Anne-Sophie Demonchy
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Si vous avez lu mon billet
précédent, ce dont je ne doute pas, vous savez donc que Les Allusifs ont inauguré une collection de polars « ¾ » autour d’un auteur, pour le moment, Gabriel Trujillo Muñoz.
Aujourd’hui, concentrons-nous sur le deuxième opus, Loverboy.
Ce roman est très différent du premier, beaucoup plus violent, beaucoup plus glauque aussi. Il évoque de façon brutale le trafic d’organes d’enfants. On retrouve de nouveau l’avocat des causes perdues, Morgado, accosté par une jolie nana très entreprenante qui lui demande de retrouver les responsables de la mort du médecin de Mexicali, le docteur Fidel Chacón. Celui-ci enquêtait sur les enlèvements d’enfants. Depuis quelques mois, des enfants, à la frontière mexicaine, disparaissent mystérieusement. Fidel Chacón semble avoir trouvé une piste : on retrouve près de son corps une vidéo montrant le repère des criminels.
Dès lors, c’est la descente aux enfers. Le narrateur ne se place pas du côté de l’enquêteur, Morgado, il préfère opter pour un point de vue omniscient, nous dressant ainsi le portrait d’un certain Loverboy, un jeune psychopathe, avide de sang, n’hésitant pas à charcuter les enfants de moins de 10 ans, des petits Mexicains, pour revendre leurs organes à de riches Américains prêts à payer des sommes astronomiques pour sauver la vie de leurs propres enfants.
Le roman est d’autant plus étrange et malsain que le psychopathe, Loverboy, s’exprime en anglais, le traducteur ayant fait le choix de ne pas transcrire en français ses propos afin de laisser le lecteur quelque peu embarrassé…
Le livre met d’autant moins mal à l’aise que l’on connaît surtout la réaction des Américains qui bénéficient de ces organes :
« L’homme pensa alors aux conséquences de ses actes. Il pouvait avoir des ennuis avec la justice si quelqu’un apprenait comment ce rein sain, de la dimension de celui de son fils malade, était apparu en moins d’une semaine dans la banque d’organes de cet hôpital privé. Puis il réfléchit encore un peu et se vit en train de remplir sa déclaration d’impôts de l’année. Il allait falloir trouver moyen d’expliquer comment cinquante mille dollars s’étaient évanouis en fumée. Quand il en fut arrivé là, il chassa ces pensées.
Il caressa son épouse et lui souffla :
(…)
Pour la première fois, elle se demanda : « d’où vient ce rein ? Qui l’a donné à mon fils ?, puis elle exprima sa pernsée à haute voix.
(…)
Et tous deux surent, au moment même où ils disaient ces mots, que quelque chose n’allait pas, qu’ils mentaient l’un et l’autre pour une raison inconnue qui leur serait révélée tôt ou tard, et les tourmenterait ».
Le texte est cru, violent, malsain : les Mexicains payent de leur corps pour sauver des Américains cyniques, sûrs de leurs bons droits… On ne ressort pas indemne de cette lecture-choc.
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