Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
Samedi, je reçois un mail bienveillant de Laurence, de Biblioblog m’indiquant, qu’après avoir fait une recherche sur Fitzgerald elle avait découvert qu’un blogueur avait fait un copier-coller d'un de mes billets. Je vais voir : en effet, hormis l’introduction évoquant l’adaptation au cinéma de L’Etrange histoire de
Benjamin Button qui ne semble pas intéressant, le reste du billet est repris de façon intégrale. Logiquement, j’envoie un mail à l’auteur du blog qui accepte de réécrire, de façon
personnelle, ce billet. A vrai dire, je ne comprends pas l’intérêt de recopier mot pour mot un article… L’avantage d’ouvrir un blog est précisément de pouvoir s’exprimer en son nom et de proposer
un point de vue, un angle de lecture qui nous est propre…
Cette anecdote, très vite réglée, me rappelle une autre, plus problématique arrivée à la critique et traductrice, Blandine Longre. En février dernier, celle-ci dénonce sur son blog un cas de plagiat. En découvrant la 4ème de couverture de Doppler d'Erlend Loe publié en format poche chez 10/18, elle se rend compte que l’on s’est plus qu’inspiré de son propre article écrit au moment où le roman sortait en grand format chez Gaïa. Plusieurs personnes ont relayé sur leur blog ou site… Finalement, la directrice de collection des éditions 10/18 a répondu au mail de Blandine envoyé plusieurs semaines auparavant pour s’excuser de « ce dérapage incontrôlé », promettant de changer la 4ème de couverture lors de la prochaine réimpression. En attendant, la 4ème de couv’ sur le site des éditions 10/18 est signée du nom de Blandine Longre.
Comme le rappelle Grégoire Leménager sur Bibliobs, rebondissant sur l’affaire 10/18, « L'avantage d'écrire sur Internet, c'est que votre prose a des chances d'y «circuler» en toute liberté ». Les copier-coller sont faciles, les risques de poursuites minimes… Il y a quelques mois, par hasard encore une fois, nous découvrons qu’un article sur la réforme de Xavier Darcos que nous avons publié sur Politique.net est repris mot à mot sur un blog. Nous demandons à l’auteur de réécrire son article mais lui nous réplique que nous aurions dû être contents au lieu de nous plaindre de ne pas être cités puisqu’il se chargeait de relayer l’info ! Un débat avait eu lieu et la plupart des internautes avaient défendu l’auteur du blog sous prétexte que l’important est de faire circuler des informations, peu importe la source.
Mais il y a encore autre chose comme le rappelle Blandine : c’est la pratique assez courante chez le journaliste paresseux de se contenter de recopier ou au mieux de s’inspirer fortement de l’argumentaire de presse qui accompagne le livre pour écrire son article.
Ecrire ou publier, il faut choisir !
Bien vu, et pertinent.
Au-delà de la problématique du plagiat (qui est vraiment accablante), ce qui est inquiétant c'est finalement la facilité qu'offre le net (et ses moteurs de recherches) à s'offrir une idée... mais non pas une idée qu'on trouverait séduisante et qu'on développerait à sa manière, non, une idée toute prête, toute rédigée : un drive'in de l'argumentation en somme. Cette façon de faire pose question, et il est vrai que cela peut déjà inquiéter quand il s'agit de jeunes élèves censés s'ouvrir l'esprit mais c'est carrément angoissant quand il s'agit de journalistes (voir par exemple la fausse citation de Maurice Jarre reprise par une grande partie des rédactions). Pas de prise de temps pour réfléchir, ni pour croiser l'information avec une autre source, autant dire la vitesse présumée de notre société nous conduit droit vers un gouffre d'ignorance ("ignorance" ici qui ne signifie pas qu'on ne sait pas mais qu'on croit savoir parce qu'on l'a recopié).
Suite à l'observation du nombre croissant d'élèves venant visiter mon blog j'ai décidé d'y mettre un petit avertissement (bon! qui passe inaperçu) qui pour moi replace le délit là où il est le plus dommageable :
"© Les textes dont les références sont mentionnées sont la propriété de leurs auteurs. Ceux sans mention sont de moi. Les recopier bêtement sans en considérer la portée et la teneur est un délit grave pour l'esprit."
Me conernant, je ne donne jamais d'exopsé à faire à la maison, pas même à des lycéens, et je préviens que je mets zéro si un élève écrit ou dit un mot au cours d'un exposé qu'il ne connaît pas. Tous les travaux de recherches sont faits au CDI. Je cadre en posant des questions pour aiguiller les élèves...
Quant aux devoirs de dissert ou de commentaires... encore une fois, il suffit de recopier une phrase prise plus ou moins au hasard dans une copie et se rendre compte qu'elle provient d'un texte issu d'Internet...
(et puis ah! le problème des commentaires littéraires copiés/collés; pour les élèves trop internautiques au lycée, solution simple: textes jamais commentés par personne en DM (si si, il y en a encore), textes plus "connus" systématiquement en DS. Sinon, pour les exposés, tout à fait d'accord avec ta méthode, Anne-Sophie: tout le monde au CDI avec portes fermées à double tour hin hin hin)
à titre d'information : l'éditeur m'a fait parvenir quelques exemplaires du roman d'Erlend Loe qui a été réimprimé récemment, avec la toute nouvelle 4e de couv (celle qui apparaît aussi en ligne).
On te retrouve bientôt, j'espère, parmi nous...
... Et comme je m'en doutais, tous les billets sont pompés. C'en est presque amusant. Au fond, ces blogs (j'en connais un ou deux autres) restent toujours confidentiels.
Et dans le cas contraire... Well, Marco a très bien résumé tout ça.