Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Autrefois, dans le Figaro littéraire, il y avait une rubrique que j’aimais
beaucoup : « la griffe et le chapeau ». Chaque semaine, on relevait une critique élogieuse et une critique acerbe dans la presse littéraire. Finalement la rubrique a disparu avec
le phénomène de promotion, la critique littéraire se résumant à valoriser tout livre, en camouflant toute faiblesse.
Mais, Sébastien Lapaque du Figaro littéraire, justement, semble vouloir revenir à cette critique qui met en lumière les trouvailles mais surtout le manque d’originalité d’un roman voire sa nullité. Ainsi dans le supplément de cette semaine, le journaliste intitule l’un de ses article « Prix du roman nul » qu’il attribue à Karine Tuil pour La Domination. Il y va franchement dès le chapeau en lui reprochant « une rédaction laborieuse sur l'identité et la mémoire qu'on lit jusqu'au bout pour le côté farce ». J’admire ces personnes qui parviennent à achever un livre nul : moi, j’en suis incapable sauf s’il présente de l’intérêt, pas envie de perdre du temps. Mais je suppose que Sébastien Lapaque avait envie d’écrire un article mordant, qui trancherait avec les louanges unanimes, et pour cela s’est donné « la peine » de le finir… Il y a pris un certain plaisir jusqu’à l’ « éclat de rire ». Il montrera ainsi le « style en stuc », les « paradoxes en bois », « les lieux communs », « le côté brèves de comptoir » en donnant des exemples précis.
Dans la seconde partie, il fait de Karine Tuil un auteur coucou qui s’installe dans le nid des autres pour écrire « laborieusement » ses livres. Le prologue serait trop long : « depuis Gide racontant, dans Paludes, qu'il écrit Paludes, nous n'avons rien contre les mises en abyme, mais 50 pages sur 230, ça fait beaucoup de papier gâché ».
Il lui reproche également son manque d’originalité et l’oppose à des écrivains tels que « Proust, Kafka, Roth », Balzac, Flaubert et Faulkner. C’est finalement peut-être lui faire beaucoup d’honneur, non ?
Enfin, il ironise « le dispositif allusif de Karine Tuil est certes mis en place avec un certain goût et le maniement du cliché chez elle confine presque à l'œuvre d'art. Mais les ficelles sont grosses, jusqu'à ce final abracadabrantesque ». Je coupe car pour ceux qui auraient encore envie de lire ce roman, le journaliste qui veut nous faire gagner du temps est allé jusqu’à révéler la fin.
Cette condamnation à mort du livre est sévère pour l’auteur, mais l’entreprise de Sébastien Lapaque est salvatrice : hormis Christine Angot (Le Marché des amants) et Pierre Bisiou (Enculée), les auteurs qui ont fait la rentrée ont été épargnés par la critique si bien que le lecteur, désireux de trouver des conseils ou au contraire des mises en garde, est perdu, a l’impression que tout est bien, tout se vaut, et de conclure que la littérature française est nulle.
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