Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
En lisant Chaos calme de Sandro Veronesi, je n’ai cessé de repenser à la lecture que j’ai faite l’année dernière d’ Enrico Metz rentre chez
lui, de Claudio Piersanti (aux éditions Quidam). Les deux auteurs sont milanais, et racontent une histoire un peu commune : un homme d’affaires décide pour une raison ou une autre de
s’isoler pour se retrouver, prendre le temps de réfléchir au sens de son existence. Dans Chaos Calme, le narrateur Pietro perd son épouse le jour même où il sauve la vie d’une inconnue. Seul avec
sa fille, il ne parvient pas à éprouver du chagrin, du moins à l’éprouver comme les autres souhaiteraient qu’il le manifeste. Parce qu’il pense aider sa fille en demeurant près d’elle, il prend
la décision de ne plus se rendre à son travail où il gère des affaires importantes dans une société audiovisuelle à la veille d’une fusion financière internationale. Il met le monde à distance,
observe avec ironie ses collègues, sa famille… même si tout se fissure et que peu à peu il prend conscience de sa souffrance et du manque laissé par sa femme. Il parvient alors à nouer des liens
moins superficiels avec son entourage et à cesser de se mentir à lui-même.
De son côté, Enrico Metz est un ancien avocat d’affaires, qui après avoir connu la gloire et la fortune à Milan, décide de se retirer dans sa ville natale après 30 ans d’absence. Il désire à présent vivre une existence paisible, pleine de plaisirs simples comme les repas entre amis, la culture de son jardin ou les promenades solitaires la nuit.
Ce très beau roman décrit la prise de conscience d’un homme qui a été au sommet de la gloire et pourtant a gâché sa vie, n’ayant pas su profiter de l’essentiel. Selon lui, cette quête du pouvoir ressemblait à une guerre où « tel un soldat, il ne voulait plus penser aux batailles menées, aux déceptions, aux succès, aux cuisantes défaites. Une nouvelle vie commençait pour Enrico Metz, sans uniforme ni obligations étouffantes ». Le temps qu’il lui reste à vivre, il souhaite le consacrer à des choses simples, loin des intrigues d’autrefois. Avec un ton léger et une écriture limpide, Claudio Piersanti se veut à certain moment acerbe, dénonçant les vicissitudes de ceux qui ont le pouvoir. Il oppose les médiocres, ceux qui n’ont pas voulu entrer dans le monde des affaires aux autres, les puissants, qui ne supportent pas l’échec : « Les grands hommes se tuent, quand ils sont perdus. Ils ne se laissent pas humilier par le troupeau des médiocres. Ils ne veulent pas susciter la pitié par ce geste : s’ils le pouvaient, ils tueraient le monde entier ». Or, Enrico Metz a décidé, en rentrant chez lui, de changer de camp en passant du camp des puissants à celui des médiocres et l’air de rien, cet anti-héros trace un chemin solitaire et heureux qui le mène vers la sagesse.
Chaos calme, de Sandro Veronesi, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Grasset
Enrico Metz rentre chez lui, de Claudio Piersanti, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, éditions Quidam
Marguerite Pozzoli