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Anne-Sophie Demonchy
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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 12:15

Marc Pautrel blogue depuis quelques années déjà… D’abord de façon anonyme, puis sous son véritablement nom, il nous livre ses réflexions de lecteur et d’écrivain. Il consacre ses journées à ces deux activités… Son beau récit Je suis une surprise vient de paraître aux éditions L’Atelier In8, mais pour moi, il demeurait encore une énigme. Aussi, a-t-il accepté d’assouvir ma curiosité. Rencontre…

 

Tu t’es fait connaître sur la toile, en 2006 je crois, avec un blog anonyme que tu avais baptisé : « La Littérature ». Pourquoi le voulais-tu anonyme ? Et surtout qu’attendais-tu de cette expérience ?

 

Il a en fait démarré en 2005 mais c’est tellement loin que je ne sais plus exactement pourquoi j’ai commencé ce blog. Je me souviens juste qu’il était anonyme parce que je ne voulais pas qu’il interfère avec mes envois de manuscrits pour mon deuxième livre. J’ai eu raison d’ailleurs, car ce blog anonyme a été immédiatement très lu. Je crois qu’à un moment en 2006 la fréquentation est montée à 15000 visiteurs uniques par mois. Aujourd’hui, mon blog actuel a tout juste la moitié de visiteurs par mois. L’anonymat excite la curiosité.

 

Est-ce la signature avec Gallimard et l’Atelier In8 qui t’a décidé à révéler ton nom et à créer un nouveau blog, bien moins satirique sur l’édition que le premier ?

 

Non, j’ai ouvert mon blog actuel sous mon vrai nom mi-2007, bien avant de signer avec In8 : c’est François Bon qui suivait ce blog et que j’avais contacté par mail, qui m’a convaincu de laisser tomber le blog anonyme. Par ailleurs, je n’ai signé chez Gallimard que fin 2008.

 

« La Littérature » n’est plus en ligne mais je me souviens que tu te plaignais du déséquilibre dans la répartition des gains entre l’éditeur, l’auteur et le diffuseur. As-tu changé d’avis depuis ?

 

L’économie du livre, c’est toute une histoire, c’est un monde à la Lewis Carroll ! Evidemment, qu’il y a un déséquilibre flagrant dans la répartition du prix du livre. Sur un livre à 10 €, le libraire perçoit environ 3 €; le diffuseur/distributeur environ 2 €; l’éditeur perçoit environ 2 €; l’auteur environ 1 € (10% du prix HT du livre) voire moins (on a essayé deux fois de me faire signer un contrat d’auteur à 8%, j’ai refusé les deux fois); le reste c’est la fabrication du livre et la TVA. On voit que l’auteur est celui qui perçoit le moins alors que c’est lui qui crée l’oeuvre au coeur de toute l’économie du livre. Pour résumer d’une manière un peu brutale : toute la filière du livre se nourrit sur son dos.

 

Bien sûr, Internet est en train de modifier ces équilibres. D’une part l’auteur a dorénavant la capacité de s’exprimer directement sans intermédiaires, même si évidemment cela se fait avec moins de force que ce merveilleux objet jusqu’ici jamais dépassé qu’est le codex, le livre relié en papier. D’autre part, on peut mettre sur pieds aujourd’hui des (petites) maisons d’édition autonomes par rapport à l’économie traditionnelle du livre, qui peuvent faire l’impasse sur la diffusion/distribution, et même sur la librairie, sans stocks, avec impression à la demande, ou même avec des livres dématérialisés, des fichiers numériques PDF à lire sur écran comme le fait Publie.net dont l’énorme catalogue est une vraie mine pour un lecteur curieux.

 

Mais si on fait l’impasse sur la librairie et la distribution, alors d’autres problèmes surgissent : par exemple, moi en tant que lecteur j’ai un besoin absolu de vraies librairies, sinon je ne sais pas quoi lire parmi les nouveautés (la vente en ligne se contente de t’offrir les titres que tu cherches, elle est incapable de te faire des propositions de lecture). Concrètement, j’ai besoin d’avoir à côté de chez moi un vrai libraire qui reçoit, trie et lit les nouveautés pour me les signaler. Seule la librairie réelle, physique, avec des tables et des livres papier posés dessus, offre ce service au lecteur. Et également, en tant qu’auteur, je sais que ce sont les libraires qui font vendre mes livres, et non les articles de presse. Donc les librairies sont indispensables, mais justement ces librairies, qui gèrent à la fois les nouveautés et les commandes des clients, elles ne peuvent recevoir et retourner les livres que si le diffuseur/distributeur existe. On voit que rien n’est simple...

 

Pourquoi as-tu eu envie de changer de cap en te consacrant désormais, sur ton blog « Ce métier de dormir », à la lecture de tes contemporains et à ton travail d’écriture ?

 

J’ai évolué. Sur une période de deux ou trois ans on change. Il y a aussi d’autres blogs que je lisais et qui m’ont inspiré et ont déteint sur le mien. Je pense notamment aux blogs de François Bon, Emmanuelle Pagano, ou Chloé Delaume.

 

Dans Je suis une surprise, récit publié aux éditions Atelier In8, tu reviens sur ton enfance, ton adolescence et les choix qui t’ont poussé à devenir écrivain « à plein temps ». Tu n’es publié que depuis 2005 et tu confesses avoir vécu à une époque avec les minimas sociaux. N’as-tu jamais douté ?

