Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Comme vous le savez sûrement, les éditions Scali ont mis la clé sous la porte en septembre dernier, laissant sur le carreau auteurs, attachée de presse et éditeur. Chacun a poursuivi sa route de son côté et voici que Bertil Scali s’est lancé dans l’écriture. Il vient de publier aux éditions Anabet un roman autofictif : Un jour comme un autre dans lequel il raconte son naufrage. Car contrairement à ce que laisse penser le titre : il ne s’agit pas d’un jour comme un autre, mais un jour exceptionnel puisque « samedi soir, ma femme m’a annoncé qu’elle me quitterait ce soir, jeudi 16 septembre, jour de mon dépôt de bilan ».
Le roman raconte ainsi la rupture de Scali avec sa femme et la ruine de sa maison d’édition. Je passe outre l’aspect intime qui m’a gênée. Etant donné que ce n’est guère un texte littéraire mais plutôt un témoignage, je me concentrerai davantage sur le thème qui m’intéresse davantage : l’édition.
Pour plus de discrétion, Scali a décidé de déformer les noms cités dans son livre mais pour ceux qui connaissent un tant soit peu le milieu ou la maison en question, il ne sera guère difficile de les démasquer. Ainsi, pour commencer, il revient sur ce qu’il estime être un beau coup : la sélection au Prix de Paris de son tout jeune auteur, Isidore Balin, auteur de Que je t’étrange, mon amour et qui s’est fait rafler le prix par une romancière à succès, Amélie Weelong. Décodez : il s’agit de Boris Bergman qui a manqué le Prix de Flore avec son roman Viens là que je te tue ma belle, grugé par Amélie Nothomb. Bien… Cette histoire, tout le monde la connaît car, précisément, Scali est parvenu à la monter en épingle, à alerter la presse pour faire parler de son petit génie, l’idée étant d’ « intéresser la presse étrangère, de déclencher des polémiques et d’attirer l’attention sur ce choix [attribuer un prix à un lycéen] ». Dans un premier temps, l’éditeur parvient à attirer sur Isidore (Boris Bergman) l’attention : papiers dans des magazines, passage sur Canal +… Mais, contrairement à ce qu’il espérait, le livre ne s’est pas tant vendu que cela et n’a pas permis de redresser la situation économique de sa maison d’édition.
Scali s’engouffre alors dans ce que l’on appelle la cavalerie éditoriale : il a demandé à ses auteurs de « produire » de plus en plus de livres afin d’obtenir de son distributeur une avance sur les mises en place plus importante. Le problème c’est que rapidement, les librairies ont renvoyé les livres à Scali qui a dû alors rembourser les avances, accumulant les dettes. « Le dernier été, je rencontrais de nombreux éditeurs et distributeurs parisiens, cherchant une solution. Nous étions à court de financement. Nos récents ouvrages, sur lesquels nous avions misé nos derniers espoirs, ne se vendaient pas suffisamment. Tous les jours, les libraires nous renvoyaient les livres par centaine. Nous les détruisions. En quelques semaines, nous allions envoyer près de 100 000 livres au pilon. La situation avait basculé d’un coup. Notre livre sur le mariage du président avait été un succès, plus de 20 000 exemplaires s’étaient arrachés en quelques jours. Mais, à la demande des libraires, et en particulier de la grande distribution, nous en avions imprimés plus du double et, maintenant, ils nous renvoyaient tout ce qui n’avait pas été vendu. Nous devions les rembourser ».
Plus loin, il revient sur le livre des Ch’tis, vous vous souvenez, l’auteur était Claire L’Hoër que j’avais eu l’occasion de rencontrer suite à l’émission de Capital, "les nouveaux rois du divertissement". Voici, avec le recul, comment Scali analyse cet épisode : « Le cas du livre sur les Ch’tis, que nous avions lancé dès que nous avions appris le succès du film, était le pire. Non seulement les ventes étaient décevantes, mais je m’étais personnellement impliqué dans la promotion de cet ouvrage dont pourtant, le sujet ne m’intéressait pas ». C’est peut-être cela le problème de Scali : éditer des livres qui ne lui plaisent pas, et se perdre dans une fuite en avant. Produire toujours plus, surfer sur la vague des succès populaires, du people, ne plus avoir de ligne éditoriale et produire des quick books…
Selon Scali, le point culminant de son échec, fut la parution du livre de la mère de Michel Houellebecq : « quelle aurait été notre vie si les ventes di livre de la mère de l’écrivain Thomas Michel ne s’étaient pas effondrées ? » Comme nous avons pu le constater, la presse a fait écho de ce livre. La mère de Houellebecq fut même interviewée dans le journal de TF1. Le best seller était logiquement attendu. Pourtant, encore une fois, les libraires ont retourné, dès la première semaine, les livres à l’éditeur. Il ne s’en vendit que 3 000 au lieu des 20 000 imprimés… Et Scali d’en conclure : « Cette aventure qui devait nous tirer d’affaire nous acheva ».
Ce qui est étrange, c’est que Scali, face à ces constats d’échec, mette en parallèle la crise financière et sa banqueroute : « les bourses continuaient de s’effondrer, les sociétés de péricliter. C’était inespéré ». Le problème n’est pas tant la crise que les choix qu’il a faits… Des livres qui peuvent se vendre dans l’immédiat (et encore) mais obsolète quelques semaines après.
