Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy
@ hotmail.fr
Twitter : @asdemonchy
Comme nombre d’entre vous certainement, j’ai reçu un mail me proposant de venir à
un « criminal speed dating » :
« Madame Anne-Sophie DEMONCHY
Dans le cadre de l'enquête concernant le meurtre de votre confrère, le journaliste Frédéric Carloni, le groupe d'investigation Meunier souhaiterait vous entendre au plus vite au Quai des Orfèvres. Merci de prendre connaissance des détails de cette [ convocation ]*
Commissaire Jean Delajoie,
Bureau 315.
commissaire.delajoie@36quaidesorfevres.fr
* Lien direct pour lire votre convocation : http://www.36quaidesorfevres.fr/convocation_presse.html
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Ce courriel n'émane en aucun cas d'une autorité judiciaire. Il s'agit d'une invitation presse envoyée dans le cadre du lancement national du nouveau roman policier "L'Éclat du diamant" édité par L'Autre Éditions, RCS Créteil B 511 755 688. »
Comme on le comprend en bas du mail, il s’agit d’une invitation pour le lancement d’une nouvelle maison d’édition : L’Autre éditions. Je n’ai pas pu me rendre au rendez-vous. Mais j’ai cependant reçu le premier livre : L’Eclat du diamant, de John Marcus.
Avant même d’aborder le contenu du roman (prochain billet… Je garde un peu de suspens !), concentrons-nous sur la présentation peu habituelle de l’objet. D’abord, un bandeau, sorte de slogan écrit en rouge, annonce qu’il s’agit du « polar de l’été – une enquête du commissaire Delajoie ». En quatrième de couverture, un prix de lancement indique que jusqu’au 31 décembre, le livre est au prix de 11,09 euros (c’est précis…) puis il passera à 16,83 euros ! On n’est pas au bout de ses surprises puisqu’en ouvrant le roman on découvre dans les couvertures intérieures des annonces publicitaires… Suit une page énumérant les différentes personnes qui ont contribué à la préparation et publication de L’Eclat du diamant. Enfin, un message de l’éditeur, Jean-Marc Bastardy, explique les grandes ambitions de cette maison d’édition. Avouez que tous ces procédés sont originaux…
Comme tout cela me paraissait peu commun, j’ai voulu en savoir plus et pris contact avec la maison d’édition. La publicité est un choix volontaire de l’éditeur qui veut faire la promotion (gratuite me précise-t-on) d’une association de parrainage et d’une maison d’édition La Tortue… L’Autre éditions ne veut pas faire du livre un simple objet littéraire mais un « objet-sandwich ». D’ailleurs, on me fait remarquer que le sujet du roman colle parfaitement avec le rendu du livre. Certes…
D’autre part, cet été et jusqu’au 25 septembre des étudiants proposent aux vacanciers de Bordeaux, Paris, Lyon, Marseille, Montpellier, Lille et Toulouse L’Eclat du diamant en vente directe, pour la somme de 10€. Les vendeurs sont des « autoentrepreneurs » : ils toucheront 50% du prix du livre ainsi qu’une indemnité forfaitaire de 600 euros. L’Autre éditions justifie cette volonté de vendre le livre à 10€ seulement pour « ne pas faire peser tout le poids du livre sur le lecteur », quitte à ce que cela ne soit ni rentable pour l’éditeur pas plus que pour l’auteur… D’ailleurs quand j’émets quelques doutes sur l’identité de l’auteur, John Marcus, émettant l’hypothèse que derrière ce nom se cache une équipe, l’attachée de presse me répond qu’en effet il s’agit bien du pseudonyme d’un auteur qui « a beaucoup travaillé dans le monde de l’entreprise ». Intéressant quand on sait que l’éditeur, qui ne connaissait pas ce milieu avant de créer L’autre éditions, était lui aussi « dans le marketing et a monté plusieurs entreprises »…
Si L’autre éditions a choisi la vente directe c’est parce qu’elle a difficilement accès à la diffusion. Dénonçant le système Amazon qui exige près de 50% de remise commerciale, elle préfère se tourner vers les librairies indépendantes ou vendre directement le livre sur son site :
« Lorsqu’un petit éditeur veut travailler avec Amazon, les choses sont assez simples : il doit accepter, sans aucune négociation possible, les termes du programme dénommé : « Amazon avantages » (…)
Cas pratique de L’Éclat du diamant
(vendu 11,09 TTC pendant la phase de lancement)
— Pour chaque commande, Amazon nous rétrocèderait 5,26 HT (à 90 jours…) ;
— Le coût postal unitaire de la commande automatique (480 pages – 620 grammes) est de 3,92 € (en France, il n'y a pas de tarif postal préférentiel pour les professionnels du livre même si Amazon, de son côté, bénéficie bien sûr d'un tarif préférentiel sur "les volumes") ;
Sans aller plus loin (ni intégrer le coût de l’enveloppe à bulles, de l'étiquette, les frais de gestion de traitement de la commande, etc.), le solde ainsi obtenu et revenant à l’éditeur (soit 1,36 € - vous avez bien lu !) ne couvre pas la fabrication du livre.
Quant à l’auteur, il n’est pas encore payé bien évidemment… »
Pour le moment, la maison d’éditions n’a publié qu’un livre et n’acceptera de manuscrits qu’à partir de janvier prochain…
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