Lalettrine.com

Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy
                   @ hotmail.fr

Twitter : @asdemonchy


431 049 lecteurs depuis
 le 21 Août 2006

follow-me-twitter.png

Recherche

Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /2009 13:16

Il y aurait tant de choses à écrire sur le roman, Villa Amalia, de Pascal Quignard qu’un billet n’y suffira pas, à coup sûr. D’emblée, dès la première page, l’on sait que l’on a affaire à un grand roman, classique par sa facture, mais juste. Les phrases courtes, tombent un couperet : « J’avais envie de pleurer. Je le suivais. J’étais malheureuse à désirer mourir ». Puis on passe à une narration externe : le narrateur n’est plus l’héroïne Ann mais un observateur extérieur. De façon sèche, sans pathos, il raconte la scène de retrouvailles entre Thomas et une jeune femme qui l’embrasse sur le perron. Tandis qu’Ann espionne son compagnon à travers les branches d’un laurier, un homme surgit : c’est Georges Roehl, un ami d’enfance. Les retrouvailles ainsi que la scène de trahison marquent une rupture définitive dans l’existence d’Ann. Sa décision est prise : elle quitte Thomas. Sans explication. Dès lors, elle se montre plus que distance à son égard. Sans rien lui dire, elle organise sa fuite : elle démissionne de son travail qui lui tient à cœur (éditrice de musique), elle vend sa maison ainsi que tous ses meubles, ses trois pianos et brûle le reste, y compris les affaires de son conjoint. A plusieurs reprises, elle reprend ses interlocuteurs qui la nomment « madame » : elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfant. Par conséquent n’a pas vraiment de famille. Ou plutôt si, il lui reste sa mère, en Bretagne. Une vieille femme avec qui elle entretient des relations plus que complexes. La religion tient un rôle très important dans ce roman sur la Renaissance. Ann rend visite à sa mère pour l’épiphanie. La fête est gâchée : la mère n’a pas été reine. C’est un drame… L’ambiance est pesante : on apprend qu’un frère est mort quand il était petit. Son fantôme erre encore dans la maison. Et puis, il y a ce père qui est parti il y a 39 ans, sans donner d’explication et que la mère attend persuadée qu’il reviendra… Quand elle quitte sa mère ressent alors comme « chez les vieilles gens » : « une extrême tendresse répugnante, excessive, malodorante, osseuse ». La présence de sa mère l’oppresse, la tient coincée dans un passé fantomatique dont elle ne parvient à se défaire.

Elle ne trouve qu’une solution pour se libérer de toutes ces chaînes : tout quitter, tout abandonner sans laisser de traces. Grâce à son seul ami et confident, Georges, elle met à exécution son plan. Elle disparaît du jour au lendemain. En train, à pied, elle traverse la Hollande, l’Allemagne, et débarque dans le sud de l’Italie. Elle décide de s’installer dans un petit havre de paix, au bord de la Méditerranée. Elle loue la fameuse « Villa Amalia » nichée au sommet d’une colline, à l’abri des regards. Dès lors, elle passe ses journées à contempler la mer, à écouter le silence, à se baigner…

Jusqu’ici le roman me semble admirable de beauté, de majesté. Et puis, la dernière partie vient contredire l’ensemble. D’abord, elle rencontre un couple, tombe amoureuse, s’attache à un enfant… Revient en France, et reprend la vie comme autrefois. Elle s’installe avec Georges, voyage à travers le monde pour donner des concerts, retrouve son père… Pascal Quignard a voulu donner un destin à tous ses personnages ainsi qu’une issue alors qu’on aurait souhaité plus de légèreté et sûrement savoir Ann encore libre…

Le roman, très elliptique, offre une écriture dépouillée et poétique en même temps. En parfait musicien, Pascal Quignard maîtrise sa partition, alternant chapitres courts et longs, dialogues et silence… Un maître de la suggestion…

 

Publié dans : Vraiment bien !
Ecrire un commentaire - Voir les 23 commentaires
Retour à l'accueil

Le cercle Reader

Infos














Association amie

skyscraper-partage.gif

Syndication

  • Flux RSS des articles

Interview




Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés