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Anne Sophie Demonchy
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /2009 10:07

Comme vous le savez sûrement, les éditions Scali ont mis la clé sous la porte en septembre dernier, laissant sur le carreau auteurs, attachée de presse et éditeur. Chacun a poursuivi sa route de son côté et voici que Bertil Scali s’est lancé dans l’écriture. Il vient de publier aux éditions Anabet un roman autofictif : Un jour comme un autre dans lequel il raconte son naufrage. Car contrairement à ce que laisse penser le titre : il ne s’agit pas d’un jour comme un autre, mais un jour exceptionnel puisque « samedi soir, ma femme m’a annoncé qu’elle me quitterait ce soir, jeudi 16 septembre, jour de mon dépôt de bilan ».

 

Le roman raconte ainsi la rupture de Scali avec sa femme et la ruine de sa maison d’édition. Je passe outre l’aspect intime qui m’a gênée. Etant donné que ce n’est guère un texte littéraire mais plutôt un témoignage, je me concentrerai davantage sur le thème qui m’intéresse davantage : l’édition.

 

Pour plus de discrétion, Scali a décidé de déformer les noms cités dans son livre mais pour ceux qui connaissent un tant soit peu le milieu ou la maison en question, il ne sera guère difficile de les démasquer. Ainsi, pour commencer, il revient sur ce qu’il estime être un beau coup : la sélection au Prix de Paris de son tout jeune auteur, Isidore Balin, auteur de Que je t’étrange, mon amour et qui s’est fait rafler le prix par une romancière à succès, Amélie Weelong. Décodez : il s’agit de Boris Bergman qui a manqué le Prix de Flore avec son roman Viens là que je te tue ma belle, grugé par Amélie Nothomb. Bien… Cette histoire, tout le monde la connaît car, précisément, Scali est parvenu à la monter en épingle, à alerter la presse pour faire parler de son petit génie, l’idée étant d’ « intéresser la presse étrangère, de déclencher des polémiques et d’attirer l’attention sur ce choix [attribuer un prix à un lycéen] ». Dans un premier temps, l’éditeur parvient à attirer sur Isidore (Boris Bergman) l’attention : papiers dans des magazines, passage sur Canal +… Mais, contrairement à ce qu’il espérait, le livre ne s’est pas tant vendu que cela et n’a pas permis de redresser la situation économique de sa maison d’édition.

 

Scali s’engouffre alors dans ce que l’on appelle la cavalerie éditoriale : il a demandé à ses auteurs de « produire » de plus en plus de livres afin d’obtenir de son distributeur une avance sur les mises en place plus importante. Le problème c’est que rapidement, les librairies ont renvoyé les livres à Scali qui a dû alors rembourser les avances, accumulant les dettes. « Le dernier été, je rencontrais de nombreux éditeurs et distributeurs parisiens, cherchant une solution. Nous étions à court de financement. Nos récents ouvrages, sur lesquels nous avions misé nos derniers espoirs, ne se vendaient pas suffisamment. Tous les jours, les libraires nous renvoyaient les livres par centaine. Nous les détruisions. En quelques semaines, nous allions envoyer près de 100 000 livres au pilon. La situation avait basculé d’un coup. Notre livre sur le mariage du président avait été un succès, plus de 20 000 exemplaires s’étaient arrachés en quelques jours. Mais, à la demande des libraires,  et en particulier de la grande distribution, nous en avions imprimés plus du double et, maintenant, ils nous renvoyaient tout ce qui n’avait pas été vendu. Nous devions les rembourser ».


Plus loin, il revient sur le livre des Ch’tis, vous vous souvenez, l’auteur était Claire L’Hoër que j’avais eu l’occasion de rencontrer suite à l’émission de Capital, "les nouveaux rois du divertissement". Voici, avec le recul, comment Scali analyse cet épisode : « Le cas du livre sur les Ch’tis, que nous avions lancé dès que nous avions appris le succès du film, était le pire. Non seulement les ventes étaient décevantes, mais je m’étais personnellement impliqué dans la promotion de cet ouvrage dont pourtant, le sujet ne m’intéressait pas ». C’est peut-être cela le problème de Scali : éditer des livres qui ne lui plaisent pas, et se perdre dans une fuite en avant. Produire toujours plus, surfer sur la vague des succès populaires, du people, ne plus avoir de ligne éditoriale et produire des quick books…

 

Selon Scali, le point culminant de son échec, fut la parution du livre de la mère de Michel Houellebecq : « quelle aurait été notre vie si les ventes di livre de la mère de l’écrivain Thomas Michel ne s’étaient pas effondrées ? » Comme nous avons pu le constater, la presse a fait écho de ce livre. La mère de Houellebecq fut même interviewée dans le journal de TF1. Le best seller était logiquement attendu. Pourtant, encore une fois, les libraires ont retourné, dès la première semaine, les livres à l’éditeur. Il ne s’en vendit que 3 000 au lieu des 20 000 imprimés… Et Scali d’en conclure : « Cette aventure qui devait nous tirer d’affaire nous acheva ».

 

Ce qui est étrange, c’est que Scali, face à ces constats d’échec, mette en parallèle la crise financière et sa banqueroute : « les bourses continuaient de s’effondrer, les sociétés de péricliter. C’était inespéré ». Le problème n’est pas tant la crise que les choix qu’il a faits… Des livres qui peuvent se vendre dans l’immédiat (et encore) mais obsolète quelques semaines après.

 

Un jour comme un autre se présente donc comme un témoignage, celui d’un journaliste, devenu éditeur. Ce texte n’est pas inintéressant si l’on s’attache à l’aspect purement éditorial puisque l’on découvre l’envers du décor. Certains, comme Yann Moix, se sont attachés à son histoire d’amour. Cet aspect m’est passé complètement à côté…

Publié dans : Editeurs
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