Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lalettrine.com

Anne-Sophie Demonchy
Des livres, des films, des expos et bien plus encore...

 

Mail : annesophiedemonchy [a] lalettrine.fr

Twitter : @asdemonchy

Mon CV : annesophiedemonchy.com

 

 

768 000  lecteurs et
plus de 230 livres chroniqués
depuis le 21 août 2006

follow-me-twitter.png

Recherche

Ma bibliothèque

Mes livres sur Babelio.com

Infos







logo-lettrine-negre-litteraire.jpg

 

 

classement-lettrine.jpg

 





24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 16:56

Aimez-vous les émissions littéraires ? Me concernant, j’aimerais affirmer haut et fort qu’elles m’intéressent et que chaque jeudi, pour rien au monde, je ne manquerai La Grande librairie de François Busnel, mais ce serait faux. D’abord parce que j’ai une forte probabilité de retrouver les mêmes invités chez Daniel Picouly le lendemain soir (même s’il n’officie qu’un vendredi sur deux), ensuite parce que, bien souvent, les auteurs n’ont que quelques minutes pour répondre à des questions… Patrick Tudoret aborde ces thèmes dans son essai, L’Ecrivain sacrifié – vie et mort de l’émission littéraire (aux éditions Le Bord de l’eau). Selon lui, ces émissions littéraires, sinon culturelles, répondraient au « principe de la prétérition » qui consiste à n’inviter dans une émission littéraire que des auteurs connus parce qu’ils appartiennent au sérail et ont déjà leur entrée légitime à la télé. Il y a évidemment les « bons clients » comme Jean d’Ormesson, Philippe Sollers, etc. et tous les people qui se mettent à écrire des documents. Le principe de prétérition consiste donc à n’inviter que des personnes connues sous prétexte qu’elles sont connues ! Les grandes maisons d’édition ont toutes les chances de voir leurs auteurs passer chez Ruquier ou Busnel (je fais exprès de mélanger les genres car comme le rappelle Patrick Tudoret, nous sommes entrés dans l’ère de la « Néo-Télévision » qui ne fait plus bien la distinction entre le divertissement et la culture) au détriment des petites maisons.

 

Ce constat, parfaitement développé et étayé par des nombreux exemples dans cet essai, me rappelle une anecdote qui s’est produite le mois dernier. Au Serpent à plumes, on se frotte les mains : l’un de ses auteurs, David Angevin, est invité à participer à l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché pour son roman Dans la peau de Nicolas (portrait positif du président). On fait immédiatement des retirages du livre en prévision de l’impact de ce passage à la télé. Mais quelques heures avant l’enregistrement, l’auteur apprend qu’on se passera de sa présence : c’est Patrick Rambaud (qui vient de publier des nouvelles Chroniques de Nicolas Ier déjà best-seller) qui est choisi à sa place. La production a expliqué que non seulement elle ne souhaitait pas inviter deux auteurs traitant du même sujet, Sarkozy, mais surtout, elle n’a pas spécialement été convaincue par ce portrait élogieux du président. En réalité, force est de reconnaître que Patrick Rambaud, qui publie best-seller sur best-seller, est bien plus connu que David Angevin… Belle déconfiture en tout cas pour l’éditeur qui se retrouve avec un certain nombre d’exemplaires sur les bras…

 

Concernant ces « bons clients », le livre de Patrick Tudoret montre que la télévision en a fait de véritables personnages. On n’attendrait plus d’eux qu’ils évoquent leurs publications mais qu’ils jouent leur rôle. On invite Amélie Nothomb parce qu’elle porte des tenues exubérantes, Sollers parce qu’il va multiplier les provocations, Jean d’Ormesson pour son bagout… Mais leurs livres seront relayés au second plan. Et Patrick Tudoret de montrer que ce sont les spectateurs qui ont d’une certaine manière imposée ce changement. Autrefois, entre 1953 et 1968, l’émission Lecture pour tous, était présentée par Pierre Dumayet ou Pierre Desgraupes, deux fins lettrés, qui avaient pour ambition de faire découvrir de nouveaux auteurs en se montrant pédagogues. Dans le contexte de l’époque, cette émission était perçue comme une menace puisque les intellectuels craignaient que la télé prenne le pas sur la littérature. Mais Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes « ont été, pendant longtemps, en tout cas, une passerelle intellectuelle reconnue entre le bastion télévisuel et la République des Lettres ». L’objectif était de se rendre chez des auteurs, de s’entretenir avec eux sur leur œuvre…

Peu à peu, la société et le mode de consommation de la télévision ont évolué : on est passé de l’ère pédagogique à l’ère démagogique. A présent, les émissions doivent se plier au goût du plus grand nombre et flatter son ego. A l’ère Pivot, analyse Pierre Robert Leclerc, se développe « une politique des « coups ». En témoigne ce mot de Bertrand Poirot-Delpech : « Pivot aurait invité Proust s’il avait consacré une émission à l’asthme ». Ainsi le livre n’est plus qu’un prétexte à la promotion d’auteurs, il n’est plus évoqué pour lui-même.


