Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Chaque année, je suis convoquée pour surveiller ou corriger le brevet, chaque année, je reste
hébétée devant les sujets… Depuis longtemps déjà, les programmes mettent l’accent sur l’analyse de texte, la culture, les textes fondateurs… Lorsqu’on est stagiaire, nos formateurs mettent un
point d’honneur à rappeler qu’il faut donner le goût de la lecture et mettre surtout de côté la grammaire au point de ne plus faire de cours à l’ancienne (l’attribut, les compléments
circonstanciels, etc.). On tente donc d’appréhender les textes de façon méthodique, de faire réfléchir (dans la mesure du possible) les élèves sur un thème, un personnage…
Aussi je ne comprends pas pourquoi au Brevet les élèves ont droit à des questions de grammaire quasi
exclusivement. Cette année, ils ont dû plancher sur un texte de J-M. G. Le Clézio, L’Enfant de sous le pont. Pour commencer, on ne cesse de répéter aux élèves qu’il ne faut pas faire de
paraphrase. Dès la première question, nos chers petits doivent se demander pour qui on les prend puisqu’elle les somme de « releve[r] au moins deux éléments qui caractérisent la vie
d'Ali », entre la ligne 1 et 5. Non, non, vous ne rêvez pas : on leur mâche tout le travail. Le texte est ainsi saucissonné de 5 lignes en 5 lignes… Les élèves sont guidés, et ne
peuvent déborder de l'espace qu'on leur mpose.
Les questions suivantes sont essentiellement grammaticales et portent sur les rapports logiques, les propositions subordonnées et les expansions du nom. En passant dans les rangs, je me suis rendu compte que certains n’avaient pas compris que lorsque l’on évoque les liens logiques, cela ne signifie pas qu’il y a une certaine logique dans les rapports entre les personnages !!
J’ai trouvé les questions si faciles (ex : "avec d'infinies précautions" - a) Donnez la fonction grammaticale de cette expression (0,5 pt). b) Indiquez quel trait de caractère d'Ali est ainsi mis en valeur (0,5 pt). c) Relevez dans la suite du texte un indice qui conforte votre réponse (0,5 pt)) qu’elles en étaient déconcertantes…
La question de réécriture était plus facile encore puisqu’il s’agissait de « réécri[re] la phrase suivante : "Ce matin-là Ali était fatigué. Il pensait à la bonne lampée de vin qu'il allait boire avant de se coucher (...), sous sa couverture militaire qui l'abritait du froid comme une tente." Vous remplacerez Ali par Ali et Marcel en effectuant toutes les modifications nécessaires ».
Enfin la dictée… Rappelons-nous quand même au passage que M. Darcos comptait remettre à l’honneur l’orthographe… Elle faisait quatre lignes et je ne puis m’empêcher de vous la soumettre pour que vous puissiez vous-même apprécier toute la difficulté de la chose :
Dans les villages, on ne lui donnait guère: on le connaissait trop ; on était fatigué de lui depuis quarante ans qu'on le voyait promener de masure en masure son corps loqueteux et difforme sur ses deux pattes de bois. Il ne voulait point s'en aller cependant, parce qu'il ne connaissait pas autre chose sur la terre que ce coin de pays, ces trois ou quatre hameaux où il avait traîné sa vie misérable. Il avait mis des frontières à sa mendicité.
Maupassant, Contes du jour et de la nuit
Parce que c’était une dictée épineuse, les mots "loqueteux" et "hameaux" devaient être écrits au tableau...
Ce qui me console c’est que cette année, je suis dispensée de correction… Car toutes les consignes que l’on donne durant l’année (faire des phrases complètes et compréhensibles pour répondre aux questions) n’ont aucune raison d’être au brevet. Si l’on retrouve la bonne réponse quelle que soit sa formulation (y compris un simple mot mis entre guillemets), l’élève a le point…
Il est vraiment dommage de faire une épreuve vidée de tout sens et qui va à l’encontre du programme et de la méthode mise en œuvre tout au long des années collège… Je me demande ce que les élèves pensent de ces sujets... Pour ma part, je reste perplexe.
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