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Anne-Sophie Demonchy
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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 10:27

André Blanchard est de retour avec la publication de Pèlerinages…  « Pèlerinages » ? Blanchard, l’auteur des carnets Contrebande et Entre chien et Loup, serait-il devenu un catholique invétéré ? Point. Il a juste envie de quitter pour quelque temps Vesoul et la galerie d’art dont il est l’ « ange gardien », pour retrouver les chemins de son enfance.

Il débarque pour commencer dans son village où la modernité a fait table rase du passé : « voici que petit à petit ces maisons changeaient de mains et allaient devenir méconnaissables, à la fois classiques et modernes, comme si parvenait jusqu’ici, dans les valises des citadins en mal de vivre raccord, l’ultima verba : être authentique. Ils retaperaient tout ça, ne gardant que les murs selon l’antique sagesse : la pierre, c’est du lingot, et de l’art quand l’intendance suit ».

Attablé dans une auberge, il converse avec la tenancière, âgée de quatre-vingts ans qui dans son parler particulier, se plaint de l’évolution des mœurs et de la perte des valeurs d’antan. Il ne reste plus rien de l’esprit solidaire du passé : aujourd’hui vivre en ville ou à la campagne revient au même. Les transports, internet ou la parabole s’ils sont gage de modernité, sont aussi responsables de la perte d’authenticité… Les villageois ne se lèvent plus de bon matin pour accueil les marchands ambulants : ils ont installé sur leur porte une boîte pour les livraisons. A la manière des citadins, ils deviennent indépendants, solitaires et peu liants. Quant aux paysans, même eux, ont perdu le sens des valeurs. Ils ont coupé les cornes aux vaches, ont fait d’elles des « folles » en leur faisant manger de la « barbaque ».


Petit détour ensuite par Besançon, ville qui, à l’image de Rome, possède ses sept collines, sa cathédrale et ses différentes églises et instituts « comme une réplique du Vatican ». C’est d’ailleurs à Saint-Jean que l’enfant Blanchard a fait ses classes apprenant la soumission, la perte de confiance en soi, la haine de la religion… « Il aura fallu rien de moins que la littérature, qu’un Proust ou un Mauriac, pour que je me raccommode avec cette classe-là. C’est le fin du fin quand les livres valent absolution ». De cette époque, Blanchard a préféré « crucifier » ses souvenirs… Et surtout demeure persuadé que l’éducation sadique qu’il a reçue à l’Institut Saint-Jean, basée sur l’humiliation et la punition, n’a guère été bénéfique comme l’aiment à le croire certains car « une des conséquences est d’être devenu intolérants envers l’indiscipline qui aujourd’hui plastronne un peu partout. Et n’est-ce pas ainsi que le vieux con gagne en nous… »


Blanchard déteste son époque et toute forme de modernité. Comme toujours, la littérature est son lieu de refuge et l’écriture son arme pour lutter contre le monde qui l’entoure. Ici l’écriture se veut abrupte, le rythme saccadé, agressif parfois, plus primesautier à d’autres moments quand il évoque ses virées en bande à bord de sa deudeuche. Il se rend sur le lieu de sa fac mais doit faire preuve d’imagination pour retrouver le paysage d’antan : « les vergers sont devenus parking ; et nos regrets du chiendent. Je ferme les yeux, manière de tout remettre en l’état, fac, cité universitaire, et même là-bas en lisière, ce chemin de fortune où flemmardait, comme en roue libre, ma 2CV, où ronfle maintenant le trafic d’une deux fois deux roues ».


Le pèlerin remonte ensuite vers Paris, symbole de la réussite littéraire et pourtant ville où il n’avait plus mis les pieds depuis 1992 ! Comme à chacune de ses virées dans la capitale, il commence par une petite visite au cimetière du Père-Lachaise, déposer un bouquet de fleurs sur la tombe de Balzac, Proust et… Pierre Desproges. Il reprend la route qui le mène au cœur de Saint-Germain, chez son éditeur, Dominique Gaultier « à qui [il] trouve au physique et à l’allure quelque ressemblance avec Drieu la Rochelle ». S’étonnant de tant de faste, il repense à « l’échoppe des débuts qu’[il a] connu à la Butte-aux-Cailles. Il en va ainsi pour tous du chemin parcouru, quelle que soit la bonne volonté : tantôt ralenti par un fil à la patte, tantôt servi par une soudaine accélération, façon bottes de sept lieues. (…) De la Butte à ce VIème arrondissement, c’est de la culbute à homologuer, qui se rit du centre de gravité ». Voyez comme Blanchard à le sens de la formule et le goût du rythme. Ce dernier opus est un véritable plaisir littéraire, où si l’on trouve l’auteur quelque peu bougon et réac’, on ne peut s’empêcher de souligner chaque phrase au crayon en jurant Bon Dieu que c’est beau !

Publié dans : Pas mal...
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