Mercredi 30 août 2006
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Il y a des romans, comme ça, qui ne vous lâchent plus une fois que vous les tenez en mains… C’est le cas de Loin de Chandigarh, de l’écrivain indien Tarun J. Tejpal. Ce pavé de 677 pages se lit d’une traite ! J’émets une petite objection cependant : j’ai lu avec passion ce roman d’amour puissamment érotique, mais certains passages ou épisodes sont longs. En effet, l’auteur a voulu dire le monde dans cette première œuvre : amour, passion, désir, Histoire de l’Inde… et sur tous les tons : dramatique, ironique, comique… C’est un roman complexe, qui tourne en rond : le premier paragraphe qui l’ouvre le clôt également :« L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux être. C’est le sexe ». Il y a en réalité deux récits dans ce roman qui s’enchevêtrent habilement. Le journaliste indien raconte son histoire d’amour passionné avec Fizz. Un jour, il découvre dans la maison qu’il a achetée des petits carnets écrits par une femme au début du siècle dernier. Le journaliste, cette fois-ci narrateur externe, raconte l’histoire de Catherine, américaine, exilée volontairement en Inde, pour suivre l’homme qu’elle aime et avec qui elle partage de nombreuses aventures érotiques. C’est dans ces fameux carnets qu’elle écrit ses expériences. Enfin, le journaliste reprend le cours de son histoire, dérouté par l’existence de ces carnets, responsables de la rupture avec Fizz… Lui, si absorbé par ses lectures a fini par perdre tout désir pour sa femme tant adorée. Finalement, le destin de ces différents personnages vont se croiser et s’entremêler au point que certains passages attribués au journaliste, sont repris mot pour mot, plus loin dans le roman, dans l’histoire de Catherine : « Ils escaladaient et dévalaient inlassablement des sommets. Arpentaient d’anciennes voies d’un pas nouveau. Exploraient de nouvelles voies d’un pas rodé. Ils devenaient l’œuvre de peintres surréalistes. N’importe quelle partie du corps se joignait à n’importe quelle autre. Il en résultait un chef d’œuvre. Orteils et langue. Mamelon et pénis. Doigt et bourgeon. Aisselle et bouche. Nez et clitoris. Clavicule et fessier. Mons veneris et phallus indica (…) ».
Ce qui est fascinant dans l’écriture de Tejpal, ce sont les nombreuses descriptions érotiques, toujours sensuelles, délicates, et imagées, les comparaisons, concrètes, évoquant les sentiments qui unissent les amants : « Fizz me donnait cela, l’ultime paradoxe : la passion totale et la paix totale. Dans son corps, je recherchais les deux, et les trouvais toujours. Le même corps capable de déchaîner ma frénésie pouvait aussi, à son seul contact, m’apaiser comme un cygne sur un lac lisse ». C’est aussi un roman en élaboration : le narrateur veut écrire, il tâtonne, cherche différentes méthodes de travail, ébauche des débuts de textes, les abandonne… Finalement, c’est la lecture des carnets de notes qui donnent un nouveau sens à sa vie, à sa sexualité et à son inspiration artistique.
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