Anne-Sophie Demonchy
Blog sur l'actualité littéraire
Mail : annesophiedemonchy[a]lalettrine.fr
Twitter : @asdemonchy
Mon CV : annesophiedemonchy.com
Je ne suis pas toujours fan de Frédéric Beigbeder. J’ai fait sa « connaissance » il y a quelques années déjà (avant 99 francs), lorsque j’étais stagiaire au Figaro Littéraire. Je ne connaissais pas encore sa réputation mais son attitude à mon égard m’avait quelque peu troublée : la première fois qu’il s’était adressé à moi, par exemple, il avait été très surpris que je ne le reconnusse pas… Depuis, je sais qui il est et pour cause : il est partout, à la télévision, dans la presse, en librairie. Malgré mes quelques réticences à son égard, je lis chaque mois avec un plaisir certain sa chronique dans le magazine Lire.
« Sa mauvaise foi » du mois s’intitule « Télé-littérature ». Il nous fait part d’une émission littéraire qu’il a animée en décembre dernier sur Canal+, Supplément littéraire. Une émission, une seule. Mais purement littéraire : il avait invité Jean-Jacques Schugl qui lui a parlé de livres et d’auteurs, classiques comme contemporains. Cette émission lui a permis de s’interroger sur la télévision et son rôle vis-à-vis de la littérature. Il remarque très justement que Jonathan Littell n’est jamais passé à la télévision pour faire la promotion de son roman devenu un véritable best-seller, Les Bienveillantes. C’est ainsi que Beigbeder remet en cause tout le milieu littéraire : les services de lecture seraient peu efficaces parce que les « stagiaires débordés ou des étudiants sous-payés (…) font des fiches bâclés et ratent les textes importants », les attachées de presse sont décidées à « envoyer les auteurs au casse-pipe sur des plateaux humiliants, encombrés, stupides et frustrants » enfin « les animateurs d’émissions culturelles devraient reconsidérer leur manière de travailler » car il sont tous de « grands disciples de Pierre Bayard » (l’auteur de Comment parler des livres qu’on n’a pas lus).
Pour commencer, je voudrais rappeler que Frédéric Beigbeder est chroniqueur dans une de ces émissions dites culturelles, Le Grand Journal, qui accueille tout une flopée d’artistes en tous genres chaque soir, et qu'il n'est pas le dernier à faire son show. D’autre part, en ce qui concerne Jonathan Littell, il est une exception (avec quelques autres) à la règle. Mais, force est de reconnaître que cet auteur a reçu un accueil triomphal auprès de la critique et que, même absent des plateaux télévisés, il était souvent question de son livre, Les Bienveillantes. Il est vrai que les émissions purement littéraires enthousiasment peu le grand public. Et que pour le satisfaire, les producteurs d’émissions ont eu l’idée de noyer les écrivains parmi d’autres artistes. Résultat ? Le téléspectateur se distrait des anecdotes liées à la vie de ces auteurs, aux vannes qu’on leur lance, ou à leur capacité à s'adapter à l'émission. Evidemment, il n’est pas question, dans ce type d’émissions de littérature. Mais, étrangement, elles font vendre davantage de livres qu’une émission comme Le Bateau livre. C’est regrettable et Beigbeder a raison : il faut révolutionner les émissions culturelles. Frédéric Taddéi a déjà commencé le chantier mais on peut s’interroger sur certains sujets dits culturels (comme l’adaptation en téléfilms de faits divers ou les jeux vidéos par exemple). Enfin, en ce qui concerne le programme même de la télévision, il me semble obligatoire et vital que, malgré un audimat médiocre, les émissions littéraires demeurent et fleurissent sur les chaînes publiques.
Derniers Commentaires