Avez-vous remarqué, amis blogueurs qui écrivez peut-être des billets sur des livres, que les auteurs se montrent tout à fait discrets quand nous aimons leur livre. Il leur arrive de passer par la boîte mail pour nous remercier mais ne remettent pas en cause notre goût ni notre enthousiasme et ne nous accusent pas d’avoir un avis tranché. En revanche, si l’on écrit un billet émettant des réserves à l’égard de leur livre, aussitôt, ils sortent de l’anonymat, agressifs nous accusant de ne pas avoir pris le temps de les lire en profondeur voire d’être subjectifs et partiaux. Nous demanderaient-ils des comptes si nous étions dégoulinants de complaisance à leur égard ?
Je vous fais part de cette observation parce que cette semaine, j’ai été confrontée deux fois à ce phénomène : une fois, sur politique.net, une autre fois ici. Sur politique.net, je m’occupe notamment de la partie encyclopédie et des livres. Je consacre des séries aux ouvrages qui font l’actualité, c’est-à-dire que je ne rédige pas un seul article pour exprimer mon point de vue mais plusieurs pour analyser les différents aspects du livre. Au sein de ces articles, j’émets un point de vue sur la méthode adoptée par l’auteur pour aborder un sujet voire je remets en cause une idée si elle me paraît erronée et que je suis en mesure d’apporter une réponse claire. Il m’est arrivé ainsi d’être en contact avec la conseillère en communication de Xavier Bertrand parce que les chiffres que donnait le livre Abus de pouvoir sur les revenus du ministre n’étaient pas exacts. Nous avons évidemment corrigé l’erreur et l’auteur du livre, Vincent Quivy, nous a contacté également pour confirmer l’erreur.
Cette semaine, en revanche, j’ai été contactée par l’un des auteurs d’un portrait de Claude Guéant, très en colère contre l’un des articles que j’avais écrits sur son livre. J’affirmais que le choix de son personnage était beaucoup trop lisse. Dès le premier chapitre, les auteurs nous avertissent que Claude Guéant est « Monsieur zéro défaut »… Dans le livre, nous n’apprendrons donc rien sur la part obscure du Secrétaire de l’Elysée. Parce que, néanmoins le livre accorde plusieurs pages à l’organisation de l’Elysée, les rivalités avec le gouvernement, les guerres intestines, j’ai écrit huit articles pour analyser ces différents aspects.
En fait, le journaliste qui m’a envoyé un mail assassin m’accusant de n’avoir pas lu son livre au-delà des deux premiers chapitres, n’avait pas vu la suite de la série. Je lui ai donc renvoyé les liens… Ce monsieur n’a plus donné de nouvelles…
Concernant la deuxième anecdote, elle ne me concerne pas directement, puisqu’il s’agit d’un billet écrit par Amanda sur son blog. Elle a évoqué sa lecture du roman Un Milliard et des poussières. Elle explique qu’elle a détesté ce livre où « humour vachard, la plume virile deviennent vite lassants et carrément vulgaires ». Plusieurs personnes, dont moi, sont intervenus suite à ce billet, soit pour exprimer un point de vue, soit pour apporter des éléments nouveaux. Quelque temps plus tard, nous toutes avons reçu un commentaire en copier-coller sur nos blogs respectifs de la part de cet auteur. Celui-ci s’adressait avec violence à Amanda et lui montrait à quel point son site est minable, ses lectures sans intérêt, etc. Je n’ai pas publié ce message sur mon blog (et je crois que, hormis Amanda, les autres ont fait de même) d’une part parce qu’il ne m’était pas adressé, d’autre part parce que je modère tout commentaire insultant. Je peux comprendre l’auteur qui, contrairement à ce qu’il dit, sinon il ne se donnerait pas la peine de venir déposer ainsi des messages sur les différents blogs, n’a pas beaucoup d’articles dans la presse et qui donc se sent méprisé. Toutefois, le fait d’avoir un avis si tranché sur un livre, comme ce fut le cas d’Amanda, peut, paradoxalement, donner envie à l’Internaute d’aller consulter le livre et de se faire son propre point de vue. Il y a quelques semaines, nous évoquions ici la critique unanime, complaisante et avions remarqué combien l’article de Sébastien Lapaque détonnait et donc retenait l’attention du lecteur.
Je laisse la conclusion à Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ».
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