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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 16:56

Aimez-vous les émissions littéraires ? Me concernant, j’aimerais affirmer haut et fort qu’elles m’intéressent et que chaque jeudi, pour rien au monde, je ne manquerai La Grande librairie de François Busnel, mais ce serait faux. D’abord parce que j’ai une forte probabilité de retrouver les mêmes invités chez Daniel Picouly le lendemain soir (même s’il n’officie qu’un vendredi sur deux), ensuite parce que, bien souvent, les auteurs n’ont que quelques minutes pour répondre à des questions… Patrick Tudoret aborde ces thèmes dans son essai, L’Ecrivain sacrifié – vie et mort de l’émission littéraire (aux éditions Le Bord de l’eau). Selon lui, ces émissions littéraires, sinon culturelles, répondraient au « principe de la prétérition » qui consiste à n’inviter dans une émission littéraire que des auteurs connus parce qu’ils appartiennent au sérail et ont déjà leur entrée légitime à la télé. Il y a évidemment les « bons clients » comme Jean d’Ormesson, Philippe Sollers, etc. et tous les people qui se mettent à écrire des documents. Le principe de prétérition consiste donc à n’inviter que des personnes connues sous prétexte qu’elles sont connues ! Les grandes maisons d’édition ont toutes les chances de voir leurs auteurs passer chez Ruquier ou Busnel (je fais exprès de mélanger les genres car comme le rappelle Patrick Tudoret, nous sommes entrés dans l’ère de la « Néo-Télévision » qui ne fait plus bien la distinction entre le divertissement et la culture) au détriment des petites maisons.

 

Ce constat, parfaitement développé et étayé par des nombreux exemples dans cet essai, me rappelle une anecdote qui s’est produite le mois dernier. Au Serpent à plumes, on se frotte les mains : l’un de ses auteurs, David Angevin, est invité à participer à l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché pour son roman Dans la peau de Nicolas (portrait positif du président). On fait immédiatement des retirages du livre en prévision de l’impact de ce passage à la télé. Mais quelques heures avant l’enregistrement, l’auteur apprend qu’on se passera de sa présence : c’est Patrick Rambaud (qui vient de publier des nouvelles Chroniques de Nicolas Ier déjà best-seller) qui est choisi à sa place. La production a expliqué que non seulement elle ne souhaitait pas inviter deux auteurs traitant du même sujet, Sarkozy, mais surtout, elle n’a pas spécialement été convaincue par ce portrait élogieux du président. En réalité, force est de reconnaître que Patrick Rambaud, qui publie best-seller sur best-seller, est bien plus connu que David Angevin… Belle déconfiture en tout cas pour l’éditeur qui se retrouve avec un certain nombre d’exemplaires sur les bras…

 

Concernant ces « bons clients », le livre de Patrick Tudoret montre que la télévision en a fait de véritables personnages. On n’attendrait plus d’eux qu’ils évoquent leurs publications mais qu’ils jouent leur rôle. On invite Amélie Nothomb parce qu’elle porte des tenues exubérantes, Sollers parce qu’il va multiplier les provocations, Jean d’Ormesson pour son bagout… Mais leurs livres seront relayés au second plan. Et Patrick Tudoret de montrer que ce sont les spectateurs qui ont d’une certaine manière imposée ce changement. Autrefois, entre 1953 et 1968, l’émission Lecture pour tous, était présentée par Pierre Dumayet ou Pierre Desgraupes, deux fins lettrés, qui avaient pour ambition de faire découvrir de nouveaux auteurs en se montrant pédagogues. Dans le contexte de l’époque, cette émission était perçue comme une menace puisque les intellectuels craignaient que la télé prenne le pas sur la littérature. Mais Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes « ont été, pendant longtemps, en tout cas, une passerelle intellectuelle reconnue entre le bastion télévisuel et la République des Lettres ». L’objectif était de se rendre chez des auteurs, de s’entretenir avec eux sur leur œuvre…

Peu à peu, la société et le mode de consommation de la télévision ont évolué : on est passé de l’ère pédagogique à l’ère démagogique. A présent, les émissions doivent se plier au goût du plus grand nombre et flatter son ego. A l’ère Pivot, analyse Pierre Robert Leclerc, se développe « une politique des « coups ». En témoigne ce mot de Bertrand Poirot-Delpech : « Pivot aurait invité Proust s’il avait consacré une émission à l’asthme ». Ainsi le livre n’est plus qu’un prétexte à la promotion d’auteurs, il n’est plus évoqué pour lui-même.


Mais, rappelle Pivot, les spectateurs sont également responsables de cette évolution : dans les sondages, ils répondent sans vergogne qu’ils attendent des programmes culturels de qualité et dans les faits, ils passent leur temps à regarder des feuilletons et des divertissements.


C’est bien cela le problème : on est habitué, en regardant la télévision, à un certain rythme, un certain ton… L’image a également une importance et des émissions comme Lecture pour tous qui mettaient en scène le silence ne seraient certainement plus possibles aujourd’hui. De même, une émission culturelle, vivante et pédagogique, sreposant uniquement sur le texte de véritables écrivains relève de la gageure.

Publié dans : Polémiques
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