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Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /Août /2009 12:21

L
’éloge funèbre  est un genre littéraire à part entière pratiquée depuis toujours. Exercice délicat, il peut vite verser dans le larmoyant. Bossuet est parvenu à écrire des éloges pathétiques et maîtrisés. Bien plus tard, Albert Cohen a rendu un magnifique hommage à sa mère disparue dans Le Livre de ma mère.
A son tour, et dans un tout autre genre, Marc Pautrel s’est essayé à l’éloge d’un être disparu, un être cher : son oncle. Dans L’Homme pacifique (Gallimard), l’auteur veut rendre hommage à un homme né en 1926, et mort d’un cancer, veuf et sans enfant, 80 ans plus tard. Un homme argenté et pourtant qui a voulu vivre chichement car « il ne sait pas dépenser. Dans sa jeunesse, ses parents sont propriétaires de la maison familiale près du château. Son père n’a pas hérité de cette maison : il l’a achetée avec l’argent de son travail. Selon le père, c’est ainsi que l’on doit vivre : on se nourrit, on se loge, on s‘habille, on ne manque de rien, mais on ne dépense pas inutilement, on ne s’accorde aucun plaisir qui coûte un seul sou. Le fils aîné [l’oncle] garde les mêmes principes : économiser. Il éprouve pour l’argent une forme de respect issu de son origine : parce que le travail, si valeureux, a créé cet argent, on ne doit le dépenser qu’avec parcimonie et selon un rituel presque religieux ».
Cet oncle a traversé bien des tempêtes. Enfant, il connaît la misère : son père meurt jeune, sa mère aveugle doit revendre la maison pour une bouchée de pain, « personne ne bronche, on ne se bat pas dans cette famille, pas de haine, pas de guerre. Quand, on a grandi au milieu d’une véritable guerre, celle de 39-45, on ne veut pas de conflit, on aime son prochain, on cherche la paix, oui : qu’on nous fiche la paix ». Plus tard, il découvre, une fois marié, qu’il ne peut avoir d’enfants. Mais il se résigne, considérant ses neveux comme ses propres enfants. Devenu vieux et  malade d’un cancer, il se résigne à mourir… Oui, l’oncle n’est pas un homme révolté, c’est un pacifique qui accepte les coups du sort avec dignité : « Il y a des êtres qui sont prêts à tout pour survivre, qui se battent jusqu’au bout, qui se dressent encore sur une seule jambe debout dans la tombe pour continuer à frapper le monde, mais lui n’est pas du genre à raser la moitié des forêts du pays parce qu’il ne supporterait pas sa vie ; il est pacifique, calme, peut-être résigné ».
L’écriture de Marc Pautrel est blanche : à la manière d’une Annie Ernaux, l’auteur rapporte avec une certaine simplicité les souvenirs de cet oncle disparu. Comme tout auteur qui se respecte, cette écriture ne laisse rien au hasard : l’ensemble est pensé, travaillé, ordonné.
On pourrait croire qu’il s’agit d’un roman autobiographique. Pas vraiment. Vous n’y trouverez aucune révélation croustillante. L’oncle était un être exceptionnel pour l’auteur mais somme toute assez banal. Il est un peu notre oncle à tous… Un très beau récit, encore une fois.

Je vous recommande de lire l’article sur Remue.net de Guénaël Boutouillet qui ne partage pas la même analyse que moi sur l’écriture de Marc Pautrel.

Retrouvez également l’interview de l’auteur ici ainsi que la critique de son précédent récit : Je suis une surprise
Publié dans : Pas mal...
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