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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 /11 /Nov /2006 22:22

La paranoïa est une véritable maladie psychiatrique qui est caractérisée par un délire bien construit dont les thèmes prépondérants sont la persécution et la revendication. C’est de ce délire dont est victime le narrateur du roman d’Eric Chevillard, Démolir Nisard (Les Editions de Minuit). En effet, « l’intention de l’auteur de ces pages est claire et crânement annoncée : il va s’agir d’anéantir Désiré Nisard (…). Je vais le harceler avec mes chiens, lâcher sur lui mes faucons, piller ses vergers, brutaliser sa famille, entendez-vous ? Je vais démolir Désiré Nisard ». Pourquoi ? se demande-t-on, à commencer par sa femme : parce que ce critique littéraire du XIXème siècle, académicien de surcroît, dont on a oublié jusqu’à son nom, aurait laissé, encore aujourd’hui, des traces indélébiles de son existence : « on rêve d’un livre sans Nisard. Que l’on ouvrirait comme une fenêtre sur un monde sans Nisard, vastes étendues sans Nisard, ni son ombre ni sa trace, on rêve ». C’est ça la persécution !

            Ce un roman est étrange, acide, aigre : le narrateur déverse toute sa hargne sur un individu qui nous est complètement étranger. Il aurait pu s’en prendre à un critique plus connu du XIXème siècle comme Gustave Planche ou Sainte-Beuve, mais il préfère enquêter sur un homme qui n’intéresse plus personne. Pourtant, au fil des pages, on rit car ce narrateur, vengeur, haineux, ne manque pas d’humour. On ne rit pas de Nisard mais de la rage qu’il suscite chez le narrateur avide d’insultes : Nisard est un monstre, laid, ignare, faible, vil, un « technicien de surface, interprète sans génie d’une musique écrite par d’autres » et qu’il faut : « gaver de cailloux. Planter dans son œil un clou. Effranger la peau de ses chevilles (…). Le vendre pour sa fourrure à un taxidermiste aveugle », la liste des tortures est très longue encore. Sa haine va jusqu’à en être malade. Métilde ne comprend pas : « Méprise-le ». Et lui, de répondre : « Nisard prospère sur notre mépris qui ravive les reflets verdâtres de son teint et excite davantage sa faculté de nuisance ». Il est dans une impasse : il ne se trouvera en paix que lorsque Nisard sera anéanti définitivement.

A qui en veut le narrateur ? Nisard est-il une allégorie d’une certaine catégorie de critiques littéraires  « qui croit pondre quand il bave et considère chacune de ses bulles de salive ou de bile sur son plastron comme l’œuf d’une idée nouvelle » ? Ces critiques qui rejettent l’évolution de la langue et qui voudrait que les écrivains s’expriment comme au temps de Boileau ? Mais Nisard est également un libéral qui prend la place des politiques modernes puisque l’AFP rapporte que « Désiré Nisard a réaffirmé mardi 3 août sur RTL que le SMIC était trop élevé en France (…). Il a réclamé à nouveau un assouplissement des 35 heures ». Démolir Nisard s’avère être une diatribe contre les réactionnaires littéraires comme politiques. Mais pas seulement. Qui se cache réellement derrière Désiré Nisard ?

 

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