Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Depuis mon déménagement, à l’orée du bois de Vincennes, j’ai changé de librairie
et vais désormais faire mes emplettes chez Atout Livre. Cette librairie, à Daumesnil, me plaît à de nombreux titres : les employés sont
chaleureux et de bons conseils, elle a fait paraître un petit livre à consulter avant le départ en vacances sur les meilleurs ouvrages (romans, thrillers, jeunesse, etc.) parus cette année. Et
surtout, elle défend sur la durée des livres qui lui plaisent. C’est ainsi que depuis janvier, Atout Livre met en valeur un le premier roman d’un australien, Steve Toltz : Une partie du
tout (Belfond). Depuis des mois donc, la librairie laisse le livre en pile à l’entrée de sa boutique et le recommande chaudement. Pourtant, je me suis montrée jusqu’alors peu sensible à ses
recommandations puisque je détiens le livre envoyé en SP depuis des mois… Il m’attend. Mais il faut croire que j’ai d’autres priorités (voir les livres lus depuis janvier sur Politique.net,
La lettrine et Le Magazine des Livres…). Bref, Une Partie du Tout, malgré une presse dithyrambique et des libraires plus qu’enthousiastes, a failli tomber aux oubliettes. Jusqu’à ce
fameux soir, où la librairie a eu la riche idée d’inviter, entre autres, Steve Toltz… Celui-ci s’est prêté sans aucune difficulté (malgré la barrière de la langue qu’il a surmontée avec brio…) au
jeu des questions réponses. Pour être franche, je ne me souviens plus vraiment du contenu de l’échange mais j’ai compris que cet homme avait un petit grain de folie et que son roman semblait
déjanté à souhait. Le soir même, je me suis plongée dans la lecture d’Une Partie du tout, l’incroyable roman du talentueux Steve Toltz.
Vous croyez que j’exagère et que toutes ces hyperboles sont excessives… C’est tout simplement parce que vous n’avez pas lu ce roman. Souvenez-vous de Montecore un tigre unique de Jonas Hassen Khemiri et du rythme effréné de son récit, de la superposition des points de vue… Steve Tolz a un style fort semblable. Pas une ligne des 500 pages touffues du roman n’est perdue… Ses narrateurs s’interrogent sur leur présent, leur avenir, leur passé, le sens de la vie comme de la mort… Ils vivent, meurent, se tuent, vivent toutes sortes d’aventures à cent à l’heure et ne laissent pas souffler le lecteur qui sort groggy mais heureux de cette lecture à la fois tragique et ironique.
L’histoire est simple : il s’agit de la relation complexe (quoi de plus normal d’ailleurs) entre un père et son fils. Qu’y a-t-il en effet de plus banal pour un fils de détester et d’adorer son père tout à la fois ? Toutefois, Martin Dean est loin d’être un père comme les autre : philosophe autodidacte, il a une vision de la vie bien particulière, très noire (est-ce de la lucidité ?). Laid, misanthrope, il a passé son existence à faire valoir son génie mais hélas, ses talents divers ont été entachés par la présence de son petit frère, Terry, le célèbre meurtrier mort en héros. Contrairement à Martin, Terry est beau, sportif et fait succomber toutes les femmes et en particulier celle que convoite son frère… Dès que l’on s’adresse à Martin, ce n’est pas pour sympathiser avec lui mais pour en savoir plus sur le destin tragique et terriblement excitant de Terry. Et c’est frustré, mal aimé que Martin s’est construit. Il a conçu accidentellement un fils, Jasper, puis n’a pas su l’éduquer simplement, l’a élevé à l’écart des autres, dans une maison située dans un labyrinthe… Comment ne pas avoir envie de se venger de ce père avec tout ça ?
Steve Toltz nous fait voyager à travers l’Australie, l’Europe et les Etats-Unis, nous ouvre les portes des hôpitaux psychiatriques, des prisons, n’oublie pas de nous parler de la mort, de la maladie et bien sûr de la folie, de politique comme de la condition des clandestins. Ca peut sembler noir, à première vue, mais le narrateur Jasper a les reins solides et contrairement à son père ne croit pas que la lucidité mène obligatoirement au pessimisme. Lui décide de nous parler de son enfance, de sa famille avec tendresse et humour. C’est sa manière à lui de se rebeller contre son père rebelle.
La prose généreuse et truculente de Steve Toltz est une véritable invitation à la méditation. On rit, on frémit, on s’émeut aussi parfois… Rien n’est vain dans ce premier roman. Steve Toltz avoue avoir mis quatre ans à écrire puis mettre en forme ce roman-fleuve, cette Partie du tout. C’est un véritable exploit !
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