Un jour comme un autre se présente donc comme un témoignage, celui d’un journaliste, devenu éditeur. Ce texte n’est pas inintéressant si l’on s’attache à l’aspect purement éditorial puisque l’on découvre l’envers du décor. Certains, comme Yann Moix, se sont attachés à son histoire d’amour. Cet aspect m’est passé complètement à côté…
Merci pour cet article !
Un succés ou de bonnes idées non contrôlées... une fuite en avant face à un échec. Ce n'est pas ici une histoire symptomatique du monde de l'édition, mais une histoire symptomatique du monde de l'entreprise, dont le secteur d'activité est l'édition. Pensez par exemple aux start-up, à des sociétés financières, etc. Ou au cinéma. Ce n'est pas tant le goût de l'argent (présente mais au final pas seulement), que l'absence de gestion et d'équilibre. Et un égo surdimensionné. Les mêmes mécanismes produisent les mêmes effets. Monde du livre ou pas.
A contrario, pensez à l'hatitude de Héloïse d'Ormesson dans le fameux document.
A méditer dans les écoles de commerce...
Un échec… « celui d'un journaliste devenu éditeur ». Tout est dit.
Éditeur, c'est un vrai métier, ça ne consiste pas à raconter n'importe quoi dans les médias;
l'emballement de la production litteraire rejoint l'emballement boursier des valeurs bidons et nous conduira trés vite a une meme catastrophe avec la différence que les etats ne nous sauveront pas la mise.Car cet editeur n'est pas le seul a fuir en avant les yeux sur l'audimat immédiat.Il faut dire aussi que les libraires préssés par les grandes firmes qui deversent sur eux des avalanches de papiers dans le but d'occuper le terrain, ne donnent plus au bouquin que 15 jours de vie sur le rayonnage il y a donc fort peu de chance que le livre disparaisse avant d'etre vu Nous arrivons a l'équation bizarre plus de bouquins =moins de lecteurs
au plaisir de vous lire
shakin écrivain
Je vous remercie pour votre article.
Aux nombreuses erreurs qui ont été les miennes, et que vous avez très bien su souligner, je voudrais en ajouter une.
Le jour caniculaire où je vous avais reçue dans nos bureaux du quartier indien de la rue du faubourg Saint-Denis, il y a deux ans je crois, j'aurais dû me recoiffer avant de vous laisser prendre cette drôle de photo sur laquelle je ressemble à une sorte de Pierre Richard, mais brun, barbu et luisant. Quand je l'ai revue sur votre site, j'ai d'abord eu un peu honte tant je ne me suis pas reconnu. Je ne comprends pas comment j'ai pu me prendre moi-même si au sérieux avec une telle allure...
Sinon, vous conseillez aux apprentis éditeurs de ne publier que les livres qu'ils aiment. Je ne suis pas certain que cela soit suffisant pour réussir, car c'est exactement ce que j'ai fait. Voyez le résultat. Heureusement, il est aussi arrivé que certains rencontrent le succès. Cela a été le cas du livre de Boris Bergmann, justement, dont les ventes n'ont pas été décevantes du tout, bien au contraire. Et de quelques autres livres, dont ceux sur l'actualité qui tentaient de "surfer sur la vague des succès populaires". Hélas, ces succès trop rares ont été insuffisants pour nous sortir de l'ornière et nous éviter la faillite.
Concernant le livre de Claire L'Hoër sur les "Ch'tis', je suis fier de l'avoir publié aussi, bien que la question Ch'tis m'ait été inconnue avant la sortie du film. Ce que j'ai un peu regretté, c'est de m'être impliqué dans sa promotion au point de passer à la télévision pour le défendre. Sur ces images, je ressemblais déjà au personnage un peu largué de la photo de vos archives. Je ne l'ai même pas regretté, d'ailleurs, puisqu'il s'agissait de promouvoir un de nos ouvrages. Je raconte juste dans mon livre que cela a été un choc de me découvrir ainsi à la télévision, les cheveux hirsutes, arpentant les ateliers d'un imprimeur où les rotatives tournaient à plein régime au coeur de la folie Ch'tis. Je ne me reconnaissais pas et j'en ai été très gêné. Je me trouvais ridicule. Mais ça a beaucoup fait rire ma famille - et d'autres certainement, à juste titre - et ça m'amuse aussi maintenant.
Avec le recul, je comprends bien que notre aventure ait eu l'air brouillon et arrogante, à l'image de cette vieille photo ou de ce reportage à la télé.
Je profite donc de cette occasion pour présenter mes excuses, à nouveau, à tous ceux qui ont pu souffrir de cet échec et leur dire que j'espère sincèrement avoir l'opportunité de réparer cela, un jour...
Bien à vous,
Bertil Scali
cette photo date d'il y a un an, au moment de l'interview, deux mois avant le dépot de bilan.
Evidemment, les éditeurs publient, quand ils produisent beaucoup, des livres qu'ils aiment plus ou moins. Mais ils doivent en assumer les conséquences. Je n'ai pas eu ce sentiment en lisant le passage concernant Claire L'Hoer. Et comme l'a rappelé un commentateur ici, Michel, cette situation rappelle celle de Gilles Cohen-Solal avouant publiquement ne pas avoir aimé l'un des romans publiés par un de ses auteurs...
Bien à vous,