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Anne Sophie Demonchy
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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /2009 17:47


C
ertains me demandent régulièrement pourquoi je n’évoque jamais la poésie sur ce blog. C’est vrai. En partie. Quand j’en ai l’occasion, je le fais, et avec plaisir. C’est le cas aujourd’hui avec un roman, écrit comme un long poème en prose : Liquide de Philippe Annocque (Quidam éditeur).

Liquide, c’est la métaphore filée de ce flux vital que l’on retrouve à la fois dans notre corps et dans la nature et qui traverse d’un bout à l’autre le livre.

Dans de courts chapitres, semblables à de petits poèmes (à la ponctuation adéquate), le narrateur observe l’eau qui coule, se souvient de son enfance, de ses parents, de son premier amour, Alexandrine, puis de Suzanne et de ses enfants :

 

-l’eau verdâtre au passage d’un nuage un peu chargé d’une promesse de pluie au-dessus de la ville

            puis bleue de nouveau, vue d’ici, l’eau du fleuve, le vent aidant et la promesse encore une fois non tenue, de cette couleur illusoire et réfléchie, juste provisoirement empruntée au ciel vide ?

Il fallait bien penser que les vies des autres aussi avaient leurs cours, des cours différents, des cours même parfois parallèles,

            Que quelques années peut-être décalaient.

            Le temps était venu pour d’autres de transpirer autour d’un ballon sous les yeux d’Alexandrine,

            alors que ce même temps pour certain(s ?) était déjà passé.

            (Persistance (entre amères parenthèses en quête d’un pauvre humour) de l’ancien réflexe du mâle blessé dans ses amours – dont surtout le sien propre -, persistante après tant d’années, après toute une autre vie, une autre vie a priori pourtant sans aucun rapport).

 

 

Le narrateur regarde l’eau couler et pense à sa vie qui a filé sans qu’il n’ait pu véritablement maîtriser les événements et surtout fait les bons choix. Les questions existentielles l’assaillent et font remonter à la surface toutes sortes d’interrogations et  d’angoisses : pourquoi n’a-t-il jamais su s’affirmer contrairement à son frère, Pierre. Pourquoi est-il seul à présent ? Pourquoi fait-on certains choix et pas d’autres ? Lui, a fait ce qu’on attendait de lui, il a laissé de côté ses rêves secrets et a endossé les rôles qu’on lui donnait (fils, frère, mari et père)… Mais ne s’est senti véritablement à l’aise dans aucun d’eux… Aujourd’hui, il a pourtant l’impression d’être orphelin : sa mère est morte, son père est parti avec une autre et, son épouse  lui annonce que « ça ne peut pas continuer » car « Je me suis trompée, là où j'ai cru sentir, toucher quelqu'un il n'y avait personne, voilà, c'était une histoire d'amour sans personne. »

 

Personne, c’est un peu ce narrateur, sans nom ni âge, qui ne s’exprime qu’en utilisant des tournures impersonnelles ou passives. Pas de « je Â» donc. Une véritable prouesse pour évoquer l’instabilité de cet être liquide au bord de la dérive.

Un beau roman, court, qu’il faut déguster lentement sous peine de le laisser filer entre ses mains et de rester à quai.

Visitez le blog de Philippe Annocque, "Hublots" 

Publié dans : Intéressant
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