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Anne Sophie Demonchy
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Samedi 29 novembre 2008

Avez-vous remarqué, amis blogueurs qui écrivez peut-être des billets sur des livres, que les auteurs se montrent tout à fait discrets quand nous aimons leur livre. Il leur arrive de passer par la boîte mail pour nous remercier mais ne remettent pas en cause notre goût ni notre enthousiasme et ne nous accusent pas d’avoir un avis tranché. En revanche, si l’on écrit un billet émettant des réserves à l’égard de leur livre, aussitôt, ils sortent de l’anonymat, agressifs nous accusant de ne pas avoir pris le temps de les lire en profondeur voire d’être subjectifs et partiaux. Nous demanderaient-ils des comptes si nous étions dégoulinants de complaisance à leur égard ?

Je vous fais part de cette observation parce que cette semaine, j’ai été confrontée deux fois à ce phénomène : une fois, sur politique.net, une autre fois ici. Sur politique.net, je m’occupe notamment de la partie encyclopédie et des livres. Je consacre des séries aux ouvrages qui font l’actualité, c’est-à-dire que je ne rédige pas un seul article pour exprimer mon point de vue mais plusieurs pour analyser les différents aspects du livre. Au sein de ces articles, j’émets un point de vue sur la méthode adoptée par l’auteur pour aborder un sujet voire je remets en cause une idée si elle me paraît erronée et que je suis en mesure d’apporter une réponse claire. Il m’est arrivé ainsi d’être en contact avec la conseillère en communication de Xavier Bertrand parce que les chiffres que donnait le livre Abus de pouvoir sur les revenus du ministre n’étaient pas exacts. Nous avons évidemment corrigé l’erreur et l’auteur du livre, Vincent Quivy, nous a contacté également pour confirmer l’erreur.

Cette semaine, en revanche, j’ai été contactée par l’un des auteurs d’un portrait de Claude Guéant, très en colère contre l’un des articles que j’avais écrits sur son livre. J’affirmais que le choix de son personnage était beaucoup trop lisse. Dès le premier chapitre, les auteurs nous avertissent que Claude Guéant est « Monsieur zéro défaut »… Dans le livre, nous n’apprendrons donc rien sur la part obscure du Secrétaire de l’Elysée. Parce que, néanmoins le livre accorde plusieurs pages à l’organisation de l’Elysée, les rivalités avec le gouvernement, les guerres intestines, j’ai écrit huit articles pour analyser ces différents aspects.

En fait, le journaliste qui m’a envoyé un mail assassin m’accusant de n’avoir pas lu son livre au-delà des deux premiers chapitres, n’avait pas vu la suite de la série. Je lui ai donc renvoyé les liens… Ce monsieur n’a plus donné de nouvelles…

 

Concernant la deuxième anecdote, elle ne me concerne pas directement, puisqu’il s’agit d’un billet écrit par Amanda sur son blog. Elle a évoqué sa lecture du roman Un Milliard et des poussières. Elle explique qu’elle a détesté ce livre où « humour vachard, la plume virile deviennent vite lassants et carrément vulgaires ». Plusieurs personnes, dont moi, sont intervenus suite à ce billet, soit pour exprimer un point de vue, soit pour apporter des éléments nouveaux. Quelque temps plus tard, nous toutes avons reçu un commentaire en copier-coller sur nos blogs respectifs de la part de cet auteur. Celui-ci s’adressait avec violence à Amanda et lui montrait à quel point son site est minable, ses lectures sans intérêt, etc. Je n’ai pas publié ce message sur mon blog (et je crois que, hormis Amanda, les autres ont fait de même) d’une part parce qu’il ne m’était pas adressé, d’autre part parce que je modère tout commentaire insultant. Je peux comprendre l’auteur qui, contrairement à ce qu’il dit, sinon il ne se donnerait pas la peine de venir déposer ainsi des messages sur les différents blogs, n’a pas beaucoup d’articles dans la presse et qui donc se sent méprisé. Toutefois, le fait d’avoir un avis si tranché sur un livre, comme ce fut le cas d’Amanda, peut, paradoxalement, donner envie à l’Internaute d’aller consulter le livre et de se faire son propre point de vue. Il y a quelques semaines, nous évoquions ici la critique unanime, complaisante et avions remarqué combien l’article de Sébastien Lapaque détonnait et donc retenait l’attention du lecteur.