Mais, rappelle Pivot, les spectateurs sont également responsables de cette évolution : dans les sondages, ils répondent sans vergogne qu’ils attendent des programmes culturels de qualité et dans les faits, ils passent leur temps à regarder des feuilletons et des divertissements.


C’est bien cela le problème : on est habitué, en regardant la télévision, à un certain rythme, un certain ton… L’image a également une importance et des émissions comme Lecture pour tous qui mettaient en scène le silence ne seraient certainement plus possibles aujourd’hui. De même, une émission culturelle, vivante et pédagogique, sreposant uniquement sur le texte de véritables écrivains relève de la gageure.

Partager cet article

Published by Anne-Sophie - dans Polémiques
commenter cet article

commentaires

Gérard 04/03/2009 15:03

Bunel a repris les charentaises de Pivot, même conversations de salon badines et convenues, mêmes invités préformatés (inamovibles mais totalement interchangeables !!); la littérature, elle, se poursuit à l'abri des caméras...

Anne-Sophie 26/02/2009 13:32

Michel,aucun problème sur nos désaccords. Au contraire nous sommes là pour débattre.Je lirai les livres que vous m'avez conseillé comme je vous propose de lire celui-ci. Il est plutôt mal mal, car il propose une rétrospective du statut de l'écrivain au cours du 20è siècle et des différentes théories littéraires. Encore une fois, je ne me plains pas de cette télé qui pourrait être mieux, mais qui est supérieure à celle de nos voisins... Nous sommes les seuls à proposer des émissions de ce type. Après ce cocorico, revenons aux supports : les blogs sont des nouveaux espaces pour promouvoir la littérature. De façon plus ou moins pro nous pouvons évoquer des livres, des auteurs, des genres, oubliés des médias traditionnels en particulier la télé. Le polar ou la SF sont par ex des genres complètement ignorés... Donc, oui, d'une certaine anière par rapport à ces dernières années, il y a eu du progrès : à présent les lecteurs qui ont vraiment envie de découvrir des bouquins, peuvent le faire grâce à ces nouveaux supports.

Michel 26/02/2009 12:58

Bah, être en désaccord, c'est pas grave.Mais parfois, dans ce type d'ouvrage, les auteurs rêvent d'Idéal. Ainsi, parler qu'on est passé de "l'ère pédagogique à l'ère démagogique" me laisse perplexe. Si je parlais de blog, de radio, etc. c'est parce que tout cela ne fait qu'un (lire le livre de Jean-Louis Missika La fin de la télévision). Séparer la télé du reste, c'est comme vouloir comprendre l'évolution du cinéma sans inclure dans son raisonnement la télévision. Nous pensons que les choses changent, qu'elles évoluent, mais les mêmes discours, les mêmes analyses, les mêmes lamentations viennent de génération en génération. Lisez les premières pages de l'Anantomie de la mélancolie de Richard Burton, et vous aurez presques les mêmes mots à presque 3 siécles. Et lui-même reprenait les lamentations des auteurs Grecs... C'est fascinant. Peu importe le support (aujourd'hui la télé), hier l'édition balbutiante : on tourne en rond. Mais pas tant que cela. Il y a de nouveaux médias, une multiplication, la capacité d'accéder à une effervence (comme aujourd'hui où nous sommes en désaccord). Et là, peut-être qu'il y a un espoir.

Anne-Sophie 26/02/2009 12:10

Michel, nous sommes en désaccord sur plusieurs points :1) je ne pense pas que tout soit nul à la télé : je regarde parfois la grande librairie, des docs sur fRance 5 le vendredi, etc.2) j'évoquais un livre très précis : L'écrivain sacrifié qui pour le coup dresse un constat assez terrible de la télé d'aujourd'hui3) il ne s'agit pas de parler de blogs, de revues...évidemment qu'il y a d'autres supports pour parler de littérature mais le livre auquel je fais allusion, il est question de télé

Michel 26/02/2009 12:01

Tiens, je ne savais pas que j'étais amoureux de François Busnel ! ;) Non, en fait, suis amoureux de Dexter Morgan... Ou de sa soeur. Sais pas.Plus sérieusement, je crois qu'il faut savoir profiter des choses telles qu'elles sont. La télévision ne sera jamais une revue littéraire. Je suis assez d'accord, il ne prend pas assez de "risques." Maintenant, il y a d'autres lieux, d'autres supports. Je préférais "le bateau livre". Mais l'émission n'existe plus. C'est regrettable, mais c'est ainsi. Comme Apostrohpe ou Lecture pour tous. Aprés tout, la curiosité vient de soi-même, pas des autres, fut-il critique littéraire. C'est un effort mental contre sa paresse intellectuelle (moi le premier) La Grande Librairie vous convainc à moitié. Moi, ça va. Pour ce que je lui demande. Ni plus ni moins. Aucune émission littéraire ne vous plait ? Il y a les blogs, les vidéos en ligne, la radio. Perso, la télé généralement m'ennuie : alors j'achète des DVD (dernière découverte The Wire : si vous ne connaissez pas, précipitez vous !). En littérature c'est pareil.