 

J’ai cherché un éditeur pour mon premier livre pendant 18 ans, puis ensuite il m’a encore fallu 3 ans pour le deuxième, donc tu vois le contexte... Je n’ai jamais douté une seule seconde, si j’avais douté j’aurais abandonné. C’est comme un avion, il ne peut pas arrêter de voler, sinon il tombe.

 

Comment as-tu eu l’idée de t’adresser aux éditions de l’Atelier In8 ?

 

Ce sont eux qui se sont adressés à moi, c’est une commande du directeur de collection, Claude Chambard, qui habite Bordeaux comme moi, et me connaissait comme auteur bordelais après mon premier livre. Il lançait une nouvelle collection chez In8, donc il lui fallait des manuscrits et il contactait les auteurs. J’ai écrit un texte sans aucune garantie qu’il soit accepté, mais heureusement cela a plu à Claude qui l’a publié.

 

Dans un billet daté du 18 avril 2009, tu évoques le fait que tu as besoin de temps pour écrire. Comment organises-tu tes journées ?

 

Oui, je travaille hélas très lentement. Je n’écris que le matin, mais tous les matins, de 9h à 12h. Je ne sors pas de la matinée et mes proches savent que je « travaille », qu’il ne faut pas me déranger. Evidemment, des fois ce que j’ai écrit est nul, mais je m’y remets quand même à nouveau chaque matin. L’après-midi je ne travaille pas, et le soir depuis quelques mois j’écris mon carnet, un objet bizarre constitué de notes quotidiennes.

 

Tu as un blog, un site et tu écris des récits édités sur Publie.net et dans l’édition traditionnelle. Comment relies-tu tes différentes activités ?

 

Tout s’organise de façon très naturelle.

 

Le carnet que je fais chaque soir avant de me coucher, et que je mets en ligne aussitôt, est une sorte de cahier de brouillon, de calepin, une photographie quotidienne du cerveau. Ca n’est pas un texte continu, tout au plus des fragments.

 

Le roman, lui, est un travail pensé, un projet sur six mois minimum, avec un plan général, un but, qui produit un texte complexe qui mérite pour être bien lu d’être individualisé et mis en valeur de la façon la plus efficiente : dans un livre papier, et c’est là qu’il faut un grand éditeur traditionnel, qui va offrir son savoir-faire, à commencer par son travail sur le texte lui-même (par exemple, le travail impressionnant des correcteurs de Gallimard, avec des étapes successives de passage au crible du texte).

 

Enfin, j’écris certains textes, soit trop courts, soit trop longs (par exemple j’ai environ 600 pages de courts récits écrits dans les années 2001-2003 et inédits), soit pas aboutis et qui pourtant ont besoin d’être rendus publics, même avec leurs défauts. Il y a aussi des articles parus en revue, ou des chroniques sur des livres, et c’est là qu’Internet a un rôle à jouer. Il y a donc Publie.net, la maison d’édition de François Bon, qui publie des livres numériques, avec un niveau de correction et de typographie équivalent à une maison d’édition traditionnelle. Il y a aussi mon site web personnel, sur lequel j’ai une page « Textes » qui propose en téléchargement gratuit (mais je reste propriétaire du droit d’auteur, on ne peut pas redistribuer ces textes sans mon accord) des textes plus ou moins longs, et même un roman inédit écrit en 2006.

 

Dans chacun de tes textes, le « je » est à l’honneur… Dirais-tu que tu écris une œuvre autofictive ?

 

Oui, même si le terme lui-même, « autofiction », ne me satisfait pas, c’est bien dans cet univers-là que j’évolue : je raconte ma vie, elle est le matériau, comme la corbeille de fruits pour les peintres de natures mortes. Je suis à la fois l’acteur et le spectateur.

 

Qu’est-ce qui, véritablement, t’a donné envie d’écrire ce récit, Je suis une surprise ? Comment as-tu sélectionné tes souvenirs  et comment as-tu bâti ton texte ?

 

C’était une commande. Le sujet de la collection « Alter & Ego » des Editions Atelier In8, à laquelle se destinait ce texte, est plus ou moins : parlez de votre Autre préféré : un grand artiste, un personnage historique, un héros de série télé, etc. J’ai choisi de parler de moi en tant qu’étranger et inconnu à moi-même.

 

Sur la méthode d’écriture, c’est tout le sujet du livre : chacun d’entre nous a des souvenirs mais il ne sait pas les utiliser. Le narrateur, moi, mais ce pourrait être n’importe qui, ferme les yeux et essaie de trier parmi les images qui lui apparaissent, afin de garder de sa vie les passages qui font sens et qui seuls peuvent expliquer son présent. Le livre est inspiré par les Essais de Montaigne : qui suis-je, que sais-je sur moi ? L’expérience de lecture, si le livre est réussi, doit produire un questionnement philosophique.

 

T’es-tu fixé des limites ?

 

Oui, éviter de porter préjudice aux autres.

 

 

As-tu de nouveaux projets en cours ?

 

Pour l’instant, j’ai un nouveau roman qui sort bientôt chez Gallimard, L’homme pacifique, et dont je dois assurer la promotion, tout faire pour qu’il soit lu. Ensuite, au niveau des projets strictement littéraires, je vais continuer de travailler sur un roman, presque terminé dans sa première version. Le sujet ? Ce sera une surprise.

Publié dans : Interviews
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