 

Je laisse la conclusion à Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».

Publié dans : Polémiques
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Commentaires

Point de vue passionnant, qui relève de manière très fine l'agressivité, voire les foudres que peuvent déclencher certains articles "critiques" publiés en ligne. Nous sommes dans une société où les enjeux financiers et personnels prennent le pas sur la réflexion, le questionnement, l'analyse et le dialogue constructif. Quand on publie un livre, on s'expose forcément au regard d'autrui, il y a une prise de risque dont il faut avoir conscience. Les mauvaises critiques, tant qu'elles sont fondées sur un raisonnement sain, sont souvent constructives - en tant qu'auteur, j'ai bien souvent encaissé de mauvais papiers dans la presse, ça ne fait pas plaisir, mais en ce qui me concerne cela m'a toujours conduite à m'interroger sur la manière dont j'avais pu toucher ou hérisser les lecteurs. Il faut, selon moi, faire la distinction entre l'émotionnel pur (l'ego) et les éléments de la critique. Ce qui est insupportable, en revanche, ce sont les attaques directes aux personnes. Il me semble que si de part et d'autre, on s'en tient à une certaine élégance dans le propos, les insultes inutiles seront évitées, non ?
Commentaire n° 1 posté par Roffi le 29/11/2008 à 11h51
Moi, j'aurai un avis sur ton billet quand tu auras chroniqué le mien, de livre...   :)
Commentaire n° 2 posté par william le 29/11/2008 à 12h50

Quel sort la blogueuse prise en faute réserve-t-elle à l'impétrant qui ose lui signaler que, lorsqu'on cite Beaumarchais, la moindre des chose est de vérifier ce qu'on écrit ?

"Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur".

Pas sérieux, ce blog ;)

Commentaire n° 3 posté par François Martini, dit Fulmi le 29/11/2008 à 13h29

Cher William,

j'attendais ton livre, mais... je crois que tu m'as oublié dans tes envois.


Commentaire n° 4 posté par Anne-Sophie le 29/11/2008 à 14h10
Je suis impardonnable, Fulmi, et tu as raison de me reprendre sur ce ton. Pardon, pardon... D'autant qu'il s'agit tout simplement d'une étourderie. Ce qui arrive, je te l'accorde, souvent en ce moment...
Commentaire n° 5 posté par Anne-Sophie le 29/11/2008 à 14h11

Bonjour Roffi,

merci pour ce commentaire : vous avez raison de revenir sur les attaques à la personne. Certains journalistes et blogueurs s'en prennent à l'auteur, à sa personnalité, à ce qu'il représente au lieu d'analyser son texte. J'ai déjà souligner ici des règlements de compte dans les commentaires entre auteurs/critiques. La discussion est difficile parce que les personnes se connaissent, ne s'apprécient pas, etc. C4est le même procéessus avec les personnes que l'on apprécie. Comment faire une critique, positive d'un proche, sans être soupçonné de complaisance ? Quant à la critique négative, il vaut mieux s'abstenir sous peine de perdre cet ami...
Commentaire n° 6 posté par Anne-Sophie le 29/11/2008 à 14h17
"Quant à la critique négative, il vaut mieux s'abstenir sous peine de perdre cet ami..." Anne-Sophie, c'est que ce n'est pas un ami... Peut-être que je suis une cinglée mais il se trouve que mes amis ne me ménagent pas, et quand que je publie un mauvais livre, ce qui arrive hélas, ils ne se gênent pas pour me le dire, et je leur en suis reconnaissante. Mon ego en prend un coup, mais au moins que je sais que mes amis ont de l'estime pour moi - à savoir que quand je livre au public un ouvrage complaisant, ils me rappelent à l'ordre. Ce sont des amis...
Commentaire n° 7 posté par Roffi le 29/11/2008 à 14h51

Bonjour Anne-Sophie,

En cette période précocement froide nous dit-on pour le mois de novembre. L'inculte (l'inculture est malgré son incompétence intellectuelle, un des havres de paix de l'esprit; car peu de farfadet s'y affrontent) que je suis, vient prendre part à la mélée. Juste pour glisser un peu de connotation positive des critiques de tout ordre, et non pas simplement propre à l'avis de tel au tel autre homme politique ou bien d'écrivain prestigieux qui n'aime que des flatteries égocentriques.

