Anne Sophie Demonchy
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Certains me demandent régulièrement pourquoi je n’évoque jamais la poésie sur ce blog. C’est
vrai. En partie. Quand j’en ai l’occasion, je le fais, et avec plaisir. C’est le cas aujourd’hui avec un roman, écrit comme un long poème en prose : Liquide de Philippe Annocque (Quidam éditeur).
Liquide, c’est la métaphore filée de ce flux vital que l’on retrouve à la fois dans notre corps et dans la nature et qui traverse d’un bout à l’autre le livre.
Dans de courts chapitres, semblables à de petits poèmes (à la ponctuation adéquate), le narrateur observe l’eau qui coule, se souvient de son enfance, de ses parents, de son premier amour, Alexandrine, puis de Suzanne et de ses enfants :
-l’eau verdâtre au passage d’un nuage un peu chargé d’une promesse de pluie au-dessus de la ville
puis bleue de nouveau, vue d’ici, l’eau du fleuve, le vent aidant et la promesse encore une fois non tenue, de cette couleur illusoire et réfléchie, juste provisoirement empruntée au ciel vide ?
Il fallait bien penser que les vies des autres aussi avaient leurs cours, des cours différents, des cours même parfois parallèles,
Que quelques années peut-être décalaient.
Le temps était venu pour d’autres de transpirer autour d’un ballon sous les yeux d’Alexandrine,
alors que ce même temps pour certain(s ?) était déjà passé.
(Persistance (entre amères parenthèses en quête d’un pauvre humour) de l’ancien réflexe du mâle blessé dans ses amours – dont surtout le sien propre -, persistante après tant d’années, après toute une autre vie, une autre vie a priori pourtant sans aucun rapport).
Personne, c’est un peu ce narrateur, sans nom ni âge, qui ne s’exprime qu’en utilisant des tournures impersonnelles ou passives. Pas de « je » donc. Une véritable prouesse pour évoquer l’instabilité de cet être liquide au bord de la dérive.
Un beau roman, court, qu’il faut déguster lentement sous peine de le laisser
filer entre ses mains et de rester à quai.
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