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Anne-Sophie Demonchy
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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 08:28

L’humour noir est un art subtil qui, s’il est bien venu, est des plus délicieux. Marc Villemain a réussi le pari de faire rire son lecteur en lui détaillant, par le menu, le destin tragique de pauvres hères, en ayant recours à une langue précise et travaillée. Et que morts s’ensuivent est un recueil de onze nouvelles qui se situent pour la plupart en Bretagne. Alors que ces différentes histoires semblent se suivre de façon aléatoire, le lecteur remarquera très vite la présence trouble d’un personnage, une femme du nom de Géraldine Bouvier, qui pointe son nez dans chaque nouvelle comme un fil rouge, ou plus exactement une sorte de malin qui nous rappelle que la mort nous guette inéluctablement... La dernière partie, « Exposition des corps » est une biographie menée avec brio de chacune des victimes apparues au cours du recueil. Marc Villemain n’abandonne pas ses créatures : il leur donne une existence à part entière et ne laisse pas son lecteur sur sa faim.

 

J’ai été d’emblée été séduite par cette écriture vive, alerte, au service de la cruauté et des instincts les plus primaires. Imaginez ainsi une petite fille qui, comme chaque semaine, se rend à confesse. Ne trouvant cette fois-ci aucun péché à confier au prêtre, elle se dit qu’elle pourrait bien lui avouer que son papa se prête à des jeux étranges avec elle… L’affaire ne s’arrête pas là, l’enfant raconte cette expérience à un camarade qui décide d’organiser un tribunal pour juger ce père indigne. Je vous laisse imaginer la suite, mais pensez bien que Marc Villemain a laissé libre cours à ses fantasmes…

 

Dans ce recueil, le corps est au centre de toutes les préoccupations : c’est lui qui sera amené à souffrir. Les personnages sont mangés, émasculés, amputés… Ils sont appelés à connaître de grandes souffrances, pourtant, l’auteur baissera un voile pudique et ne s’attardera pas sur leur ressenti. Les conséquences de ces tragédies ne seront précisées que dans l’ « exposition des corps ». Cette thématique du corps et de la violence est abordée dans un style beaucoup plus précieux dans la dernière nouvelle du recueil, intitulée « M.D. ». Il s’agit d’une femme qui relit son manuscrit composé de dix nouvelles et se demande « ce qui a bien pu la conduire à n’inventer que des histoires où rôde l’inlassable de la mort ». Plusieurs indices conduisent le lecteur à s’interroger sur l’identité du personnage qui pourrait être une sorte de double de l’auteur, Marc Villemain, ou plus exactement, une lectrice privilégiée... En relisant le recueil, on se rend compte en fait que tous les personnages, comme le fait remarquer M.D., semblent « réels » et « proches » du narrateur. Ce qui pourrait être une piste puisqu’on retrouve un personnage du nom de Matthieu Vilmin, né le 1er octobre 1968, à Meaux et écrivain, une critique littéraire, cette fameuse « M.D. » auteur de nouvelles…

 

Mais ces nouvelles nous interrogent surtout sur les relations humaines, car s’il est question de mort et de mutilation, il est avant tout question d’amour et d’impossibilité d’exprimer ses sentiments. Ainsi dans la nouvelle « Nicole Lambert », ce personnage en arrive à planter une fourchette dans l’œil de sa jumelle stellaire parce qu’elle ne supporte plus leur ressemblance… Dans la nouvelle « Matthieu Vilmin », un jeune homme de 18 ans, atteint d’une tumeur pulmonaire, se lie d’amitié avec une infirmière. Celle-ci se concentre exclusivement sur son cas et déprime littéralement en réalisant qu’il guérit …

 

Et que morts s’en suivent est un très beau recueil de nouvelles d’une cruauté extraordinaire. La violence n’y est jamais gratuite : l’auteur dépeint une société égoïste et individualiste dans laquelle les personnages se débattent et essaient de trouver un sens à leur existence ou de se faire justice.

 

 

La Société des Gens de Lettres vient de distinguer Et que morts s’ensuivent en le gratifiant du Grand Prix 2009 de la Nouvelle.

 

D’autres points de vue : Lignes de fuite, Actualitté

 

Publié dans : Vraiment bien !
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