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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /Sep /2008 00:08

Cet été, je suis partie en vacances avec Les Aventures de Tom Sawyer et de Huckleberry Finn de Mark Twain. Vous pensez que je suis retombée en enfance, que je me berce de doux souvenirs, avec ce malheureux Tom maltraité par sa tante Polly, amoureux de Becky et jouant au pirate au lieu de faire ses devoirs. Pas du tout ! Grâce à la nouvelle traduction, intégrale cette fois, des Aventures de Tom et de Huck, par le traducteur Bernard Hoepffner, plus moderne, plus drôle, plus poétique… On redécouvre deux œuvres classiques que l’on pensait pourtant connaître par cœur.

 

Sur Bibliobs, Bernard Hoepffner a répondu à une longue interview expliquant la façon dont il a mené son travail et surtout sa conception de la traduction.


Les Aventures de Huckleberry Finn est un classique lu par les Américains au même titre que les pièces de Shakespeare. Or, en France, Mark Twain est étiqueté auteur pour enfants… Tout simplement parce que nous ne disposions jusqu’alors que de traductions édulcorées, en bon français, épurées des passages posant des problèmes éthiques. Si Les Aventures de Tom est un roman assez fluide, naïf, distrayant, Les Aventures de Huck est écrit « dans une langue qui reste sidérante. Comme l'Ulysse de Joyce. Les anglophones qui le lisent aujourd'hui sont aussi tourneboulés que ceux qui le lisaient au début du siècle dernier. Comme Don Quichotte, c'est un de ces classiques toujours étonnants où l'être humain qui écrit un livre rejoint celui qu'on est tous les jours. Proust, c'est très bien, mais ce n'est pas ça: il ne reste que d'un côté. Au fond, Huck Finn est un livre que j'aurais voulu écrire... Et j'ai compris que je pouvais « l'écrire » en français (avec tous les guillemets possibles et imaginables, bien sûr) ».


Selon Bernard Hoepffner une nouvelle traduction de ces deux romans était nécessaire car les différentes traductions proposées jusqu’alors sont vieilles, complètement obsolètes car les termes argotiques utilisés hier ne sont plus compréhensibles aujourd’hui et surtout elles étaient transcrites dans un langage châtié très loin de l’esprit des Aventures de Huck racontées par Huck lui-même, un jeune orphelin illettré et sans éducation !


Mais Bernard Hoepffner a une autre explication : « Nos manières de traduire évoluent aussi. On
prend beaucoup plus de risques aujourd'hui.  Les onze traductions de Huck Finn existantes - la dernière a une trentaine d'années - sont très timides : généralement, quand un esclave s'exprime, il parle petit nègre dans sa première phrase, puis comme tout le monde. Une erreur classique... Alors que ce n'est pas du tout le cas chez Twain ! D'où la difficulté de le traduire... Son langage est si naturel, et si inventif ! Quel équivalent avons-nous d'un noir du Mississipi de 1870 ? On ne peut pas le faire parler comme un Maghrébin tout de même... On est donc obligé d'inventer... » C’est précisément dans ce cas-là qu’intervient le travail du traducteur qui ne se contente pas de transcrire l’œuvre en français : il doit d’une certaine manière être infidèle au texte pour ne pas le
trahir ! C’est donc un travail d’ « écrivain qui n'a pas à affronter la page blanche » d’ailleurs, « il n'est pas question de faire un exercice de réécriture ou d'adaptation ». Et Bernard Hoepffner de conclure « Je déteste que l'on me dise : « bravo, c'est tellement bien traduit qu'on dirait que ça a été écrit en français ! » Pour moi, c'est une insulte ».


Vous retrouverez l’interview complète sur Bibliobs : vous découvrirez notamment les échanges des traducteurs avec les éditeurs qui souhaitent avoir des textes policés, dans un français pur, correct…

 

Et pour avoir un aperçu précis du travail de traduction de Bernard Hopffner, lisez le long billet sur Fric-Frac club.

 

 

 

Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures de Huckleberry Finn, Mark Twain, Tristram, traduit de l'anglais par Bernard Hoepffner, 316 p., 21 euros, et 448 p., 24 euros.


Publié dans : La littérature en question
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