Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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La semaine dernière fut terrible… La bourse s’est effondrée, les actionnaires ont
paniqué, revendant leurs actions n’importe comment. C’est la crise ! Hélas, il n’y a pas que les courtiers et les banques qui ont joué gros, ont pris des risques et ont fait faillite :
deux éditeurs de la place de Paris se retrouvent ruinés. L’un semble avoir trouvé une solution dans l’immédiat, l’autre est en liquidation.
Vendredi, l’éditeur ruiné m’a téléphoné pour m’expliquer sa situation. Comme les courtiers, il a pris de très gros risques sans évaluer précisément les dangers qu’il encourait. Au départ, cette maison était petite, se contentant de publier des ouvrages spécialisés dans la musique et la sous-culture. Mais hélas, ce type de publications n’étant pas rentable, l’éditeur a dû changer de stratégies et s’éloigner quelque peu de ses premières amours. Il aurait suivi les conseils de son distributeur lui proposant de produire des livres plus people, des quickbooks (livres écrits en quelques semaines sur un sujet d’actualité). Certains livres se sont bien vendus et d’autres nettement moins bien. Si les éditeurs pensent faire un bon coup en publiant n’importe quel sujet sans intérêt, les lecteurs ne sont pas dupes : avant d’acheter un livre, ils le feuillètent et évaluent si l’achat est intéressant ou pas.
Avec ces livres people, l’éditeur pensait donc gagner suffisamment d’argent pour équilibrer ses comptes voire gagner de l’argent. Le problème c’est qu’il a misé très gros encore une fois. Quand on espère vendre des livres, il faut donc en mettre une grande quantité sur le marché. Le distributeur avance la somme des livres, l’éditeur empoche l’argent. Il est bénéficiaire. Mais quelque temps plus tard, retour des invendus : l’éditeur doit rembourser les livres qui lui reviennent. Si le livre n’a pas convaincu, l’éditeur peut perdre énormément d’argent. Pour se refaire, il doit alors remettre sur le marché d’autres livres qui devraient être rentables (des livres grand public). Plus il en publie (je n’ose écrire « édite), plus on lui avance de l’argent, plus il repousse l’échéance du remboursement.
Le problème c’est que ces spéculations ne tiennent qu’un temps : il arrive donc qu’à un certain moment, l’éditeur ne contrôle plus sa production. Plus il voit ses comptes en déficit, plus il commande des livres, écrits rapidement. Plus il en met sur le marché, plus les sommes à rembourser sont importantes. Et un jour, il faut payer ou mettre en liquidation sa maison, perdre son catalogue…
C’est ce qu’on appelle la cavalerie éditoriale.
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