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Lundi 20 novembre 2006 1 20 /11 /Nov /2006 21:45

    Dans la dernière partie du chapitre « Allemandes I et II », le thème prédominant est celui de l’absurdité de la vie. Comme nous l’avons vu précédemment, le narrateur n’est pas un homme sympathique ou jovial. Or, grâce à Otto Ohlendorf, son supérieur à Dublin, il obtient un nouveau poste à Simferopol, ville de Crimée, au sud de l’Ukraine. Il doit désormais étudier les minorités ethniques caucasiennes. C’est à cette accasion qu’il rencontre le très érudit Voss, un linguiste, spécialisé en langues indo-germaniques, indo-iraniennes et caucasiques, pour qui la langue et la politique sont étroitement liées. Ainsi, « la solution soviétique peut se résumer ainsi : un peuple, ou une nationalité comme ils disent, égale une langue plus un territoire ». Max Aue est fasciné par cet homme ouvert, intelligent, rigoureux et passionné qui « jouissait de ce savoir comme d’une amante ». Et, Max Aue, loin du terrain, ne s’en porte pas plus mal. Il essaie de comprendre l’action nazie. Et quand il demande à Ohlendorf pourquoi ils exterminent les juifs, celui-ci lui répond que c’est « une erreur nécessaire (…). C’est une erreur, parce que c’est le résultat de notre incapacité à gérer le problème d’une manière rationnelle. Mais c’est une erreur nécessaire (…) parce que les Juifs présentent pour nous un danger phénoménal, urgent ». Le narrateur s’interroge sur l’intérêt de telles méthodes. Une véritable guerre est d’ailleurs engagée entre lui et Turek, capitaine d’un Kommando, « un des rares antisémites viscéraux, obscènes », qui a tué un Juif à coups de pelle.Comme Max Aue s’interpose, les deux hommes se disputent et Turek promet de se venger : il fait courir le bruit que le narrateur et Voss entretiennent des rapports interdits. Max Aue va jusqu’à le défier en duel mais leur supérieur met fin à la querelle en les convoquant dans son bureau et en les obligeant à se réconcilier pour raisons professionnelles.

    Le narrateur présente dans ce passage deux personnages aux antipodes : le Dr. Voss, véritable intellectuel, capable de réfléchir, refuse et explique rationnellement pourquoi les théories scientifiques sur la supériorité de la race est une absurdité. Pour lui, les différences entre les êtres relèvent de » l'acquis, pas de l’inné ». A l’autre extrême, il y a des hommes comme Turek, racistes, abjects, qui tuent sans savoir pourquoi, par haine. Et lorsque Max Aue rencontre un vieillard, juif tchétchène, lui parlant grec et le guidant vers le lieu où il doit mourir, il s’interroge sur la mort. En effet, le vieil homme est mort sereinement en regardant les montagnes, après avoir demandé à Aue de creuser sa fosse. Ce dernier demande à Honenegg son sentiment sur le destin humain. Celui-ci établit qu’il y a « tois attitudes possibles devant cette vie absurde. D’abord l’attitude de masse (…) qui refuse simplement de voir que la vie est une blague. Ceux-là n’en rient pas (…) et meurent comme des bœufs attelés à la charrue, idiots comme ils ont vécu ». Il s’agit bien évidemment de Turek ainsi que de la plupart des S.S. que Max Aue rencontre chaque jour : ils tuent par centaines voire milliers de Juifs sans avoir le moindre état d’âme. « Ensuite, il y a ceux comme moi qui savent que la vie est une blague et qui ont le courage d’en rire ». Il s’agit bien évidemment du vieillard fusillé, souriant au moment de son exécution. « Enfin, il y a ceux (…) qui savent que la vie est une blague, et qui en souffrent ». C’est le cas de Max Aue, qui je dois bien l’avouer, passe son temps à vomir et déféquer parce qu’il ne parvient pas à digérer tous ces morts.

    Finalement, ce chapitre se clôt avec la mort de Voss, assassiné par le père de sa jeune maîtresse ukrainienne. Max Aue assiste à son agonie, et prend conscience qu’il perd un véritable ami, d’une intelligence et ouverture d’esprit exceptionnelles.

   Cette fin de première partie était parfois longue, souvent ardue, avec de nombreuses références linguistiques et littéraires. L’ensemble demeure intéressant mais certains passages sont trop développés et l’on a certaines difficultés parfois à garder toute sa concentration. Le problème de la langue en tant que pouvoir politique est passionnant. On suit avec intérêt les exposés de Voss, mais il faut cependant avoir quelques notions linguistiques. Enfin, il est notable que le narrateur est passif, il est en position d’observateur. Il constate des faits, tente de comprendre la situation, remet en cause certains préjugés mais reste en quelque sorte en dehors du récit. Il subit, d’où ses nombreuses coliques et cauchemars scatologiques : il est tenaillé par l’angoisse et ne sait comment échapper au Mal qui l’entoure.

 

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