Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
Le choix d’une lecture n’est jamais tout à fait le fruit du hasard. On se laisse guider par un ami, une critique, et me concernant le catalogue d’une maison d’édition. C’est ainsi que je me suis retrouvée à lire un roman que je n’aurais jamais eu l’idée d’ouvrir si je n’avais pas une grande confiance en la collection « Lot 49 » aux éditions du Cherche Midi. Le roman s’intitule La Confrérie des mutilés de Brian Evenson.
Arnaud Hofmarcher et Christophe Claro dirigent cette collection baptisée ainsi en hommage au roman de Thomas Pynchon, Vente à la criée du Lot 49. Les deux hommes ont l’« ambition de publier les écrivains d’aujourd’hui qui (…) bouleversent à leur tour la donne du langage et l’équilibre chimiquement instable de la narration ».
Je lis peu de thrillers, connais à peine l’œuvre de Stephen King, suis assez hermétique aux ambiances diaboliques… Et pourtant, Brian Evenson, qui a écrit un véritable roman d’horreur, m’a littéralement sidérée. Je suis sortie tremblante de cette lecture effroyablement drôle et cruelle. La Confrérie des mutilés, comme son nom l’indique, est une société secrète constituée de personnes mutilées volontairement, en hommage à Dieu. Kine, le personnage central et véritable héros, n’aurait jamais dû entrer dans cette secte où il n’a aucune foi en l’Evangile et ses commandements mais voilà que lors d’un règlement de comptes, un homme, armé d’un hachoir, lui tranche la main. Avec une grande maîtrise, il cautérise lui-même sa plaie. Cet exploit lui vaut d’être contacté par la Confrérie des mutilés, admirative et persuadée qu’il est l’Elu qu’elle attend et qui saura mener à bien l’enquête sur la mort de leur chef.
Contre sa volonté, Kine se trouve mêlé à une affaire dangereuse, à la limite de l’absurdité. Pour pouvoir enquêter, rencontrer des témoins, le détective doit accepter de se fondre dans cette secte et d’être mutilé. S’il refuse, les membres se chargeront de l’amputer à ses dépends.
Les scènes d’horreur, très visuelles, font frémir… On pense par exemple à la scène de strip-tease où une jeune femme se déshabille peu à peu, arrachant ses différents membres mutilés. Le lecteur, au bord de l’angoisse, ne peut s’empêcher de rire d’effroi.
On reconnaît l’univers absurde du Château de Kafka dans cette Confrérie où Kine ne comprend pas ce qu’il fait là, n’obtient que des réponses énigmatiques, entouré par des individus qui portent tous le même prénom biblique : Paul.
Le lecteur, perdu, ne peut s’empêcher de rire s’imaginant ces mutilés qui se déplacent comme des singes en prenant appui sur leurs moignons, ces répliques absurdes et répugnantes… et demeure troublé devant cette banalité de l’horreur où la rédemption n’existe pas.
La Confrérie des Mutilés, Brian Evenson, traduit de l’américain par Françoise Smith, Le Cherche midi, coll. Lot 49, 219 p.
Sortie en librairie le 25 septembre
Retrouvez également deux entretiens avec Brien Evenson chez Bartleby et Fric-Frac Club
Derniers Commentaires