"Critiques insassiables, bonnes ou mauvaises dont ne peuvent se passer les humains que nous sommes."

Allez, je vais au bout de mon intervention, peu importe la critique, même si parfois elle nous fait sortir de nos gonds. Pas facile de l'ignorer quand cela nous touche personnellement.

Alors pour la minimiser il faut que l'on garde ceci à l'esprit: "Parlez de moi en bien ou en mal, mais de grâce surtout ne m'oubliez pas."

Les SDF qui meurent dans la rue et à toute époque de l'année, ont fini un jour par s'oublier avant que les autres ne les oublient définitivement.

Bonne fin de semaine Anne-Sophie. 

Commentaire n° 8 posté par salamone le 29/11/2008 à 15h19

Roffi,

vous devez avoir une certaine confiance en vos textes et en votre travail et des amis très proches en qui vous avez une grande confiance. En tout cas, les rares fois où j'ai dit à un auteur que je n'étais pas très convaincu par son texte, même si j'ai aimé ses précédents, change ensuite d'attitude...

Commentaire n° 9 posté par Anne-Sophie le 29/11/2008 à 15h52
J'aime beaucoup votre réponse, Anne-Sophie, car elle apporte une conclusion claire à votre brillant article. On en sort pas, donc. Drôle de société, où nul n'accepte le langage de la sincérité, et où les amis critiques littéraires sont censés approuver tout ce que leurs propres amis écrivent. Vous exercez un métier dangereux, si je comprends bien !!! (sourire) Ne changez rien - gardez surtout votre liberté de ton... que cela plaise ou non !
Commentaire n° 10 posté par Roffi le 29/11/2008 à 16h57
j'ai un peu raconté cela sur mon blog, avec deux anecdotes, des menaces de mort reçues quand j'étais au mode des livres (???!!!) suivi de  harcèlement téléphonique et prise d'otage heureusement avortée par un monsieur dont on n'avait pas lu le manuscrit (ce que ne font jamais les critiques). c'est dangereux la critique!!!!
Commentaire n° 11 posté par martine silber le 29/11/2008 à 18h19

Ah bon ? Vous n'êtes pas éditeur au Monde des Livres, vous refusez de lire des manuscrits ? Trêve de plaisanterie : certains auteurs ne sont en effet pas prêts à entendre la moindre critique. Je peux comprendre que cela puisse blesser profondément. Toutefois, réduire les articles critiques à de la promotion, je ne vois vraiment pas l'intérêt.

Je vais chercher sur votre blog les billets concernant le sujet.

Commentaire n° 12 posté par Anne-Sophie le 29/11/2008 à 18h45

" Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute" : Je crois que le débat n'est pas nouveau puisqu'au XVII un certain La Fontaine bloguait déjà sur ce thème à sa manière ;-)

Commentaire n° 13 posté par plume le 29/11/2008 à 22h09

Complètement d'accord avec toi! ... Et puis tiens, je t'enverrai mon roman, fais moi mal si tu veux, j'adore ça! :)

Commentaire n° 14 posté par Marco le 30/11/2008 à 10h44
"Toutefois, réduire les articles critiques à de la promotion, je ne vois vraiment pas l'intérêt." D'accord à 1000% !!!! Sinon, on n'est plus "critique littéraire" ou "journaliste", on devient "concepteur-rédacteur" publicitaire - et je sais de quoi je parle, j'ai exercé il y a fort longtemps ce métier ! La "promotion" des livres, Dieu sait si j'en ai fait ! Bravo Marco pour votre humour, et votre réaction très saine, à laquelle j'adhère complètement.
Commentaire n° 15 posté par Roffi le 30/11/2008 à 11h27
Sage parole que celle de la La Fontaine. Au VI ème  siècle avant J C,  il eu l'âme douce, ce cher Esope que j'honore. Je chante les héros dont Esope est le père. (La Fontaine)
La critique se doit de vivre, c'est l'enfant chéri de la liberté.

