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Anne Sophie Demonchy
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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /2008 10:04

Les romans historiques à la française ne provoquent pas en moi le moindre frémissement d’enthousiasme, je les trouve pompeux voire ennuyeux. Evidemment, des auteurs font exception comme Madame de Lafayette ou Alexandre Dumas qui savent faire renaître une époque sans mettre en avant, de façon appuyée, leur travail de documentation.

 

En ouvrant la grande fresque historique de Kjell Westö, Les Sept Livres de Helsingfors (publié chez Gaïa), j’avoue avoir eu une certaine appréhension. D’abord parce que je ne connais pas la littérature finlandaise. J’ai lu, comme nombreux d’entre vous je pense, quelques livres d’Arto Paasalina. Mais, manque de chance, Paasalina écrit en finnois et Kjell Westö en suédois. Quelle importance puisque je lis des traductions ? En Finlande, il y a deux langues officielles : le finnois, parlé par plus de 90% de la population et le suédois, largement minoritaire. Les deux langues sont très différentes : le finnois est une langue fennique (celle parlée en Europe du Nord exclusivement) alors que le suédois est une langue germanique. Ces éléments linguistiques permettent de comprendre les enjeux historiques et politiques du pays.

 

Ensuite, si la littérature finlandaise m’est étrangère, je suis complètement inculte concernant l’histoire du pays. Heureusement, le traducteur, Philippe Bouquet, a eu la bienveillance de faire une introduction très claire expliquant que la Finlande existe en tant que pays depuis décembre 1917, avant, il était un grand-duché de l’empire de Russie. A partir de 1918, la Finlande est un pays libre et indépendant. Pourtant, elle traverse une grave crise et connaît une guerre civile qui oppose les Rouges (les communistes) aux Blancs (la droite). En moins de 6 mois, 30 000 Finlandais sont massacrés dont 25 000 Rouges. Finalement, les communistes sont obligés de capituler et pendant l’entre deux-guerres, le mouvement de Lappo terrorise tout le pays et menace, assassine tout Finlandais soupçonné de sympathiser avec le parti. Quand le pays commence à s’apaiser un peu, c’est le début de la Seconde Guerre mondiale…

 

Ces éléments historiques sont nécessaires pour comprendre le livre, mais une fois que l’on en a pris connaissance, on peut commencer la lecture en toute quiétude. En effet, mes appréhensions se sont effacées dès la première page. Kjell Westö raconte l’histoire de l’indépendance de son pays en retraçant celle de sa ville, Helsinki (Helsingfors, en suédois). L’auteur décrit la communauté de Helsingfors parlant suédois en reconstituant tous les milieux sociaux afin de créer un microcosme.

 
Les personnages sont hauts en couleur : on rencontre des marins qui voyagent à travers le monde, une jeune femme issue de la bourgeoisie aux mœurs légères qui séjourne en France et fréquente le Paris des artistes, des photographes, des professeurs, des militants, des têtes brûlées… Tous se connaissent, entretiennent des relations plus ou moins étroites, même s’ils appartiennent à des milieux sociaux et politiques différents. Tous ont été confrontés à la guerre civile, aux menaces et aux crimes… Certains y ont participé.

 

Kjell Westö propose une fresque historique qui s’étend sur la première moitié du XXème siècle, en s’arrêtant au moment de la montée du nazisme. Le roman est extrêmement bien construit : il est divisé en sept chapitres consacrés à une période marquante et il mêle différents genres (roman, lettre et journal intime) ce qui permet non seulement de donner du rythme au récit mais surtout de l’appréhender sous différents points de vue.

 

Le roman est très bien écrit mais c’est surtout la psychologie des personnages et la relation qu’ils entretiennent avec les événements politiques qui retiennent mon attention. On s’attache au récit intime de trajectoires tragiques comme celle d’Allu et de son père Enock qui ont participé aux assauts contre les Blancs au cours de la guerre civile, à la vie trépidante de Lucie parvenue à s’échapper du carcan familial bourgeois pour vivre librement… Kjell Westö fait un portrait précis et passionnant de chacun des personnages  en évoquant leurs rêves, désillusions, angoisses et secrets.

 

Une très belle découverte historique et littéraire.

 

Les Sept Livres de Helsingfors de Kjell Westö, traduit du suédois par Philippe Bouquet, éditions Gaïa, 2008, 509 p., 24€

Publié dans : Intéressant
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Commentaires

J'ai découvert les éditions Gaïa et leur catalogue rempli de bons livres il y a quelques années seulement, Anne-Sophie, et j'en suis enchantée. Leurs ouvrages sont toujours riches, intéressants et puissants. Et celui-ci semble être dans la même veine ... Belle découverte en perspective ;-)
Commentaire n°1 posté par Nanne le 10/10/2008 à 21h55

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