mais c’est inscrit dans notre culture. C’est sans doute un mécanisme de défense. La réalité est trop dure pour être assumée sérieusement » (entretien accordé à Chronic’Art, Juillet-Août 2006).
Bibliographie
Là où vous ne serez pas, Les Allusifs, 2008, 22 €
Le dégoût, 10/18, 2005, 6 €
L'homme en arme, 10/18, 2008, 7 €
Le bal des vipères, Les Allusifs, 2007, 15 €
La mort d'Olga Maria, 10/18, 2006, 6,50€
Déraison, Les Allusifs, 2006, 15€
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