Bon dimanche

Commentaire n° 16 posté par salamone le 30/11/2008 à 13h15

Toutefois, le fait d’avoir un avis si tranché sur un livre, comme ce fut le cas d’Amanda, peut, paradoxalement, donner envie à l’Internaute d’aller consulter le livre et de se faire son propre point de vue.

Merci Anne-Sophie. Tu viens de résumer en une phrase ce que je m'évertue à expliquer aux bornés qui beuglent "haaaan mais tu ne devrai pas parler des trucs que tu n'as pas aimé, tu nhe dois pas en dire du maaal". Bon que je vous explique. Si un livre, un film ou même un disque vous intéresse déjà la base, vous irez forcément mettre le nez dedans par vous-même et aucune critique bonne ou mauvaise ne vous empêchera d'aller vous faire une idée par vous-même. Et si on est honnête deux minutes, tout ça on le sait.

Franchement je crois que la pire insulte qu'on puisse faire à un auteur c'est de ne pas finir son livre. On a pas idée de la quantité de livres que j'ai commencé depuis qq semaines et que j'ai lâché en cours tellement ils étaient ennuyeux, indigents ou mauvais. Je me demande si c'est pas pire (ne pas en parler parce qu'on n'a même pas pu les finir tellement on se faisait chier) que d'en parler pour dire qu'ils nous affreusement déçu ou énervé mais qu'on les quand même lu jusqu'au bout?

Commentaire n° 17 posté par Dahlia le 01/12/2008 à 01h46

Je vois que nous sommes ici sur un blog de pros. Je peis donc poser une question à laquelle on ne me répond jamais :

Pourquoi donc les critiques d'Angelo Rinaldi ne font-elles pas l'objet d'une réédition ? Ses éreintements furent pourtant fameux en leur temps et restent cependant d'actualité.

Pour ce que je pense de la littérature voir l'article "Philoforum" sur

http://texticules.over-blog.fr/

Celà pourrait inciter les auteurs à plus de modestie.

Commentaire n° 18 posté par zorba le 01/12/2008 à 12h11

Zorban,

merci pour le lien. J'y vais de ce pas.

Concernant Rinaldi, je ne suis pas au fait de ses prochaines rééditions. On peut trouver très facilement sur Amazon notamment, ses livres...

Commentaire n° 19 posté par Anne-Sophie le 01/12/2008 à 13h04
Dahlia, je ne sais pas qui vous êtes, mais j'ai ADORÉ votre commentaire - drôle, enlevé, lucide... le bonheur. En tant qu'auteur, je ne peux qu'approuver votre raisonnement. ça me rappelle un événement minuscule, quand en 2005 j'ai essuyé un flop retentissant avec l'un de mes petits romans. Mon éditeur m'appelle et me dit : "On n'en a même pas vendu 500...". Et j'ai répondu : "500 ? mais c'est super ! Toujours ça de pris"... et si ces 500 sont allés jusqu'au bout du livre, comme vous dites, c'est déjà un miracle en soi...
Commentaire n° 20 posté par Roffi le 01/12/2008 à 16h15
@Roffi: qui je suis? Selon certains, je suis arrogante, narcissique, et hyper casse-couilles. Un peu cheftaine aussi. Enfin cliquez sur mon nom, vous vous ferez votre propre idée ^^
Commentaire n° 21 posté par Dahlia le 01/12/2008 à 18h31
@Dahlia : OK ! Ce sont de bien jolies qualités... J'ai enregistré votre site, que je visiterai régulièrement... Merci !!! (et merci à Anne-Sophie au passage, qui a permis ce lien).
Commentaire n° 22 posté par Roffi le 01/12/2008 à 18h57

J'ai du mal à émettre une critique acerbe à l'endroit d'un auteur. J'ai trop de respect pour le travail des écrivains même quand il s'avère médiocre. Cependant, pour la seule critique  que je peux qualifier de violente sur mon modeste blog et qui était à la hauteur de la déception du lecteur que je suis, j'ai eu droit au classique "Vous n'avez pas compris mon texte... qui a été primé...nanani et nanana." de l'auteur opprimé par ma note.

Cocace. Du coup, je me demande si je ne vais pas me montrer plus agressif pour mieux obtenir l'attention des auteurs ;o)

Très bonne analyse, Anne-Sophie.

@ bientôt, 

Commentaire n° 23 posté par Gangoueus le 02/12/2008 à 15h57

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