Anne Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
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Connaissez-vous Le Masque et la Plume, fameuse émission culturelle animée par Jérôme Garcin sur France Inter ? Evidemment ! En homme ou femme lettré et cultivé que vous êtes, vous ne manquez pas un de ces rendez-vous hebdomadaires. Vous voulez vous tenir au courant, comme moi, des sorties cinématographiques, théâtrales et littéraires. Vous aimez retrouver chaque semaine l’équipe de chroniqueurs qui se chicanent plaisamment autour d’un film, d’une pièce ou d’un livre. Vous aimez écouter leurs analyses, leurs points de vue divergents et leurs empoignades.
Bref, comme moi, le dimanche soir n’est plus source d’angoisse ou coup de déprime mais élan d’impatience à l’idée d’écouter des débats d’idées élevés. Et pourtant… Que se passe-t-il dans la tête et le cœur de nos chers critiques depuis la rentrée littéraire ? Très peu de romans ne trouvent grâce à leurs yeux. Ils sont ronchons et ironiques, sévères voire cruels. Bien sûr, toujours drôles… Ainsi, dimanche dernier, Eric Chevillard a fait l’unanimité : il a publié un roman, Démolir Nisard (Minuit), « sans intérêt » et « ennuyeux ». Que dire du Journal d’hirondelle d’Amélie Nothomb (Albin Michel) ? Pouffements de rires sur le choix du titre, suspicion sur l’identité même de l’auteur de ce « roman raté », ricanements sur les phrases tautologiques lues avec délectation par certains chroniqueurs… L’un d’eux s’est scandalisé de la minceur du livre et de la grosseur des caractères et de conclure : « ça fait 1,50 euros la rondelle de Nothomb ! ».
Enfin, l’émission a pris un nouveau tournant grâce à Agnès Desarthe pour Mangez-moi (L’Olivier). Crépu, le maussade, a déclaré que ce roman ne lui a pas donné faim du tout… Mais les autres chroniqueurs, eux, ont plutôt goûté ce roman savoureux et plaisant… Enfin, retrouvions-nous Le Masque et la Plume, le vrai, l’authentique ! Enfin un débat ! Et puis l’émission s’est finie en apothéose lorsque Jérôme Garcin a annoncé Le roman de la rentrée : Les Bienveillantes de Jonathan Littell (Gallimard). Pour Crépu, « de mémoire de journaliste, [il] n’a pas souvenir d’avoir lu l’équivalent ». Dès lors, l’émission est passée de l’autre côté : enthousiasme, encensement, excès. Tous ont applaudi la grandeur du romancier, tous non… Patricia Martin a avoué que si elle n’avait été obligée de lire ce roman pour l’émission, elle aurait cessé sa lecture dès les cent premières pages tant celles-ci font souffrir et que le point de départ du narrateur la gêne : selon les circonstances, nous pourrions tous être bourreaux et agir comme lui. Le débat s’est alors engagé sur ce thème de l’indicible et de l’inauguration d’un bourreau énonciateur. Jamais encore un bourreau n’avait raconté les horreurs perpétrées pendant la Shoah.
Ecouterez-vous comme moi Le Masque et la Plume dimanche prochain ?
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