Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
Impardonnables, le nouveau roman de Philippe Djian, pourrait être un roman vraiment bon… Hélas, à vouloir trop en faire, l’auteur rate complètement la fin et laisse son
lecteur frustré…
Il est indéniable que Djian a du métier : tel un artisan, il polit des phrases incisives, percutantes, avec humour et dérision (avec un recours trop systématique à la locution « etc. » au milieu de phrases laissant entendre, « débrouillez-vous avec la suite… » qui m’a agacée…). Mais force est de reconnaître qu’il sait nous prendre par la main et nous entraîner dans son univers noir et mélancolique.
Impardonnables est un véritable « page-turner », un roman qui tient en haleine du début à la fin grâce à un scénario fort bien étudié, où retours en arrière, chausse-trappes et fausses pistes maintiennent l’intérêt du lecteur.
Francis, le narrateur, a soixante ans. Ecrivain à succès, admirateur de Hemingway, il choisit de se retirer dans le pays basque pour tenter de refaire sa vie… Dix ans auparavant, sa femme et sa fille aînée sont mortes brûlées vives sous ses yeux. Depuis, il traîne sa culpabilité avec sa cadette, Alice, devenue une starlette du 7ème art. Pour tromper l’ennui, il s’est remarié avec Judith, s’occupe de temps en temps de ses petites-filles. L’histoire commence in media res : Alice a disparu. Une enquête est ouverte, son mari alerte la presse, accorde des interviews télévisés, ameute les médias pour que l’on oublie pas la comédienne… Francis souffre terriblement de cette disparition, craignant de revivre une seconde fois la tragédie familiale… Ne pouvant se résoudre à attendre les bras croisés le dénouement de l’affaire, il fait appel à un détective qui se trouve être une ancienne amie d’école… A partir de ce moment, les rebondissements se multiplient, les mises en abyme également (comme Francis, le fils de la détective a vu mourir l’un des membres de sa famille sous ses yeux – son père ; comme Francis, les malheurs le poursuivent…) ainsi que les fausses pistes (que j’ai hélas découvertes très vite…).
Le lecteur est donc pris par cette histoire où le narrateur, parallèlement à cette affaire se remet à écrire. Quelques réflexions sur l’écriture sont alors disséminées ici et là :
« (…) « Perdre un lecteur est pire que de recevoir cent coups de fouet. Perdre un lecteur est une terrible sanction. »
Il opina mollement. Il n’était pas facile d’expliquer comment l’on pouvait passer trente années devant une page blanche et encore moins que le moteur de cette folie était le style – ce gouffre, cette prison, cette tanière d’où l’on parlait de l’absolue nécessité d’une phrase, de sa beauté, de sa vibration secrète, sans ciller ».
On sait combien Djian est attaché au style, et l’on peut se douter que Francis est une sorte de double de l’auteur, lui-même grand admirateur de Hemingway. L’année dernière, Djian avait accordé une interview à Nathalie Crom pour Téléramaet avait déclaré : « Le chemin secret pour toucher l'autre, pour lui ouvrir les yeux, c'est la langue. La langue est pour moi un outil qu'on propose au lecteur, afin de l'aider à comprendre l'univers dans lequel il vit, donc à mieux vivre. Peut-être que je me trompe complètement, mais c'est ainsi que je vois la littérature. En tout cas, c'est comme ça que, moi, je l'ai reçue. Quand j'avais 20 ans, je ne voyais pas bien le monde autour de moi, il était comme flou et incompréhensible. En fait, je ne savais pas où me placer pour le regarder. Et ce sont des écrivains qui m'ont montré à quoi il ressemblait. Des gens comme Salinger, Kerouac, Carver ou Hemingway. N'importe quel écrivain un peu sérieux se doit de travailler à cela. (…)
Je pars du principe que toutes les histoires ont déjà été racontées. Adopter un certain point de vue, en littérature, cela signifie travailler sa langue - rien d'autre. Trouver une forme, une écriture. Comme le cinéaste cherche et trouve l'endroit où placer sa caméra. Inventer une histoire, cela m'amuse, bien entendu, mais dans n'importe lequel de mes romans je pourrais modifier à peu près n'importe quoi dans le récit sans que ça change quoi que ce soit. C'est sans importance. C'est la langue qui compte, et elle seule. La langue de l'écrivain doit être capable de capter cette sorte de vibration qui est dans l'air et qui est celle de l'époque, du temps présent ».
