Anne Sophie Demonchy
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Petit billet de (mauvaise) humeur… Si vous êtes Parisiens comme moi et que vous avez un petit appartement et un petit budget, il vous arrive très certainement de revendre vos livres chez Gibert… Je sais, pour avoir fait des stages dans le milieu de la presse et de l’édition qu’un roman nouvellement publié a une durée de vie de deux mois : passé ce délai, il est considéré comme « périmé », souvent retiré des gondoles voire mis au pilon. D’où l’effervescence en septembre…
Ce matin, je me suis donc rendue à Saint-Michel avec le fol espoir de pouvoir échanger mes bouquins contre quelques nouveautés. Je faisais fausse route : mes livres avaient déjà passé la date de péremption : c’en est déjà fini pour Quartier général du bruit, l’Histoire de Chicago May, etc. ça ne vaut plus un clou. Le vendeur n’a même pas voulu me les reprendre pour quelques piécettes, « on n’en a plus besoin » m’a-t-il rétorqué.
Alors certes je suis fâchée de ne pouvoir revendre mes livres mais ce qui me révolte le plus c’est de prendre conscience à quel point Alberto Manguel a raison lorsqu’il dénonce le fait que notre société réduit la culture à un « appareil commercial » où « le profit nous détruit en tant qu’humain ». Un livre n’a pas le temps d’être ouvert qu’il est déjà condamné à disparaître. Les auteurs célèbres ont la chance que l’on parle de leurs romans dans divers journaux, émissions, mais les autres… Il faut du temps pour que le système « de bouche à oreille » fonctionne… Cette mauvaise expérience m’a démontré à quel point notre société est fragile, elle construit de nouvelles bases sur du factuel et ne s’occupe plus de culture à long terme.
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