Impardonnables est bien sûr aussi un livre sur le pardon : peut-on pardonner ? Pardonner à sa fille, à sa femme, Judith ? Doit-on être exempt de tout malheur après avoir connu soi-même une tragédie ou bien le Destin ne nous accorde-t-il aucun pardon ? Cette thématique est finement traitée dans le roman grâce au croisement de plusieurs histoires, de plusieurs destins malheureux… Telle une tragédie, on pressent que cela va mal se terminer mais l’on se trompe de destinataire… Cette fin, comme je l’ai déjà évoqué, m’a beaucoup déçue car Djian a voulu frapper très fort, boucler la boucle, mais est allé trop loin…
Vous pouvez découvrir d'autres points de vue et axes de lecture ici :
- Thom
- Lily
- Fashion
- Cuné
- Jade
je ne suis absolument pas fâchée, simplement interloquée par ce que tu peux penser de mon blog. T en as le droit bien sûr... En tout cas comme tu peux le constater, je réponds aux messages. Je les modère car il m'arrive de recevoir des messages injurieux et ceux-là sont censurés purement et simplement. Il n'y ena pas tant que cela mais je préfère vérifier...
Quant à Impardonables, moi aussi j'ai tout e suite compris l'histoire de Jérémy... Ca m'a un peu frustré parce que c'et un roman qui fait le pari de nous tenir en haleine...
J'attends avec impatience ton billet.
De Dijan, je n'ai lu que les deux premiers "Doggy bag", et je n'en ai pas retiré grand chose. Comme j'entends partour que c'est un très bon écrivain, celui-ci me tentait presque... je verrais !
Pour la polémique, j'ai suivi de loin, mais je ne pense pas que tu étais, toi, visée par les commentaires parlant de mépris ou d'élitisme sur les blogs de la liste donnée par Ys.
cette histoire est passée, ce n'est pas grave et je n'en veux pas à Ys de ses propos assez sévères. Mais les com, très nombreux n'ont pas été tendres. Pas envers moi mais envers les 20 blogs cités. Quand je lis que plus c'est médiocre plus on a de chance d'appartenir à cette iste ou c'est parce qu'on est juorbnaliste qu'on y fuigure ou parce qu'une liste se passe, etc., je me sens un peu visée.
A présent, on s'est expliquées, Ys et moi, tout va bien... La blogosphère est un phénomène qui déchaîne les passions et qui intéresse de plus en plus les éditeurs. Je crois qu'on n'a pas fini d'en parler...
c'est exactement ce que j'ai pensé d'Impardonnables. J'ai suivi et suivi, les phrases sont denses, on sent un travail de la langue, mais... la fin, vraiment... Je l'ai trouvée peu épaisse, comme s'il avait éprouvé une fatigue brutale devant son projet et le besoin dans finir vite, quite à ce que ce soit dans une volute de fumée.
Je reviendrai parcourir ce blog, (le fait de sentir "la même longueur d'ondes" sur un livre, ça donne de la curiosité ! :-) )
Ce serait impardonnable de passer à coté.
je suis impardonnable mais je ne l'ai pas lu... De Dominique Mainard, je n'ai lu que "Je voudrais tant que tu te souviennes", il y a deux ans et je n'avais pas réussi à le finir. Honte à moi... Je vais trouver un moment pour lire celui-ci. Merci.
j'ai commis une chronique du dernier roman de Philippe Djian sur mon blog, c'est ici : http://zombieplanete.blogspot.com/2009/02/impardonnables-djian-pur-jus.html
Peut-être un autre regard sur ce roman.
Richard Tabbi